Cette semaine, Gilmore Girls a eu vingt ans. Une date qui a marqué les adeptes et ravivé quelques souvenirs réjouissants. On vous expose pourquoi, deux décennies après le pilote de la série, on y revient encore.

Point synopsis : Gilmore Girls, c’est l’histoire de Lorelai (Lauren Graham), 32 ans, et de sa fille Rory (Alexis Bledel), 16 ans. De leur relation privilégiée, celle avec leur entourage, et de leur vie dans une bourgade du Connecticut. 

Pour les initié·e·s, cette semaine du 5 octobre 2020, ça fait vingt ans qu’on a découvert le duo mère-fille. Vingt ans qu’on parie sur Luke (Scott Patterson), vingt ans qu’on sait que Dean (Jared Padalecki) est quand même un sacré blaireau et qu’en y réfléchissant, aussi charmant soit son sourire asymétrique, Jess (Milo Ventimiglia) ne vaut pas toujours mieux. Vingt ans qu’on voue un culte à Michel (Yanic Truesdale) ou le Français expatrié le plus désagréable de la Terre. Vingt ans qu’on suit Kirk (Sean Gunn) dans sa quête de carrière approximative, vingt ans qu’on a envie de bouffer les gâteaux de mariage de Sookie (Melissa McCarthy), vingt ans qu’on sursaute au son – strident – du « Lorelaiiii » d’Emily (Kelly Bishop). Et vingt ans, ça fait long. 

Crédit : Warner Bros. Television

Ce qu’on réalise au bout de ces deux décennies, c’est que, chaque automne, on aime s’y replonger, retrouver ce sentiment réconfortant si singulier. Là, par exemple, après deux semaines de pluie parisienne quasi ininterrompue, mes pauses-déjeuners sont plus douces quand je les passe à Stars Hollow (jolie ville de toute cette joyeuse bande). En ce moment, Rory est à Yale et Lorelai construit son auberge, le Dragon Fly (que Netflix traduit par « Libellule » ou « Dragon volant », selon l’humeur). Tout va bien dans le meilleur des mondes, puisqu’il n’y a jamais vraiment de problème de ce côté de l’écran. Et à une époque (réelle) aussi incertaine, la paisibilité du lieu et de ses habitant·e·s rassure.

Pour les célébrer comme il se doit, ces vingts ans, on vous donne quatre raisons de signer pour vingt de plus. Et si vous y êtes encore étranger·e, de binge-watcher les huit saisons sur Netflix.

Pour la personnalité de Rory

Crédit : Warner Bros. Television

Rory est le surnom du prénom « Lorelai » ; la mère et la fille s’appellent pareil. Quand elle était en train d’accoucher à l’hôpital, Lorelai II (Lorelai I étant l’arrière grand-mère, faut suivre) s’est mise à penser aux hommes qui donnaient leur propre prénom à leur fils. Au début de la première saison, Rory explique qu’à ce moment-là le « féminisme » de sa mère « l’a emporté » et qu’elle s’est demandé « pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas faire pareil ? ». Alors, elle a baptisé sa fille comme elle : Lorelai Gilmore. Diminutif : Rory. 

Dans les années 2000, le jeune adulte est l’un des seuls personnages du genre dont la vie n’est pas écrite comme une suite de péripéties extraordinaires, de scènes qui se terminent par des rires pré-enregistrés, ni de rencontres amoureuses dignes d’un roman à l’eau de rose. Elle aime les livres, les vieux films, écouter du rock avec sa pote Lane (Keiko Agena), commander trop de bouffe le vendredi soir et elle a du mal avec le concept de « dating » à l’américaine (on compatit). Son quotidien est plutôt banal – on parle de sa vie au jour le jour, elle reste ultra-privilégiée financièrement parlant grâce à ses grands-parents – et c’est rafraichissant.

On s’identifie à elle car elle traverse des événements plus ou moins similaires aux nôtres – du moins, à l’époque. Elle doute, elle échoue, elle reprend du poil de la bête, elle se tape des vents, elle tombe sur un mec chouette. Elle veut devenir journaliste, alors forcément, on adhère. Et ce qui l’aide souvent à retomber sur ses pattes, c’est sa mère. Leur complicité, leur sarcasme, la personnalité forte que cette dernière lui a transmise. 

Pour l’esprit de Lorelai

Crédit : Warner Bros. Television

Lorelai ou celle par qui – et pour qui – tout arrive. Je ne dis pas ça uniquement parce que cette année, j’ai trente ans, soit presque le même âge qu’elle dans le premier épisode. Ou peut-être que si, en fait. 

Parce que c’est un peu le principe de la série. On suit autant la mère que la fille, et on se retrouve dans le quotidien de l’une ou de l’autre en fonction de ce qu’on vit. Ayant une enfant moi-même (qui n’est toutefois pas encore en âge de s’enfiler un kilo de nouilles sautées devant Casablanca comme ces dernières), je comprends aujourd’hui davantage les inquiétudes liées à l’avenir de sa progéniture que rencontre le parent du show, que les galères de stages en journalisme qui ne mènent à rien que se tape l’ado. Pourtant, dieu sait que je suis passée par là. 

A côté d’éduquer une gamine vraiment cool, Lorelai réussit à vivre sa vie à elle. Elle monte sa boîte, elle retourne à la fac, elle flirte, elle ne s’oublie pas. Elle prouve également que chaque conversation gagne à être ponctuée d’une référence ou d’un jeu de mots plus ou moins subtils – un « pun », comme on dit là-bas. Lorelai est « witty », elle a de l’esprit. Et bien qu’on s’agace rapidement de son comportement d’enfant gâtée parfois insupportable avec ses parents, on l’admire un peu aussi.

Pour le train-train tranquille de Stars Hollow 

Crédit : Warner Bros. Television

N’allez pas me dire que la ville vous fout le bourdon, c’est impossible. Même les citadin·e·s les plus convaincu·e·s connaissent des moments de faiblesse où ils envisagent de se barrer pour trouver l’équivalent français. Stars Hollow aurait été visitée par George Washington jadis, et serait depuis restée une sorte d’enclave imperméable aux tracas du monde alentour, vivant au rythme de traditions improbables. Mention spéciale pour le marathon de danse de 24 heures, le festival des peintures vivantes ou le concours de bonhommes de neige que personne ne rate jamais. Parce que qui a réellement mieux à faire ?

On a de plus l’impression que tout se passe entre septembre et mars, et franchement : c’est un bonheur. L’été est surfait, de toutes façons. La saison qui semble durer le plus longtemps est l’automne, preuve en sont les cols roulés et mini-jupes en tweed des protagonistes et les arbres dont les feuilles virent perpétuellement au orange. Je veux déménager.

Pour l’importance de revoir nos classiques avec un oeil critique

Credit: © The WB / Mitchell Haddad

Après ces longues lignes d’éloge, force est de reconnaître que le show est loin d’être impeccable. Gilmore Girls prône certes des valeurs empruntées au féminisme des années 2000, mais quand on le visionne vingt ans plus tard, il pêche sur certains aspects. L’évident manque de diversité (tous les personnages non-blancs sont relégués au second plan), les réflexions homophobes, stéréotypées, validistes ou grossophobes des deux protagonistes (trop fréquentes pour être toutes citées, mais on en trouve un florilège ici), leurs privilèges à peine assumés, et la façon dont le revival de 2016 ne rectifie pas vraiment le tir.

Comme Sex and The City ou Friends, pour ne citer que ces deux productions américaines cultes, Gilmore Girls mériterait un sérieux coup de balai niveau axes scénaristiques problématiques et célébration d’un white-feminism dépassé. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas l’apprécier avec un bon chocolat chaud en plein mois d’octobre, mais aujourd’hui, il est indispensable de pointer du doigt ce qui devrait être amené différemment – voire pas du tout. 

Le site Feminism in India le conclut dans un article qui décortique justement ce que la série a loupé : « s’il y a quelque chose qu’on a appris du journalisme de Rory Gilmore, c’est de tout remettre en question ». Espérons juste que, si suite des aventures il y a, le script aussi, suive les pas de son héroïne.

Chronique de Pauline Machado