Le passe-temps est aussi tentant que frustrant. Pourtant, on y revient tou·te·s. On vous donne une vingtaine d’autres idées sur lesquelles se pencher plutôt que de perdre une minute (heure) de plus à traîner sur Twitter, TikTok et Insta.

Les journées à rester coincé·e à la maison sont propices à l’errance digitale. Réflexe quasi instinctif dans le plus grave des cas (le mien), on se retrouve à user notre pouce contre l’écran un peu trop souvent. Et longtemps. Là, d’ailleurs, mon attention est complètement éparpillée entre ces quelques lignes et le compte Instagram @mignonettetakespictures, une petite pépite qui publie principalement des photos de bébés animaux, ou de bébés tout court, dans des positions adorables. Un bébé panda copain avec un bébé chat, un bébé chien dans un bain, deux petits lapins en pique-nique au bord de la mer… Je ne pense pas à grand-chose, à part mon envie irrépressible de les serrer dans mes bras. Ça me détend. Ou en tout cas, c’est ce que je crois. 

Rapidement, je suis prise au piège dans un trou noir de contenus qui défilent sous mes yeux, et trente minutes passent en un clin d’oeil. La sensation agréable du début se transforme en frustration d’avoir gaspillé cette précieuse demi-heure à ne rien faire de concret. Pas vraiment positif.

Crédit : Universal Television/Freeform

Alors attention, je ne critique en aucun cas la non-productivité. Pour être honnête, je voue un culte quasi obsessionnel à l’oisiveté. Mais seulement quand celle-ci procure un réel sentiment de bien-être, de repos, de déconnexion essentielle, et non l’impression de perdre son temps et d’embuer son cerveau pour en ressortir encore plus épuisé·e. Pour ce qui est des réseaux sociaux, ils sont une source d’infos, de communication et de divertissement non négligeable. Et je ne suis pas prête de les laisser tomber.

Mais force est d’admettre qu’on se sent toujours mieux lorsqu’on évite les excès, et qu’il y a pas mal d’autres options qui s’offrent à nous plutôt que d’y scroller sans but. Des alternatives solitaires, solidaires, au grand air, militantes, récréatives, en ligne ou non. En voici vingt-cinq.

  • Demander à nos ami·e·s s’ils·elles vont bien. Et écouter vraiment la réponse.
  • Se demander si on va bien. Et écouter vraiment la réponse.
  • Passer de longues minutes à discuter en face à face avec nos proches, seulement séparé·e·s par un écran.
  • S’enfermer un moment dans la salle de bain à appliquer tout un tas de produits de beauté clean qui hydrateront notre peau qui souffre du froid et des masques.
  • Lancer le touchant podcast EX pendant qu’on teste une énième recette de cuisine expérimentale. L’épisode “La Revanche”, avec Marie Courroy notamment, qui fout les larmes aux yeux de joie par procuration.
  • Déguster notre plat (réussi… ou pas) devant un téléfilm de Noël nul mais tellement satisfaisant.
  • Réaliser qu’on est vraiment piètre cuisinier·e et décider de prendre des cours en visio. Pour préparer des gnocchis à la sauce tomate au hasard, ou pour concocter notre propre mozzarella.
  • Finir par commander la pizza Paulette x Gruppo Dalmata en click & collect. ROSE, qui plus est. De quoi remonter notre moral et nous faire oublier le fiasco aux fourneaux.
  • Bouger les meubles du salon pour installer notre tapis de yoga acquis pendant le premier confinement, et tenter de perfectionner notre chien tête en bas qui ressemble pour l’instant à une sorte de chèvre estropiée. Ou la preuve ultime que la souplesse  – et par conséquent, son absence – est héréditaire.
  • Ne pas céder à la tentation de Black Friday, mais soutenir les marques écoresponsables en shoppant par exemple sur @jesoutiensmoncréateur, un compte qui recense des boutiques éthiques et françaises.
  • Sortir admirer les décos de Noël, masqué·e et à distance, pendant quelques heures. En attendant de retrouver les siens – tout aussi prudemment – d’ici quelques semaines.
  • En profiter pour commencer nos cadeaux afin d’échapper au rush de dernière minute – et au bain de foule qui va avec, redoutable et redouté en 2020.
  • Rentrer au chaud, se reposer sous la couette pour une sieste régressive et nécessaire.
  • Se mettre aux ateliers créatifs pour donner une deuxième vie à des objets qui traînent. Des miroirs qu’on décore, des serviettes qu’on brode, des céramiques qu’on peint. Ou en créer de nouveaux avec nos propres mains.
  • Appeler notre grand-mère, notre grand-père, qui se sentent particulièrement seul·e·s en ce moment. Leur dire qu’ils·elles nous manquent.
  • Organiser un tournoi de jeux de société car après tout, foutu·e pour foutu·e, il va bien falloir qu’on se mette à Code Names comme tout le monde.
  • Se lancer, même sceptique, dans l’aventure du journaling, pour voir si c’est vraiment révolutionnaire de coucher toute notre journée sur le papier, et ce pourquoi on est reconnaissante au quotidien.
  • Réaliser que oui, que ça nous permet de relativiser, et même de se coucher apaisée.
Crédit : Dash & Lily/Netflix
  • Faire enfin le tri dans cet énorme placard de l’entrée qui ne va pas tarder à exploser.
  • Donner une tonne de fringues et de nourriture à l’association Utopia56, qui vient en aide aux réfugié·e·s démuni·e·s. Et qui refile en ce moment le surplus alimentaire aux Restos du coeur.
  • Continuer de se rendre utile en s’inscrivant sur Entourage, l’appli qui crée du lien social avec les personnes en grande précarité.
  • Militer virtuellement contre les violences faites aux femmes, qui menacent terriblement nos vies et celles de nos semblables.
  • Militer sans relâche contre l’article 24 de la « loi sécurité globale », qui menace terriblement nos libertés.
  • Arrêter de se dire qu’on aimerait avoir le temps de faire tout ça, comme les personnes qu’on suit virtuellement, et s’y mettre pour de vrai.
  • Couper notre téléphone pour le reste de la journée, et recharger ses batteries à soi, là aussi pour de vrai.

Article de Pauline Machado

A ceux et celles qui ont du mal à tirer un trait sur notre investissement pendant nos congés : s’il vous plaît, retenez-vous.

Les derniers mois ont semblé interminables. Depuis quelques jours maintenant, on s’autorise à lâcher prise. Les vacances commencent enfin, on se détend. Autour de nous, un paysage qui nous apaise, une compagnie qui nous réjouit. Des levers sans réveil et de la bonne bouffe, forcément. Notre idée du repos idéal n’a rien de bien compliqué il faut croire. Tant qu’on a le luxe de ne plus penser à l’heure ni au jour qu’il est.

On profite aussi d’une parenthèse loin des réunions Zoom qui nous filent une angoisse toute particulière tant elles auraient, comme leur version au bureau, pu se résumer à un email. De quelque temps à l’abri des tensions et des jeux de pouvoir mal placés qui nous font réévaluer notre envie de poursuivre dans cette voie – et envisager sérieusement de tout plaquer pour ouvrir un potager en permaculture au fin fond de la Bretagne. Parce qu’on serait tellement plus heureuse en regardant grandir nos tomates que derrière notre écran, en pleurs devant le dernier message Slack de notre chef qui a l’agressivité passive aussi facile que ses anglicismes. Avec lui, rien n’est malin, tout est « smart » ; rien ne se vérifie rapidement, tout se « checke asap« .

« Désolé de te déranger pendant ton break« 

Aujourd’hui, on est bien. Notre seul impératif pour les prochaines heures consiste à choper des melons au marché avant que la vague de touristes (dont on s’exclut, mauvaise foi oblige) n’emporte les plus sucrés, et nous laisse avec ceux qui ont le goût d’eau et de frustration. La paresse n’a jamais été si savoureuse. Jusqu’à ce que notre téléphone sonne. C’est le roi du jargon de la start-up nation qui a une « petite question ». On en frémit d’avance. « Désolé de te déranger en plein break« , écrit celui qu’on nommera David et qui n’est pas désolé du tout, « penses-tu pouvoir me faire un feedback asap sur la propal ci-jointe stp ? c’est très urgent ».

On râle, mais on parcourt le document vite fait : le « penses-tu » n’est là que pour la forme, c’est plutôt un ordre. Ça ne demande pas beaucoup de travail. Vingt minutes tout au plus. On sourit en pensant au groupe Facebook cinglant qui épingle justement ce genre de comportements perpétrés par les laxistes du Code du travail. Et puis on s’y met. On rappellera à David qu’on a bossé pendant nos vacances lors de l’entretien annuel, songe-t-on. Une demi-heure plus tard, on renvoie ladite « propal » avec quelques commentaires clairs sur les points à revoir et les reformulations nécessaires.

La réponse est immédiate. David a d’autres « petites questions », besoin de davantage de précision. On se retrouve à bosser en pointillé toute la journée. Et surtout à penser au projet qu’on avait pourtant mis en pause en même temps qu’on activait notre réponse automatique, vendredi dernier. Tant pis pour les melons. Le lendemain, on consulte nos mails toutes les deux minutes, fébrile pendant que les derniers échanges chargent. La sérénité des premiers jours s’est un peu ternie : notre esprit n’est plus vraiment au repos.

Et c’est là tout le problème. L’impact qu’ont ces interventions professionnelles sur une déconnexion essentielle à notre bien-être et plus tard, à notre productivité. Même Zizou l’a dit : « Il faut que l’on déconnecte un peu ». C’était le 20 juillet. Un cri du cœur qui traduisait un besoin notoire pour le Real de se ressourcer afin de reprendre des forces avant la Ligue des Champions. Et qui se décline au-delà du sport de haut-niveau. Avec David, notamment.

Le droit à la déconnexion

Ces interruptions ne se manifestent pas toujours aussi directement que dans le cas cité plus haut. Parfois, ce sont de petites réflexions, des requêtes qui se glissent dans des messages anodins, surtout quand on est potes avec ses collègues, qui rendent la coupure moins nette. Et la reprise plus dure.

Seulement plutôt que d’expliquer, une fois de plus, comment faire pour bien déconnecter, parce que ce n’est plus vraiment à nous de remettre nos pratiques en question, on préférera s’adresser aux perturbateur.ice.s de congés. Ceux et celles qui ont, comme David, le réflexe trop fréquent de contacter les absent.e.s.

C’est votre cas ? Imprimez. Personne n’est indispensable, et vous êtes plus intelligent.e que vous ne le pensez : alors débrouillez-vous. Ne le prenez pas mal, rappelez-vous plutôt à quel point vous appréciez vous-même ces moments sans parasitage pro. Et dites-vous que nous aussi, on en veut. On ne va nulle part, on revient. Mais pour être en forme il faut que vous nous laissiez un peu tranquille. Le droit à la déconnexion existe, d’ailleurs. C’est dans la loi. C’est écrit. Aussi clair que vos intentions quand on reçoit des « désolé de te déranger pendant ton break« . On vous voit, et on aimerait que vous aussi, vous nous voyiez davantage.

Alors réfléchissez à deux fois avant de cliquer sur envoyer, relisez votre texte et demandez-vous si le problème en vaut la chandelle. Si vous ne pouvez pas simplement le résoudre solo, sans priver l’autre de ces instants privilégiés et pour le coup, indispensables. Ne partez pas non plus du principe que quelqu’un qui se montre plus dévoué.e que vous en temps normal aura moins besoin d’une pause, et donc saura vous aider même au bord de la plage. Ni que son repos est moins important que le vôtre. Souhaitez-nous à la rigueur de bonnes vacances, et foutez-nous la paix. Promis, on n’en sera que plus motivé.e à la rentrée.

Chronique de Pauline Machado