Connaissez-vous Tchika, le premier magazine féministe français pour les petites filles de 7 à 12 ans ? Né il y a un an, Tchika souhaite bousculer les codes patriarcaux selon lesquels le rose c’est pour les filles, et le bleu pour les garçons. Le but ? (Re)donner confiance aux petites filles et leur enseigner, de façon ludique et amusante, qu’elles ont le pouvoir de faire ce qui les botte. Qu’elles souhaitent devenir footballeuse, scientifique ou cuisinière, les jeunes lectrices de Tchika découvrent des thématiques inspirantes dans un magazine qui s’inscrit dans une logique de Girl Power ! 

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Retour sur notre rencontre avec Elisabeth Roman, créatrice de Tchika

1. Comment le projet Tchika est-il né, et en quoi est-il innovant ? 

Le projet Tchika est né il y a un an, alors que je venais de quitter mon poste de rédac’ cheffe de Science et Vie Découvertes, un magazine papier mensuel dont le lectorat était composé à 60% de garçons âgés de 7 à 12 ans. J’avais alors envie de créer un magazine de science pour les filles. En effet, dans les magazines non genrés, les phrases sont rédigées au masculin… Pas facile pour les filles de se projeter quand il est écrit « Tu es prêt ? ». 

Et puis, je me suis dit, pourquoi m’arrêter à cela ? En effet, les magazines pour filles tournent souvent autour de la mode, de la beauté. J’ai donc voulu créer un magazine qui n’existait pas : un magazine d’empouvoirement pour les filles ! 

2. Quel genre de contenu pouvons-nous retrouver à l’intérieur de Tchika ?

Tchika est un magazine engagé qui informe les tchikas de 7 à 12 ans et qui les aide à développer leur estime de soi, le tout, de façon amusante ! Au programme : des portraits de modèles positifs de femmes d’hier et d’aujourd’hui ; des articles intelligents et pas barbants sur la science, l’écologie, l’art ; notre rubrique Infox dans laquelle on casse divers stéréotypes de genre, comme l’idée que les garçons ne portent pas de robe, ou que le rose, c’est la couleur des filles. 

3. Pouvez-vous nous présenter les quatre Tchikas ? Comment ont-elles été créées ?

J’ai demandé à mon illustratrice fétiche, Isabelle Mandrou, de créer quatre filles qui pourraient représenter toutes les filles d’aujourd’hui. Elles sont de couleurs différentes et ont des passions variées. On y retrouve Cassandre qui veut sauver le planète ; Maé, la geek ; Manon, la psychologue ; et Lola qui aime le sport. L’objectif ? Que chaque lectrice puisse se reconnaitre dans l’un des personnages, et qu’aucune ne se sente exclue.

4. Qu’est-ce que l’empowerment, et comment en parler à des petites filles ?

L’empowerment (empouvoirement en français), c’est donner du pouvoir aux filles, un pouvoir qu’on leur refuse pourtant depuis des siècles. Il est important que dès leur plus jeune âge, les petites filles sachent que ce pouvoir leur est accessible, tout en déconstruisant les injonctions qu’elles subissent depuis la naissance. Je crois que les petites filles en ont un peu assez des princesses, et qu’elles ont envie qu’on leur dise la vérité ! 

5. Les petits garçons sont-ils également la cible de Tchika ?

La cible première, c’est clairement les filles ! Je suis pour une non-mixité occasionnelle. Cependant, plein de garçons lisent Tchika, et j’en suis ravie ! Après tout, les filles lisent depuis des années des magazines au masculin, alors qu’ils lisent des phrases féminisées, c’est très bien. D’ailleurs, je viens de faire entrer dans le troisième numéro de Tchika le point médian pour certaines phrases. 

6. Pouvez-vous nous parler de votre campagne #UnPouponPourUnGarçon ?

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Les injonctions genrées ne sont pas uniquement destinées aux filles, mais également aux garçons : « Ne pleure pas ! », « Sois fort ! », « Ne montre pas tes émotions ! ». #UnPouponPourUnGarçon, c’est permettre aux garçons de pouponner, de s’occuper d’un plus petit que soi, de s’ouvrir à la gentillesse et de développer sa compassion. C’est aussi, un peu, l’entraîner à être un papa, un rôle qu’il aura, peut-être, à tenir plus tard. Depuis que j’ai créé ce hashtag, beaucoup de gens de ma communauté ont commencé à jouer le jeu, à savoir acheter un poupon pour Noël à leur fils, neveu, filleul, petit-fils, et à poster la photo sur les réseaux. Bien sûr, après avoir lancé ce challenge, j’ai été attaquée : « la féminazie qui veut rendre les garçons homos… » Enfin, ça ne m’arrêtera pas ! 

7. Pour vous, ça veut dire quoi être féministe ?

Je suis juste étonnée que ce mot existe encore… Comment ne pas être pour l’égalité entre les femmes et les hommes ? Etre féministe c’est donc un combat. Et en ce sens, je soutiens les Femen, dignes héritières des suffragettes.

8. Un mot pour la fin ? 

Je suis admirative de cette nouvelle génération de petites filles et de jeunes filles que je rencontre. Pour moi, c’est évident, elles sauront changer le monde !

Article de Léah Boukobza