Si nos bleues ont popularisé le football féminin l’année dernière lors de la Coupe du Monde, le chemin est encore long pour que tout le monde puisse pratiquer ce sport équitablement. Pour avoir leur place sur le terrain, les femmes voilées montent ensemble le collectif Les Hijabeuses. 

Le collectif des hijabeuses s'est regroupé pour clamer leur droit à participer aux matchs de football. Crédits : ©Irsath.
Le collectif des hijabeuses s’est regroupé pour clamer leur droit à participer aux matchs de football. Crédits : ©Irsath.

En 2014, la Fédération internationale de Football approuvait le port du voile sur le terrain et durant les matchs. Surprenant. Oui c’est le mot puisqu’il ne nous ait jamais arrivé de voir une femme voilée durant un match en France. C’est la conséquence d’une politique sportive répressive qui interdit aux femmes portant le hijab de participer aux compétitions. Un système qu’aujourd’hui le collectif Les Hijabeuses souhaite dénoncer. 

Clamer les droits et les libertés des femmes musulmanes dans une tribune

Le constat est donc le suivant : la Fédération française de Football (FFF) empêche les femmes voilées de participer aux matchs de football. Selon elle, c’est contraire au principe de laïcité, puisque les règles du jeu « ne permettent pas le port, par les joueurs/joueuses de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ». 

Pourtant, c’est bien une politique discriminante que choisit ostensiblement la FFF. Pour répondre de cela, Hayat, Founé et toutes les autres ont écrit une tribune intitulée «  Notre sport favori, Mon hijab, Notre liberté à toutes ». Cette tribune c’est un moyen pour elle de dénoncer ces exclusions qu’elles subissent en tant que musulmanes. « À chaque fois que je suis convoquée aux matchs, j’ai la boule au ventre et j’appréhende la réaction des arbitres. Est-ce je vais pouvoir jouer ? Est-ce qu’on va encore me renvoyer au vestiaire parce que j’ai un turban sur la tête ? » témoigne Fadwa, une des joueuses. Toutes s’organisent alors autour du collectif Les Hijabeuses pour clamer leurs droits et libertés !

Rendez-vous sur le terrain pour dénoncer ces pratiques

Après ces quelques mois confiné.es à réfléchir, Les Hijabeuses se sont organisées au sein du syndicat des femmes musulmanes de l’Alliance Citoyenne. Avec le retour à l’à peu près normal, les entraînements et les matchs se planifient. Le collectif nous a alors donné rendez-vous sur le terrain Bir-Hakem ce vendredi 19 juin. 

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La journée a débuté avec une démonstration de freestyle par Hayat BMK, suivie d’un match avec 11 de nos hijabeuses. Pour finir, le collectif s’est regroupé pour la lecture en public de la tribune. L’objectif : interpeller la FFF pour qu’elle change ses pratiques et organiser une série de matchs publics afin de rendre compte de leur situation. 

Rendez-vous sur leur compte Instagram pour leur apporter votre soutien et venir les soutenir en match. 

Article de Nina Hossein.

Amel Majri, 26 ans et athlète NIKE, jouera le Mondial de foot féminin à domicile, du 7 juin au 7 juillet (si les étoiles sont alignées). Titulaire depuis plusieurs années en Bleue, la franco-tunisienne a déjà prouvé qu’elle était un atout pour son équipe. Son palmarès est impressionnant : 7 coupes de France, 9 titres de championne de France et 7 Ligues des Champions (une récemment en battant Barcelone, le 18 mai 2019). Les crampons de Majri riment, cette saison, avec victoire. Nous l’avons rencontrée pour en savoir plus sur son parcours à quelques semaines de la Coupe du Monde.

Paulette : Vous jouez le Mondial en défense. Quels sont vos atouts ? Par rapports aux
espoirs placés en vous ?

Amel Majri : J’évolue en tant que milieu à Lyon et en tant que latérale en équipe de France. J’ai pu acquérir de l’expérience à ce poste-là. Et par le passé, j’ai déjà vécu une compétition, une Coupe du Monde en 2015. C’est un poste important, qui requiert de la confiance en soi, beaucoup de sérénité et c’est ce que je dégage aujourd’hui. Je peux me projeter vers l’avant et prendre des initiatives. C’est ce qui me plaît.

Dans quel contexte as-tu commencé le football ?

AM : J’ai touché pour la première fois un ballon en Tunisie. J’avais 4 ans et j’étais en vacances avec mon oncle. A mon retour, je n’ai plus jamais lâché cette chose ronde ! Je jouais avec les gars du quartier. Ma sœur jumelle jouait elle aussi au football. A deux, c’était plus simple d’aller jouer dehors. A l’école, on m’a encouragée à m’inscrire en club. C’était carrément du forcing. Je ne connaissais rien de ce milieu, mais j’ai suivi les conseils et l’Olympique Lyonnais a fini par s’intéresser à mon potentiel. J’ai gravi les échelons assez vite. Sans prétention, je sais ce que je veux et j’ai le niveau pour !

Ta mère ne voyait pas d’un très bon œil ta passion pour le football. Quels étaient
ses préjugés ?

AM : Elle était très protectrice (sourire). Elle s’inquiétait que je joue qu’avec des garçons, que je me prenne des coups. Et puis, au quartier, les filles qui restaient avec les mecs avaient mauvaise réputation. Mais quand elle a vu que j’étais épanouie, que les garçons sonnaient à ma porte pour me demander de descendre jouer au foot avec eux, elle s’est dit qu’il n’y avait rien de méchant. On formait une team de filles avec ma sœur et deux copines. On se faisait appeler le MARS, d’après les initiales de nos prénoms. On jouait des cinq contre cinq. Nous les filles, on était sur le terrain et on mettait un garçon dans la cage, pour montrer notre suprématie (rires).

Comment sont les relations avec vos coéquipières ? Car l’OL taquine le PSG…

AM : Quand tu arrives en sélection, que tu as joué Paris et que tu as gagné, tu es fière, mais sans charrier non plus, parce que le karma, il tourne ! Pour le Mondial, on va toutes vers le même objectif et on aura besoin les unes des autres pour l’atteindre. Une équipe se crée au travers des victoires et des moments passés ensemble. C’est Samuel Umtiti qui m’a conseillé de me concentrer là-dessus. J’étais dans sa classe pendant quatre ans, en sport-études.

Tu étais l’une des quinze prétendantes au titre de tout premier Ballon d’or féminin, créé l’année dernière. Qu’est-ce que cette récompense signifie pour le football féminin en général ?

AM : C’est une belle mise en avant. Le trophée est identique à celui des mecs, et ça compte – ce n’est pas le cas pour la Ligue des champions. Cette récompense prouve qu’on a aussi notre place médiatiquement. Bon, il y a toutefois plus de nominés du côté des hommes… ça fait partie des petits combats qu’on mène au quotidien. Je me souviens de la Coupe du monde de 2015 qui s’est jouée sur synthétique. Pour nous, c’était inadmissible. On sait que pour les mecs, ça ne se serait jamais fait. On aimerait avoir plus de pouvoir, comme aux Etats-Unis où tout le monde se mobilise. Mais bon, chaque chose en son temps, il y a de plus en plus de licenciées et de sponsorings. C’est une réelle progression. Les mentalités et les générations sont en train de changer.

Tu as dû en faire deux fois plus pour y arriver ?

AM : Quand j’étais jeune et que je jouais au quartier, j’avais le niveau mais je voulais rester sur le terrain. Alors j’en faisais deux fois plus pour montrer que j’étais au-dessus des mecs (sourire).

Vous êtes une grande admiratrice de Marta Vieira da Silva, surnommée « La Pelé en
jupe ». Qu’est-ce que ça vous évoque ?

AM : La Pelé en jupe… j’aurais préféré la Marta en short !

Avez-vous l’ambition de marquer l’histoire du football féminin ?

AM : C’est sans doute ce qui arrivera si on gagne, mais ce n’est pas ce qui nous anime pour l’instant. Nous, ce qu’on veut, c’est remporter la compétition et on a qu’une envie, c’est que ça commence !

Une interview menée par Alexandra Dumont, en partenariat avec NIKE