Ce samedi 23 novembre a été marqué par un des plus grands rassemblements féministes à Paris. Prêt de 150 000 personnes se sont rassemblées en France pour dire « stop » aux Féminicides. La Team Paulette y était.

Arrivées à Opéra aux alentours de 14h, le foule est déjà présente, les pancartes aux messages engagés fusent et l’ambiance est au rendez vous. On avance avec l’immense cortège vers République, la première étape. La foule se déplace lentement tant elle est dense. Des femmes bien sûr, mais aussi des hommes et des familles composent ce rassemblement. Tout.e.s tiennent à la main une pancarte maison, ou bien une distribuée par le collectif Noustoutes. Les messages sont forts et nous font sourire parfois « Si t’es fier d’être un macho tape dans tes couilles », « lâchez-nous le clito ! » Et d’autres phrases plus fortes et marquantes qui nous rappellent l’importance de marcher ensemble.

138 Féminicides depuis janvier 2019

À droite et à gauche, les colleuses courageuses viennent placarder les murs qui n’ont pas encore reçus leur message « Nous crions sur les murs pour celles qui n’ont plus de voix ». Malgré la gravité de cette manifestation, l’ambiance est bienveillante, forte, et remplie nos coeurs d’espoir. L’espoir de ne devoir manifester qu’une seule et unique fois pour que ces violences s’arrêtent. Dans la foule, il y a également, une horde de personnes qui tiennent à la main des pancartes ou scandent le prénom des femmes assassinées depuis le depuis de l’année. 137 prénoms, leur âge et leur position dans ce classement morbide « Audrey 27 ans, 107 ème » « Chantal 72 ans, 68 ème ».Ça fait froid dans le dos, mais c’est le but, impacter directement pour avoir conscience de la gravité quotidienne. Et surtout, que ça s’arrête.

L’union fait la force 

Nous nous sommes misent à coté des crieuses de slogans, qui perdent leur voix pour chauffer la foule et unir les esprits. Mais aussi pour nous faire danser sur du Aretha Franklin ou du Beyonce, et ça ça met tout le monde d’accord. La marche est à perte de vue entre Opéra et République (2,3 km), continuant jusqu’à la place de la nation. Le meilleur dans tout ça, c’est qu’en plus de participer à une marche historique, ce n’est pas uniquement à  Paris que les femmes et les hommes se mobilisent. Un peu partout en France, des rassemblements ont eu lieu, avec le même acharnement et la même volonté de se faire entendre. Vivre cette marche, malgré la gravité du sujet, a été une belle façon de prouver qu’ensemble nous pouvons réaliser de belles choses et qu’ensemble nous luttons pour que ces Féminicides n’existent plus.

Cette marche n’est que le prémisse de notre combat commun, il continuera d’exister tant que le patriarcat perdurera, toujours en se serrant les coudes quotidiennement. Ensemble contre les violences, les crimes, les discriminations, les viols et les agressions, faites aux femmes. 

Article de Juliette Boulegon

Notre nouveau numéro, ENSEMBLE, sort en kiosque aujourd’hui ! Un numéro que nous sommes très fier.es d’avoir élaboré main dans la main avec Opal Tometi, la cofondatrice du mouvement #blacklivesmatter. Ensemble, nous voulions parler d’activisme, d’engagement politique et social, mais aussi de communauté(s), de partage et de solidarité. Nous voulions montrer qu’ensemble, on peut faire bouger les choses, changer le monde. 

Nous avons réfléchi sur le concept d’intersectionnalité, on a parlé de racisme anti-blanc – qui n’existe pas – avec Rokhaya Diallo, de violences policières avec Assa Traoré et d’activisme avec Irene ; on a mis en lumière la banlieue de Marvin Bonheur et des Déterminés ; on a déconstruit les préjugés sur les sans-abris avec Agy, la fondatrice de La Rue Tourne et on a soulevé le manque de représentation dans le monde professionnel pour les jeunes filles avec Rêv’Elles.

Pour l’occasion, Opal nous a écrit un édito puissant, qui résume bien l’urgence d’œuvrer ensemble pour mettre en place un monde meilleur – et donc de publier ce numéro. 

Que ses mots vous inspirent et vous poussent à vous engager vous aussi, si ce n’est pas déjà fait !

« Chère lectrice, cher lecteur,

Avez-vous l’impression, comme moi, de faire face chaque mois à de nouveaux défis, existentiels ou sociétaux?
De l’immigration à la misogynie, on peut dire que les problématiques ne manquent pas. Pourtant, il ne faut pas oublier que l’engouement autour de ces enjeux a un véritable impact sur les gens, dans la vraie vie. Le fait est qu’il existe un décalage entre la théorie et la réalité.

Vous comprendrez sûrement combien j’ai été choquée de voir Steve Bannon, celui qui tire les ficelles de la politique raciste aux États-Unis, à la télévision française, il y a quelques mois, alors que j’étais à Paris. Et comme si les choses ne pouvaient pas être pires, j’ai partagé mon vol retour avec l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani
– l’un des politiciens les plus détestables qui soient –, et un expert de chez Fox News. De toute évidence, ils étaient tous les deux présents pour soutenir les néoconservateurs à la veille des élections européennes. Leur but était clair: faire élire le plus de candidats d’extrême droite dans le monde pour consolider le pouvoir autour de leurs idées, semer la peur, affirmer la supériorité de certaines races, de certaines religions et de certains genres.

Mais Bannon ne s’est pas invité là tout seul. En réalité, c’est comme si la France s’efforçait de faire reculer le progrès. Et vous ne le savez que trop bien – vous avez assisté à la montée de l’islamophobie, du racisme et de la xénophobie. Pensez-y. Marine Le Pen, après son père, a quasiment été élue présidente. D’ailleurs, les gens pointent souvent du doigt les États-Unis et se demandent ce qu’il s’y passe. Je suis désolée, mais: que se passe-t-il en France? Pourquoi l’extrême droite est-elle menée par les jeunes? Pourquoi les gens, sous prétexte qu’ils sont jeunes, seraient-ils plus ouverts d’esprit et œuvreraient-ils en faveur d’un monde inclusif et juste? En parallèle de cette opposition à un monde digne, on voit que le peuple se rassemble de plus en plus pour former une belle résistance. Un travail inspirant est mené pour protéger et faire avancer l’humanité. C’est pour ces raisons que je suis très honorée de travailler main dans la main avec Irène et l’équipe de Paulette : pour mettre en avant des projets qui me font garder espoir.

Dans les pages de ce numéro, nous avons rencontré des personnalités qui font bouger les choses et abordé beaucoup de sujets importants. J’espère qu’ils vous toucheront, qu’ils vous inspireront profondément. Le monde a besoin que nous restions ouverts, que nous apprenions et que nous agissions.

Je compte sur vous pour vous joindre à nous, car ensemble, nous avons le pouvoir de créer le monde dans lequel nous méritons de vivre.

Je nous souhaite d’être courageux! »

Opal Tometi, cofondatrice de #BLACKLIVESMATTER et rédactrice en chef invitée