Prendre la parole haut et fort peut paraître laborieux lorsqu’on est victime de violences. Encore plus quand on est enfermé.e.s entre quatre murs avec son tortionnaire. Si vous êtes bloqué.e.s à la maison, que parler ne vous est pas possible, l’écrit peut faire la différence.

Strong mother protects her child from danger. Stop violence against children. A big fist threatens a woman and her baby. Vector Illustration

Un confinement toujours plus alarmant

En période de confinement, les phases de sorties quotidiennes ne sont plus vraiment permises. Il est difficile pour les personnes violentées de s’aérer le temps d’un instant. Victimes comme agresseurs deviennent plus anxieux.ses et les phénomènes de violences s’aggravent. 

Une semaine après le début du confinement, 32 % de signalements concernant les violences conjugales étaient enregistrés. Interstats présente désormais chaque semaine un bilan des plaintes déposées dans le cadre des violences intrafamiliales, sur les personnes de 15 ans ou plus. La situation n’évoluant pas dans le bon sens, on comptabilise près de 2 500 plaintes sur la semaine du 20 au 26 avril. Un chiffre en augmentation, comparé aux semaines précédentes, et à l’année passée. 

Adrien Taquet, secrétaire d’État, chargé de la protection de l’enfance, alerte quant à lui sur la sécurité des plus jeunes. Le 20 avril, il annonçait une hausse de 89 % des appels passés au 119 « Allô enfance en danger », par rapport à la même semaine l’année dernière. Beaucoup d’entre eux, effectués par des voisins ou des camarades de classe. 

Un bilan, qui n’est pas des plus rassurants, et une situation qui inquiète toujours autant. « Ces dernières semaines, tandis que s’aggravaient les pressions économiques et sociales et que la peur s’installait, le monde a connu une horrible flambée de violence domestique », a déploré le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le 5 avril. 

« Pour que l’écrit sonne aussi fort que les cris »

De nouveaux canaux s’ouvrent pour faciliter la parole des victimes et leur porter assistance. Pour que « l’écrit sonne aussi fort que les cris », En Avant Toutes crée un tchat sur la plateforme : Comment On S’aime ?

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« Il s’agit d’un moyen discret de parler de sa situation et de trouver de l’aide. Nous avons déjà l’habitude de traiter ces enjeux, car même en temps normal, des femmes et personnes LGBTQIA+ nous contactent parce que l’écrit leur est indispensable. Par exemple lorsqu’elles sont séquestrées ou qu’elles n’ont pas la possibilité de téléphoner discrètement… », explique Louise Delavier, à la tête du projet, aux côtés de Ynaée Benaben et Thomas Humbert.

Pour entrer en contact avec un membre de l’association, et avoir accès à la discussion instantanée, il suffit de se connecter au site web, puis de cliquer sur l’onglet « je discute avec une professionnelle ». Le processus n’est pas éloigné des dispositifs mis en place habituellement, puisqu’il fonctionne sur le même modèle que le numéro national 3919. Différence majeure : ici, tout se passe à l’écrit. « L’idée est de permettre aux personnes d’obtenir une écoute, des conseils et d’être redirigées en toute confidentialité. »

Aujourd’hui, environ 20 à 25 % des conversations engagées par tchat concernent directement le confinement. Les autres situations de violences restent toutefois intimement liées avec ce qu’il se joue. Ce sont « soit des situations d’urgence, soit des personnes que nous suivons depuis un moment et qui nous font part de difficultés particulières pendant le confinement, soit des personnes qui sont en sécurité, mais qui ont le temps de penser et à qui des situations de violences passées reviennent. Nous avons aussi eu des situations de violences intrafamiliales, plus nombreuses. » L’urgence est à la parole, écrite comme orale. 

Fuir, pour aller où ? 

Même s’il reste indispensable que chaque citoyen.ne limite ses allées et venues, jamais au grand jamais, rester chez soi dans le cadre de violences conjugales et familiales est une option envisageable. Comme le rappelle Louise Delavier : « Vous avez le droit de partir. Votre santé, votre bien être sont une priorité. C’est vous qui savez quand et comment agir. »

Des numéros sont mis à disposition, des dispositifs aussi. On les détaillait d’ailleurs plus longuement, ici, en début de confinement. 

Pour rappel : il vous est possible de contacter les forces de l’ordre, en ligne sur Arrêtons les violences. Le 115 vous permet d’être relogé.e en urgence. Des nuitées d’hôtel sont aussi prises en charge par le gouvernement. Pour celles et ceux qui pourraient sortir ou s’exprimer à haute voix, le 3919 reste à votre disposition, tout comme le 17. Les pharmacies sont aussi prêtes à vous entendre, avec le code « masque 19 ». Et le 119, « Allô enfance en danger », est toujours accessible pour signaler des violences commises envers les enfants. 

Au micro de BFM TV, Adrien Taquet le rappelait : « Il faut être attentif.ve à ce qui se passe dans l’immeuble, de l’autre côté du mur. Et dans le moindre doute, ne pas hésiter à aller sonner à la porte, en respectant la distanciation sociale, pour faire redescendre la pression et montrer qu’on est là », « dans le moindre doute, appelez le 119 ».

Nous sommes tous.tes responsables face aux violences. Maintenant, et après le confinement ! 

Article de Marie Le Seac’h