Parce que c’est le cas de Léa Legendre. Comme elle ne trouvait pas de solution adaptée, elle l’a créée. Et ça s’appelle Cuissoh. Interview.

Léa Legendre - © Cuissoh
Léa Legendre - © Cuissoh

Léa Legendre a 27 ans. Elle vit à Paris, avec son chien Prosper-Pastis. Après un parcours assez classique de « bonne élève » : prépa et école de commerce, elle se met à travailler dans le milieu bancaire. Très vite, elle sature. Elle quitte sa boite et participe un peu par hasard à un bootcamp entrepreneurial réservé aux femmes : GoldUp, organisé par The Family. C’est là qu’elle imagine Cuissoh. Aujourd’hui, elle est non seulement commerciale, mais aussi en pleine campagne de crowdfunding sur Ulule pour développer sa marque et son shorty cool, imaginé pour empêcher nos cuisses de frotter. Elle nous raconte comment d’une honte, son complexe est devenu une vraie part de son identité.

Bonjour Léa ! Comment vas-tu ? Peux-tu nous raconter comment s’est déroulée la création de Cuissoh et d’où t’est venue l’idée ?

Je suis en pleine forme, merci ! En fait, ça fait plusieurs étés que je suis gênée par mes cuisses qui se frottent et que je me dis qu’il faudrait trouver des solutions. Il y a 3/4 ans, je savais que ce n’était pas normal de souffrir, mais j’avais l’impression d’être un peu seule à le vivre, donc j’étais entre les deux. J’avais trouvé une crème qui fonctionnait bien, mais il fallait en remettre toutes les 30 minutes, donc ce n’était pas pratique… Et en 2019, j’ai participé à GoldUp sans projet particulier. Là-bas, on m’a dit de chercher un problème que je rencontre et auquel j’aimerais trouver une solution. Alors, j’ai repensé à tout ça. Lorsque j’ai dit : « moi, j’ai les cuisses qui frottent », j’ai vu dans le regard des autres filles qu’elles savaient de quoi je parlais. C’était parti.

Le shorty cool - © Cuissoh

Après, je me suis mise à chercher la solution. Une crème, cela ne suffisait pas pour les peaux sensibles, donc le plus simple, c’était de mettre du tissu entre les deux cuisses. Au départ, on pensait plutôt à un truc type « porte jarretelle ». Mais après réflexion, on a réalisé que ce n’était pas agréable à porter et pas forcément écologique. En comparaison, le shorty paraissait plus simple. Il suffisait simplement de faire le shorty qui n’existait pas encore sur le marché. Donc, on s’est demandé·e·s ce qu’on n’aimait pas dans ceux déjà existants et on a fait la liste. Le fait qu’il soit chaud, cisaille, remonte, roule… On a voulu créer un shorty qui serait tout l’inverse de ces défauts. Et c’est comme ça qu’on a avancé.

Dans le sondage que tu as réalisé avant la création de ta marque, 60% de femmes [ndlr, sur 600 personnes] avouaient que chez elles aussi, leurs cuisses frottaient. Est-ce que ça t’a aidée pour accepter ton propre complexe ?

Bien sûr que oui ! Dès le départ de ce projet, j’ai réalisé que je n’étais pas la seule à vivre ça. Et ce questionnaire, ça a été le déclic. J’étais devenue : « Léa, 27 ans… Et OUI, j’ai les cuisses qui frottent ». Ce n’était plus un tabou ou un truc secret. C’est vraiment devenu un morceau de mon identité, un morceau de mon combat. Je ne voulais plus avoir honte de ce truc-là, en fait, parce que peu importe le type de femme que tu es, ça risque de frotter. C’est une question de morphologie. Pourquoi on devrait s’infliger cette douleur ? Et comme personne ne s’emparait de ce sujet, qu’aucune marque n’avait prévu de le faire, je me suis dit : « je vais le faire moi, et on verra bien où ça va. »

Léa Legendre et le shorty cool - © Cuissoh

Cuissoh, c’est censé nous « libérer du frottement des cuisses ». C’est une belle promesse ! Mais en quoi et comment ça va changer nos vies ?

La grande mission de Cuissoh, c’est effectivement de libérer les femmes. À la fois de la douleur physique, mais aussi de la honte qu’on s’inflige à cause de nos frottements de cuisses. Et le produit sur lequel on bosse depuis plus d’un an, on l’a appelé le shorty cool. C’est vraiment le seul shorty français qui a été pensé spécifiquement pour résoudre le problème des cuisses qui frottent. Et pourquoi il est bien mieux que tous les shortys qu’on a tou·te·s utilisé ? Déjà, grâce à sa matière hyper respirante. C’est pour l’été, alors il ne faut pas qu’il soit chaud, il faut que la transpiration s’évacue. Ce tissu, on l’a trouvée à Milan. Il est à la fois agréable à porter et très léger. Ensuite, le plus dur, c’était de créer un modèle qui ne bouge pas, ne remonte pas, ne se met pas à rouler, ne compresse et ne cisaille pas. Il fallait qu’il reste bien en place. Nous, on est hyper content·e·s parce qu’on trouve qu’il est top. Le shorty cool, tu l’enfiles et après tu n’y penses plus.

Le shorty cool - © Cuissoh

Comment as-tu réussi à rendre ton shorty décomplexant ? On veut tout savoir.

Alors en fait, je pense qu’il y a deux choses. Il y a d’abord le produit. Comme il reste en place et n’est pas inconfortable, il est forcément décomplexant. Parce que tu ne penses plus à tes cuisses qui frottent et tu es libre de profiter de l’été comme tout le monde. C’est le bon compagnon, il n’est pas envahissant mais bel et bien présent. Et je pense que le deuxième aspect, c’est l’aspect communication. On parle de tous les sujets ouvertement, sans se poser de questions, on ne retouche pas nos photos (sauf en termes de colorimétrie), on voit des poils, de la cellulite… Et il y a vraiment tout ce côté-là de Cuissoh qui est libérateur. On n’est pas là pour rendre ce sujet tabou, on en parle avec humour.

Le produit a été imaginé en France, la production est française, le tissu italien… C’était un choix, de rester en Europe ?

C’était fondamental d’avoir un produit qui a un impact environnemental et social le plus léger possible. On a trouvé un super atelier, à Troyes. Et pour le tissu, c’était indispensable pour nous qu’il soit certifié OEKO-TEX. Il vient d’une usine italienne qui produit tout sur place. C’était la seule qui faisait vraiment ce qu’on cherchait.

Le shorty cool - © Cuissoh

Qu’espères-tu pour la suite ? Quels sont tes projets ?

Plein de choses ! Déjà, à court terme, ce serait cool de pouvoir pérenniser le projet : créer l’entreprise et le site internet. Ensuite, j’espère pouvoir faire une nouvelle gamme. Le but, c’était d’avoir pour l’instant le shorty de base, le compagnon de tous les jours. Et puis de le décliner, d’augmenter la gamme. Pourquoi pas d’autres couleurs ou plus sexy, mais surtout qu’il soit de plus en plus écoresponsable et inclusif, en termes de tailles, de formes, de longueurs… Faire le shorty femme enceinte, le shorty sportif… Je voudrais qu’il puisse répondre à tous les besoins des femmes. Sky is the limit dans le shorty et ses déclinaisons !

Un conseil à donner à celleux qui voudraient suivre leurs rêves ?

C’est tout con et tout le monde le dit, mais c’est de commencer petit truc par petit truc. Il ne faut pas forcément avoir une idée révolutionnaire, ça s’applique à tous les rêves. Pour moi, la clé, c’est de se demander tous les jours : « qu’est-ce que je pourrais faire aujourd’hui pour faire avancer mon rêve ou mon nouveau projet ? » L’exemple de Cuissoh c’était, par exemple, de créer un questionnaire pour savoir si les femmes ont aussi les cuisses qui frottent. L’idée c’est, chaque jour, de faire un petit pas qui nous rapproche un peu plus de notre rêve.

Pour soutenir Cuissoh sur Ulule, vous avez jusqu’au 23 avril. Alors foncez !

Article de Clémence Bouquerod