À seulement 22 ans, Neïla-Romeyssa a déjà vécu mille vies. Créatrice du podcast Algéroisement Vôtre et du compte Instagram @commun.exil, elle s’évertue à donner la parole aux autres et à s’exprimer sur une thématique qui la touche profondément : l’immigration. En pleine écriture d’un livre sur le sujet, la conteuse digitale – comme elle se définit – s’est confiée sur sa définition de la liberté, ou encore de la nostalgie.

© Neïla-Romeyssa

« La liberté, c’est la petite clé qui t’ouvre toutes les portes. Du moment que tu es libre avec toi-même, tu seras libre de tout. »

Neïla Romeyssa

Peux-tu nous parler de ton parcours?

Je suis née en Algérie, à Alger, et j’y ai grandi jusqu’à l’âge de 18 ans. J’y ai passé toute mon enfance et adolescence avant de découvrir le « monde des adultes » en quittant mon pays pour partir en France. En 2014, quelque temps avant mon départ, j’ai décidé de créer un blog éponyme. J’y postais des photos d’Alger, car je trouvais qu’il n’y avait pas assez de photos de la ville sur Internet. J’étais aussi passionnée par la mode. À l’époque, les vêtements me faisaient aimer mon corps, je jouais avec l’asymétrie, je m suis teint les cheveux en rouge. Je m’étais créé un personnage. Alors je m’amusais à faire des autoportraits de mon personnage dans un décor algérois, la mer, des immeubles bleu et blanc, des vieilles voitures un peu abîmées, des magasins aux devantures un peu rouillées… Puis, le départ en France m’a fait changer de vision. J’étais dans une tout autre ville, je me sentais minuscule à Paris, je ne connaissais pas grand-chose de la vie quotidienne, j’ai donc décidé de miser sur l’instantanéité des réseaux sociaux, surtout Instagram. Ce qui m’a inspirée pour créer deux projets : @commun.exil, et mon podcast Algéroisement Vôtre.

Concrètement, en quoi consistent-ils, tes comptes?

Sur @neilaromeyssa, mon compte personnel, je me questionne sur la vie qui m’entoure, surtout en story. C’est un peu mon journal presque-intime où je donne mon avis. J’y partage quelques photos, des couleurs, des bouts de vie, et puis mes projets aussi! Sur @algeroisement.votre, je parle de l’importance de la nostalgie avec une touche assez littéraire, mais personnelle. J’y raconte mon ancien quotidien à Alger, parce que je suis convaincue que c’est important de garder un souvenir audio ou écrit de ce qu’on vit. C’est aussi un « femmage » à ma ville, car pour moi, Alger est une femme. Et enfin, sur @commun.exil, je véhicule le présent et parfois le futur. Mais plus que tout, je veux passer un message : il faut arrêter de négliger les sentiments de l’exil en général, il ne faut plus banaliser ce que vivent des millions de gens. Je veux pouvoir créer une communauté de ressentis différents, de personnes différentes, mais qui auront toutes cette petite étincelle commune : l’exil, qu’il soit mental, choisi, ou forcé.

© Neïla-Romeyssa

Tu entreprends beaucoup, malgré ton jeune
âge. Tout cela n’est-il pas trop lourd à porter?


Effectivement, ça peut sembler compliqué. Mais je suis de nature productive. Quand je ne fais rien, je me sens inutile, et je n’aime pas dutout l’ennui. En ce moment, je suis en complète harmonie avec tout ce que je fais, il y a une symbiose entre mes études littéraires et mes projets qui se crée. J’ai d’ailleurs un projet qui me tient à cœur, que je n’ai pas encore annoncé : j’écris actuellement un livre sur l’exil. Cela demande du temps, bien sûr, mais aussi du courage, car j’y affronte toutes mes émotions.


Que représente le mot « exil » pour toi?

Il représente la brutalité. Il est très fort. Il est même blessant. J’avais beaucoup de mal au début, mais c’était le but. J’ai choisi ce terme parce que le mot « immigration » est galvaudé, bousillé, déformé. On l’utilise à tort et à travers, et puis il n’aurait pas eu cet impact. L’exil est bien plus profond, ça permet de se poser des questions sur nos identités. J’ai voulu libérer le terme de son carcan beaucoup trop sérieux. Et puis, j’ai voulu me libérer moi-même aussi, en m’exprimant sur mes tristesses, mon manque, mes choix de vie, et mon départ.

Tu laisses beaucoup de place à la nostalgie
dans tes posts…


La nostalgie est en moi. Et parfois, j’ai même l’impression que je suis la nostalgie. Je passe beaucoup de temps à me remémorer les événements de mon passé, cela me permet de ne rien oublier. Je garde beaucoup de photos, d’objets qui me rappellent des moments précieux. Les petites choses matérielles sont une façon de se remémorer, et quand on se remémore, on va de l’avant plus facilement, on sait qui on est. J’accorde aussi beaucoup d’importance à l’écriture de mes sentiments. Je me dis simplement que mes pensées écrites seront éternelles, car le passé et la nostalgie doivent être éternels.

À retrouver sur ses différents comptes Instagram : @neilaromeyssa, @algeroisement.votre et @commun.exil

Article du numéro 49 « Liberté » par Christelle Murhula