Un rythme dynamique, un brin de douceur et beaucoup de malices, c’est en chanson que M.A.N distille au mieux ses pensées. Son nouveau single, « Chemically Yours », disponible le 17 juin, est l’occasion pour la chanteuse écoféministe – évoluant à mi chemin entre l’écologie et le féminisme – de mettre en mots l’omniprésence des produits chimiques qui nous entourent. 

Photographie d’Elise Boularan

Dans l’authenticité d’un studio d’enregistrement toulousain, le studio Condorcet, Marina Anne Nolles et son équipe se rejoignent pour enregistrer Chemically Yours (aka « Chimiquement vôtre » en français). D’ici quelques semaines, l’endroit mythique, victime d’un plan de réhabilitation, y fera taire la musique. En attendant sa réouverture en d’autres lieux, l’une de ses dernières productions, portée par M.A.N, viendra caresser nos oreilles. 

Qui est M.A.N ?

M.A.N est une femme. Loin des stéréotypes et des standards, derrière ces initiales se cache Marina Anne Nolles, jeune chanteuse franco-américaine. Son nom de scène, elle le tient d’une discussion avec son alliée de tous les jours : sa maman. « Elle m’a dit : c’est marrant Marina Anne Nolles, ça fait M.A.N. Je lui ai répondu : ah oui, M.A.N est une femme ! On a commencé à délirer sur ça et je l’ai utilisé ! »

M.A.N, c’est aussi des textes engagés, chantés en anglais, flirtant depuis peu avec le français. Le résultat de ses origines, mais surtout d’une frustration grandissante, celle de ne pas toujours se faire comprendre par son public francophone. Au fond, la chanteuse qui collectionne les scènes et les premières parties d’Angèle ou de Clara Luciani, compte bien se faire entendre, quelle que soit la langue employée. 

« What I eat, is killing me … »

Chemically Yours, qui sortira le 17 juin, est un hommage déguisé au Bisphénol A, une substance toxique présente dans les emballages alimentaires et non alimentaires. En mélodie et avec magnétisme, Marina tape du poing et montre l’entièreté de ce produit cancérigène qui « nous tue de toutes parts » : « What I eat, is killing me / What I breathe is killing me / What I drink is killing me / What I think is ultimately killing me ». 

Pour la chanteuse, l’actualité n’a jamais été aussi parlante. Cet appel aux masques, ces derniers mois, elle le perçoit comme quelque chose de nécessaire. Surtout, comme une mesure qui aurait dû être prise depuis longtemps. « Chaque année, des milliers de personnes meurent à cause du cancer ! « Nous sommes en guerre », mais ce n’est pas nouveau ! ». Elle-même touchée de près par la maladie – sa maman ayant eu un cancer du sein -, ce combat, elle ne compte pas l’abandonner.

Photographie d’Elise Boularan

À travers ses chansons, M.A.N en revient à ces valeurs écoféministes. Des idées à la croisée de revendications féministes et écologistes. Une manière de montrer que ces deux combats se rejoignent, que ce système patriarcal et capitaliste attaque aussi bien les femmes que l’environnement. Soit, s’exprimer (chanter) haut et fort sur ce mode de domination des hommes sur les femmes, de cette exploitation de la nature par les humains, etc. 

De manière générale, dès que M.A.N a un message à faire passer, elle le fait sur des airs de « Protest Pop » (des textes contestataires, portés par de la musique pop). La jeune femme mise sur sa voix douce et ses paroles tachetées d’ironie pour attirer l’attention. Marina le dit elle-même : pour se faire entendre, il faut parfois savoir ruser. Ce côté subversif, elle y tient. « Dans l’idéal, je cherche à faire des morceaux comme celui-ci, qui fassent danser les gens sur des paroles horribles et engagées. Un peu comme le titre de Foster The People, Pumped up Kicks qui parle des tueries à Colombine. Ils décrivent les massacres et tout le monde danse dessus. C’est un peu l’ambiance que je souhaitais créer avec Chemically Yours. » 

Une sortie colorée 

« Sur scène, notre live est assez dichotomique. On a des morceaux qui sont assez solaires, je les vois rouges. On a d’autres titres qui, quant à eux, sont plus bleus, plus planants. C’est une ambiance qu’on souhaitait maintenir pour cette nouvelle sortie ! » Pour comprendre la chanteuse, il suffit de tendre une oreille vers ce double single, qui sortira cet été en vinyle 45 tours. Chemically Yours, résolument « solaire », annonce un rythme dansant. Son versant, The Lake, « plus liquide », semble plus cosmique et appelle à l’évasion. Ces deux titres proposent deux ambiances distinctes, deux voyages à part entière. Pourtant, tous deux délivrent le même message : la toxicité des produits qui nous entourent. 

Pour M.A.N, le confinement aura été teinté de créativité et de musique. Un ralentissement comme il se fait rare, mais particulièrement inspirant. En attendant qu’elle nous dévoile le fruit de ses pensées confinées, Chemically Yours est dores et déjà disponible ici, et sera officiellement de sortie demain, le 17 juin. 

Article de Marie Le Seac’h

À l’aube du 10e anniversaire de leur griffe créée presque par accident, alors qu’ils tenaient un blog de mode dont le nom était tiré des paroles d’une chanson de Ludacris (Mouths To Feed, ndlr), Hussein Suleiman, Jefferson Osei et Abderrahmane Trabsini, cofondateurs de Daily Paper, peuvent pousser la chansonnette et avoir le sourire. Collections à succès, collaborations prestigieuses, ouverture de leurs propres boutiques et reconnaissance internationale illustrent une ascension des plus fulgurantes que ces trois jeunes entrepreneurs d’Amsterdam à l’identité africaine ont bien méritée. Puisant dans leurs histoires familiales respectives (Hussein est d’origine somalienne, Jefferson, ghanéenne, et Abderrahmane, marocaine), ils insufflent une bonne dose d’authenticité et de tradition à leur label aux influences sportswear et workwear. Les trois amis de toujours nous racontent la genèse de leur projet de cœur, la complémentarité qui fait leur force et pourquoi l’Afrique, berceau de l’humanité, sera le continent du futur.

Photographie Florian Joahn

La montée en puissance de la marque ne peut que forcer l’admiration. Daily Paper a réussi en un temps record à s’établir comme l’une des marques préférées d’une jeunesse européenne cosmopolite, ouverte sur le monde et hyperconnectée. À l’image de leur génération, Hussein, Jefferson et Abderrahmane ont fait leurs premiers pas dans le milieu de la mode sur Internet, en créant un blog dédié à leurs coups de cœur vestimentaires. « À nos débuts, nous parlions des marques et des looks que nous aimions porter. Nous faisions aussi des interviews de créatifs et d’artistes inspirants, venus d’horizons très différents. Le succès de la plateforme nous a poussés à sortir une petite collection de T-shirts imprimés au nom du blog, Daily Paper. Vu l’engouement pour les T-shirts, nous nous sommes pris au jeu et nous avons continué à en produire, à tel point que la création et la vente de vêtements sont devenues notre activité principale en à peine deux ans », s’amuse Hussein. La transition était faite. Le label était né.

Photographie Aytekin Yalcin
Photographie Florian Joahn

Depuis, le trio de fraîchement trentenaires ne cesse d’évoluer et de se réinventer. Les coupes décontractées et sportswear, associées à une identité africaine forte et un branding intelligent, font mouche auprès d’une jeunesse en quête de nouvelle identité et d’un étendard de ralliement. Les rues de Paris ne s’y trompent pas. Daily Paper se porte dans tous les quartiers précurseurs de tendances, avec engouement et fierté. Rien de surprenant, la triade déborde d’inventivité et excelle dans le storytelling en explorant des univers nouveaux chaque saison, sans perdre de vue l’ADN qui les caractérise. Pour la nouvelle collection automne-hiver 19/20, Daily Paper puise dans l’esthétisme singulier de l’afrofuturisme (concept pensé par l’auteur américain Mark Dery dans Black to the Future, 1993, ndlr) et décline ainsi un vestiaire créatif et innovant. Le label à six mains nous offre un aller sans retour vers l’exploration immersive d’un futur afrocentré et engagé, aux prises avec un monde en perpétuel changement. Un monde hyperconnecté, brouillant la frontière entre virtuel et réel, peuplé d’êtres cyborgs qui portent un vestiaire intelligent et mutant. Les trenchs hybrides et les parkas enveloppantes invitent à penser le vêtement comme un cocon d’où l’on émergerait neuf et réactualisé. La fluidité des matières amphibies alliée aux textures irisées précipite cette plongée dans un futur technologique à explorer. Le surprenant lookbook de la collection Daily Paper automne-hiver 19/20, déjà disponible en boutique et en ligne, illustre un bond créatif des plus intéressants, où les imprimés tirés d’œuvres d’art africain et les variations du logo de la marque inspirées par la science-fiction complimentent des pièces en peau de serpent aux couleurs acidulées et givrées. La modernité des coupes, la technicité des matériaux réfléchissants et iridescents signent le génie créatif d’Hussein, Jefferson et Abderrahmane dont la relation fonctionne en « une complémentarité parfaite. Jefferson a toujours été très bon en packaging et en vente. Quand il présente quelque chose, ça se vend comme des petits pains. Il est également très fort dans le storytelling et la direction artistique. Abderrahmane, qui a fait une école de mode, s’est naturellement chargé du design et de la conception de nos collections. Quant à moi, je m’occupe de la stratégie et du marketing de la marque », explique Hussein. Cette force du pouvoir des trois, ils la cultivent quotidiennement.

Photographie Aytekin Yalcin

Quand nous demandons à Jefferson les raisons de ce virage futuriste, il nous révèle que cette collection est née de l’envie de « valoriser les leçons que l’on peut tirer du passé pour construire un plus bel avenir. Nos inspirations vont de l’afrofuturisme à la nostalgie de certains imprimés africains, de films iconiques et de musiciens de légende. Nous voulons faire comprendre et célébrer nos cultures tout en explorant de nouvelles idées pour mieux appréhender le futur. » Ce savant équilibre entre nostalgie, remise en question du présent et invention d’un futur meilleur est complètement dans l’air du temps. Le succès d’un film de science-fiction comme Black Panther, où le royaume africain du Wakanda prospère pleinement à la croisée de son africanité (jamais perturbée par la colonisation européenne) et de son génie technologique avant-gardiste, célèbre un afrofuturisme au cœur même de la culture populaire. Daily Paper, dont le logo n’est autre qu’un bouclier de guerrier masaï flanqué de deux lances, réveille les traditions ancestrales de toute l’Afrique et propose des collections avant-gardistes, lumineuses et engagées. « Quand nous avons créé Daily Paper, ce n’était pas cool de dire qu’on venait d’Afrique. Nous avions le sentiment que le continent africain n’était pas correctement représenté dans la musique, le sport, et surtout dans l’industrie de la mode. Notre but était de rendre les cultures africaines plus accessibles en imaginant des vêtements inspirés par une histoire forte, soutenue par des visuels percutants », insiste Jefferson. Les trois amis assument un certain militantisme à travers leurs vêtements, et espèrent un avenir où les frontières s’ouvriront davantage aux nomades des temps modernes souhaitant partager leurs cultures et enrichir un monde nouveau rempli d’opportunités pour tous. Hussein précise avec justesse qu’« en combinant nos racines et en les mettant en valeur d’une façon moderne et futuriste, tout le monde peut s’identifier à la marque et participer à changer le regard porté sur l’Afrique. »

Photographie Florian Joahn

L’avenir, Daily Paper l’envisage sur tous les fronts, mais avant tout dans le partage et l’entraide. Leur partenariat avec Havana Club (marque de rhum cubaine, ndlr) en début d’année dernière a apporté un soutien créatif, financier et émotionnel à trois jeunes talents issus des milieux de la mode, de la musique et de la photographie. Une expérience enrichissante qu’ils souhaitent renouveler. Très appréciée d’artistes à la popularité stratosphérique comme LiL Nas X et Burna Boy, la marque poursuit sa trajectoire ascendante outre-Atlantique. Abderrahmane nous a confié que Daily Paper aura très prochainement sa première adresse hors d’Amsterdam, à New York. Paris ne sera pas oublié, nous a-t-il promis. Vous l’aurez lu ici, dans « le papier d’aujourd’hui ».

Article du numéro 46 « Dimensions », signé PK Douglas