Romina Ashrafi avait 14 ans, elle était jeune et amoureuse. Prête à braver les interdits de son père, la jeune fille avait tenté de s’enfuir d’Iran pour vivre sa vie aux côtés de son amoureux. Une décision qui déchaîne la colère de son père et se termine en « crime d’honneur ». 

Romina Ashrafi a fait la Une du quotidien réformateur Kargozaran qui titre "La tragédie de Romina". Crédits : ©Kargozaran.
Romina Ashrafi a fait la Une du quotidien réformateur Kargozaran qui titre « La tragédie de Romina ». Crédits : ©Kargozaran.

Fin mai, la jeune Romina trouvait la mort par décapitation à la faucille. Son père s’était renseigné auprès d’un avocat avant de commettre cet infanticide abominable. À la question « Qu’est ce que je risque ? », la réponse est toute trouvée pour les hommes de ce pays. Quelques mois de prison ou alors dix ans au plus, mais en aucun cas la peine de mort – réservée aux femmes dans un cas similaire. 

Un pays régit par la loi islamique profondément patriarcale

Depuis la révolution en 1979, l’Iran a vu ses lois se modifier et s’endurcir. Régis par les lois islamiques, les hommes ont toute autorité sur les femmes et sont les tuteurs légaux de ces dernières. Un père sur sa fille, un époux sur sa femme, et dans le cas de décès, les frères et grands-pères prennent le relais. 

Nastaran est iranienne. Après 28 ans au pays, elle décide de fuir sa terre natale pour la France. Dénoncer ces pratiques courantes en Iran, c’est un combat qu’elle a décidé de mener. « Chez les musulmans, la femme est comme un objet qui appartient à un homme : père, frère, époux et même fils. L’homme est donc le tuteur légal au point qu’une femme équivaut à la moitié d’un homme » explique-t-elle. Encore sous le choc de la mort de Romina Ashrafi, elle poursuit. « Les mariages forcés sont monnaie courante. Une fille a besoin de la permission de son tuteur pour se marier avec l’homme qu’elle aime. Et ça lorsqu’elle n’est pas contrainte par le choix de son tuteur. Les lois islamiques sont pleines d’inégalités envers les femmes ». 

De fortes pressions pour sauver l’honneur

Si Reza Ashrafi, le père de la petite Romina a agi de la sorte c’est aussi parce que les Iraniens sont soumis à certaines pressions. Pas question pour ces messieurs de salir l’honneur de la famille et/ou de paraître faibles. « Les hommes comme mon père par exemple souffrent de ces conditions. Les extrémistes les accusent d’être des lâches ou de ne pas être de vrais hommes. Si l’on en croit le gouvernement, un homme, un « vrai », doit être macho et bien maîtriser sa femme, sa soeur ou sa fille ».

Un témoignage qui met en évidence les difficultés d’une population confrontée à des lois autoritaires et répressives à l’encontre des uns et des autres. Nastaran ajoute que « pour le père de Romina c’est la même chose. Il est lui aussi victime parce qu’il a subi des pressions. On l’a humilié de ne pas avoir contrôlé sa fille et de ne pas avoir su protéger son honneur ». 

Un crime qui ravive le débat en Iran

Cette situation, ce n’est pas la première fois que les Iraniens la subissent. Ces « crimes d’honneur » non condamnés se répandent depuis toujours dans le pays. Amnesty Iran se dit « consternée » et « horrifiée » par la passivité des autorités iraniennes. Partout, la colère gronde sur les réseaux sociaux où les Iraniens dénoncent et condamnent ces agissements. Le prince héritier Reza Pahlavi condamne lui aussi dans un tweet « ce meurtre odieux », mais aussi, et surtout « les lois régressives du régime iranien, qui autorisent la violence domestique, les crimes d’honneur, la maltraitance des enfants et le mariage des enfants ». 

De plus en plus, les Iraniennes refusent d’être soumises aux lois islamiques. « Plus que les hommes, les femmes veulent un changement radical et espèrent voir ce régime renversé », témoigne Nastaran. Elle aussi espère voir son pays prendre rapidement la voix de la « démocratie laïque ».

Article de Nina Hossein.

Ce samedi 23 novembre a été marqué par un des plus grands rassemblements féministes à Paris. Prêt de 150 000 personnes se sont rassemblées en France pour dire « stop » aux Féminicides. La Team Paulette y était.

Arrivées à Opéra aux alentours de 14h, le foule est déjà présente, les pancartes aux messages engagés fusent et l’ambiance est au rendez vous. On avance avec l’immense cortège vers République, la première étape. La foule se déplace lentement tant elle est dense. Des femmes bien sûr, mais aussi des hommes et des familles composent ce rassemblement. Tout.e.s tiennent à la main une pancarte maison, ou bien une distribuée par le collectif Noustoutes. Les messages sont forts et nous font sourire parfois « Si t’es fier d’être un macho tape dans tes couilles », « lâchez-nous le clito ! » Et d’autres phrases plus fortes et marquantes qui nous rappellent l’importance de marcher ensemble.

138 Féminicides depuis janvier 2019

À droite et à gauche, les colleuses courageuses viennent placarder les murs qui n’ont pas encore reçus leur message « Nous crions sur les murs pour celles qui n’ont plus de voix ». Malgré la gravité de cette manifestation, l’ambiance est bienveillante, forte, et remplie nos coeurs d’espoir. L’espoir de ne devoir manifester qu’une seule et unique fois pour que ces violences s’arrêtent. Dans la foule, il y a également, une horde de personnes qui tiennent à la main des pancartes ou scandent le prénom des femmes assassinées depuis le depuis de l’année. 137 prénoms, leur âge et leur position dans ce classement morbide « Audrey 27 ans, 107 ème » « Chantal 72 ans, 68 ème ».Ça fait froid dans le dos, mais c’est le but, impacter directement pour avoir conscience de la gravité quotidienne. Et surtout, que ça s’arrête.

L’union fait la force 

Nous nous sommes misent à coté des crieuses de slogans, qui perdent leur voix pour chauffer la foule et unir les esprits. Mais aussi pour nous faire danser sur du Aretha Franklin ou du Beyonce, et ça ça met tout le monde d’accord. La marche est à perte de vue entre Opéra et République (2,3 km), continuant jusqu’à la place de la nation. Le meilleur dans tout ça, c’est qu’en plus de participer à une marche historique, ce n’est pas uniquement à  Paris que les femmes et les hommes se mobilisent. Un peu partout en France, des rassemblements ont eu lieu, avec le même acharnement et la même volonté de se faire entendre. Vivre cette marche, malgré la gravité du sujet, a été une belle façon de prouver qu’ensemble nous pouvons réaliser de belles choses et qu’ensemble nous luttons pour que ces Féminicides n’existent plus.

Cette marche n’est que le prémisse de notre combat commun, il continuera d’exister tant que le patriarcat perdurera, toujours en se serrant les coudes quotidiennement. Ensemble contre les violences, les crimes, les discriminations, les viols et les agressions, faites aux femmes. 

Article de Juliette Boulegon

Depuis quelques mois maintenant, des collectifs anti-féminicide ont émané afin d’alerter la population et la justice sur cette situation dramatique. Et pour la première fois, dans la nuit du dimanche 3 au lundi 4 novembre, des femmes ont été arrêtées

« Féminicides : état coupable, justice complice »

C’est leur slogan poignant du moment. Ce collectif a choisi depuis quelques jours de le coller directement sur les murs des tribunaux. Pour la première fois, dans la nuit du dimanche 3 au lundi 4 novembre, certaines de ces militantes ont été arrêtées à la suite de ces collages sauvages. Quatre à Lyon et trois à Paris. Cette année encore, c’est 219 000 femmes qui ont été victimes de violences conjugales et 127 femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Des chiffres qui malheureusement ne cessent de s’accroitre. Des meurtres intolérables et un bilan insoutenables que le collectif tente de faire entendre. Notamment en collant des affiches à messages clairs sur les façades des murs. Dans un communiqué publié récemment, elles justifient leurs actes en clamant qu’elles n’ont pas le choix. Sans agir dans l’illégalité, l’état et la justice ne les écouteraient pas et continueraient de fermer les yeux face à des chiffres révoltants.

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« Nous nous trouvons dans l’obligation de prendre la parole pour toutes celles qui ne le peuvent plus. Nous sommes révoltées de devoir crier notre colère dans toutes les rues de France pour alerter sur l’inertie des pouvoirs publics. »

Extrait du communiqué des « Colleuses » 04/11/19

Marguerite Stern, à la tête de la campagne 

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Militante pour le droit des femmes depuis des années. Cette ancienne Femen, aujourd’hui à la tête de cette campagne, s’entoure de centaines de femmes venues l’aider et se mobiliser dans ce combat commun. L’objectif étant évident bien plus compliqué qu’il n’y parait : arrêter de compter nos mortes.

70% des auteurs de féminicides avaient déjà commis des violences sur la victime, et les pouvoirs publics en avaient été alerté seulement dans 1 cas sur 3. Rien n’est réellement fait pour mettre fin à ce massacre

Leur combat continuera tant que la justice ne mesurera pas l’extrême gravité de ces meurtres et ne se mobilisera en conséquence.

Article par Juliette Boulegon