Face To Face naît de l’envie partagée de Marianna Szeib-Simon et Manon Posty Sworowski, co-fondatrices, de raconter l’histoire, la vraie. Celle des créateurs, de leurs moments de doute, de leur envie de fabriquer des pièces intemporelles ainsi que de leur engagement. Marianna et Manon veulent mettre un terme à l’anonymat de ces génies dont on ne parle jamais. Car après avoir travaillé pour de grands groupes comme Yves Saint Laurent ou encore L’Oréal, elles ont besoin de reconnecter. Reconnecter les gens entre eux, mais aussi avec leur ressenti tout en redonnant du sens aux objets qu’ils acquièrent. En effet, chez Face To Face on mise sur la transparence. Rencontre avec deux femmes dont la jovialité inspire.

Marianna et Manon, co-fondatrices de Face To Face, organisent régulièrement des pop-up pour favoriser l'échange entre créateurs et clients. Crédits : ©FaceToFace.
Marianna et Manon, co-fondatrices de Face To Face, organisent régulièrement des pop-ups pour favoriser l’échange entre créateurs et clients. Crédits : ©FaceToFace.

Paulette : Une anecdote à nous dévoiler pour présenter les co-fondatrices de Face To Face ? 

Marianna : Je me souviens du premier événement avec Manon. C’est d’ailleurs celui qui nous a fait décoller. Le pop-up se tenait dans un appartement du Marais et on a pu initier une sorte de rituel. Au début, pour tous les événements, on s’occupait de la préparation du lieu, on portait les meubles nous-mêmes. Alors à minuit, on finissait la journée pieds nus, quand tous les créateurs étaient partis. Et on s’ouvrait la dernière bouteille de champagne pour l’inauguration de Face To Face. C’était un réel moment de bonheur. On était fatiguées, mais vraiment satisfaites !

Manon : Il y a pas longtemps, je réalisais que ça faisait déjà trois ans que j’avais rejoint Marianna. Si on m’avait dit trois ans après qu’on en serait là, je n’y aurais jamais cru. Et je ne sais pas si j’aurais signé parce qu’on a fait tellement de choses, je n’aurais pas cru ça possible au départ. Mais c’est un bilan extrêmement positif aujourd’hui.

Pour l'évènement Bossa Nova Mood, c'est dans une boutique éphémère que l'on retrouvait les créations sélectionnées chez Face To Face.
Pour l’événement Bossa Nova Mood, c’est dans une boutique éphémère que l’on retrouvait les créations sélectionnées chez Face To Face. Crédits : ©FaceToFace.

P :  « Face To face », pourquoi ce nom et comment vous est venue l’idée de ce concept ?

Marianna : En travaillant en développement marketing chez L’Oréal, je me suis rendu compte qu’on racontait une histoire fausse autour d’une égérie. Elles n’ont rien à voir avec le produit lui-même. Alors, j’ai compris que l’anonymat créatif me pesait. Derrière ce sont de véritables génies, des directeurs artistiques qui bossaient jour et nuit, pour qu’au final, on ne parle jamais d’eux.

En parallèle, j’avais de nombreux amis qui quittaient ces grands groupes pour créer leur marque. Comme une seconde vie, ils opéraient un retour aux origines – en puisant par exemple dans une histoire familiale ou alors une région. Je me suis alors rendu compte que ça me passionnait beaucoup plus, les vraies histoires.

Face To Face c’est un constat : celui de marques qui se lancent sur Instagram, qui vont avoir besoin d’un point de contact avec les clients physique, très qualitatif. C’est avant tout un évènement incontournable, vraiment artistique. Les marques, autant que les artistes, y sont conviées et cela permet d’ajouter une dimension plus expérimentale. Ce n’est pas simplement du shopping. On revient aux sources de l’échange. On peut ainsi porter un regard différent sur ce que l’on achète. Lorsqu’on met un visage sur le créateur ainsi que son histoire, on a tendance à porter les objets d’une autre manière et surtout on s’y attache.

Chez Face To Face on mise la carte de la transparence. On ne peut pas mentir et rien cacher. Il n’y a pas de secret.

P : Dans votre concept, il y a beaucoup de produits en tout genre (vêtements, bijoux, produits de beauté), pourquoi avoir fait un choix aussi large ? 

Marianna : Tout ce qui se fait chez Face To Face, c’est soit en observant nos clients, soit en observant les créateurs. C’est un organisme vivant où l’on répond à une réelle philosophie. Et les produits s’y intègrent. Le principe, c’est de s’adresser surtout à la femme, et surtout celle qui est passée au bio. On cherche donc à répondre à ces besoins. Si elles mangent bio, on s’imagine bien qu’elles souhaitent faire d’autres achats dans cette ligne de pensée. Donc on propose des cosmétiques respectueux de la peau et de l’environnement, mais aussi de la décoration, des vêtements et des bijoux. Bientôt on intègre des collections enfants. C’est donc une réelle approche holistique.

P : Un des principes fondateurs des créateurs membres de Face To Face et donc de leurs créations, c’est la consommation durable des clientes. Vous nous en dites un peu plus ? 

Manon : L’idée c’est que si le client achète une pièce, qu’il y est accroché, qu’il a aimé le créateur et son histoire, il va s’assurer de la garder. On est complètement à l’opposé de la fast-fashion où l’on achète pour ne porter le produit que trois fois avant de l’oublier.

Ici, les créations perdurent dans le temps, la qualité est toujours au rendez-vous et surtout ce sont des intemporels. C’est une pièce aussi dont on prend soin parce qu’il est possible de la transmettre à son enfant.

P : D’ailleurs en parlant des créateurs, comment sont-ils choisis ? Et quels sont les engagements à avoir ?

Marianna : Il arrive que les créateurs viennent à nous ou alors que nous les dégotions. Peu importe en réalité, puisque les conditions de sélection sont les mêmes et reposent sur trois critères.

Le premier est purement esthétique. C’est une sélection personnelle et subjective puisque ce sont des objets que je pourrais porter moi-même. Mais elle est primordiale pour qu’il y ait un style, une unité dans les créations proposées.

En deuxième lieu, c’est la qualité, la transparence et les valeurs quant à la manière de produire. C’est pour moi très important de connaître l’engagement de la marque. Nous, on ne pousse pas les créateurs à aller vers un engagement précis. Chacun est libre de suivre ses convictions. Par exemple pour parler du « green », certaines marques privilégient le made in France, alors que d’autres produisent à Madagascar, mais avec des communautés de femmes issues des violences conjugales. Ensuite, le choix appartient au client : il décide quel engagement il souhaite privilégier.

Enfin, en troisième critère c’est la transparence de prix et sa justesse. On accompagne alors le créateur en se demandant si le prix est réaliste, s’il répond à une certaine réalité du marché. Mais aussi, si le produit est cher, cela signifie que l’objet a nécessité plusieurs semaines de travail pour l’artisan afin de fabriquer une pièce. Il faut donc sensibiliser les clients à la juste valeur des choses.

P : Parle-t-on de créateurs ou de créatrices chez Face To Face ?

Manon : À 99,9 % de femmes ! Mais ce n’était pas un critère au départ.

Marianna : Non, en effet, ça l’est devenu. Et c’est aussi une histoire personnelle. Moi je viens d’une famille de femmes. C’était déjà le début d’un « girls gang ». Donc la femme a toujours été très importante dans mon évolution.

Pour les créatrices de Face To Face, c’est la démonstration d’une révolution sociétale. Aujourd’hui, cette femme ne veut plus être comme les hommes. Elle veut pleinement vivre sa vie et concilier plusieurs rôles, qu’elle se choisit bien sûr. Ces créatrices sont souvent des anciennes avocates, des anciennes comptables qui finalement cherchent une nouvelle qualité de vie avec leur marque.

Marianna et Manon organisent de plus en plus de pop-up pour découvrir les créateurs et leurs créations. Crédits : ©FacetoFace.
Marianna et Manon organisent de plus en plus de pop-ups pour découvrir les créateurs et leurs créations. Crédits : ©FacetoFace.

P : Comment et quand venir shopper chez Face To Face ? 

Manon : On organise des pop-ups pour permettre ces échanges. Pour la petite histoire, au début il y avait un pop-up par an puis deux. Les créateurs arrivaient à vendre correctement, on voyait que la notoriété commençait à monter. On s’est rendu compte que c’était dommage de se limiter à deux pop-ups parce que les créateurs ont besoin de vendre à l’année.

On a donc créé notre site, qui incarne une véritable market place où les créateurs vendent leurs produits. L’idée, c’est que le client puisse retrouver sur le site ce qu’il y a en pop-up et inversement.

Maintenant on a multiplié ces événements. Prochainement on sera dans le patio de l’Hotel de Paris en août, chez Who’s Next début septembre mais aussi chez Première Classe tout début octobre. Enfin, on se retrouvera à The Reunion les 10 et 11 octobre pour un pop-up family-friendly !

Propos recueillis par Nina Hossein.

À l’aube du 10e anniversaire de leur griffe créée presque par accident, alors qu’ils tenaient un blog de mode dont le nom était tiré des paroles d’une chanson de Ludacris (Mouths To Feed, ndlr), Hussein Suleiman, Jefferson Osei et Abderrahmane Trabsini, cofondateurs de Daily Paper, peuvent pousser la chansonnette et avoir le sourire. Collections à succès, collaborations prestigieuses, ouverture de leurs propres boutiques et reconnaissance internationale illustrent une ascension des plus fulgurantes que ces trois jeunes entrepreneurs d’Amsterdam à l’identité africaine ont bien méritée. Puisant dans leurs histoires familiales respectives (Hussein est d’origine somalienne, Jefferson, ghanéenne, et Abderrahmane, marocaine), ils insufflent une bonne dose d’authenticité et de tradition à leur label aux influences sportswear et workwear. Les trois amis de toujours nous racontent la genèse de leur projet de cœur, la complémentarité qui fait leur force et pourquoi l’Afrique, berceau de l’humanité, sera le continent du futur.

Photographie Florian Joahn

La montée en puissance de la marque ne peut que forcer l’admiration. Daily Paper a réussi en un temps record à s’établir comme l’une des marques préférées d’une jeunesse européenne cosmopolite, ouverte sur le monde et hyperconnectée. À l’image de leur génération, Hussein, Jefferson et Abderrahmane ont fait leurs premiers pas dans le milieu de la mode sur Internet, en créant un blog dédié à leurs coups de cœur vestimentaires. « À nos débuts, nous parlions des marques et des looks que nous aimions porter. Nous faisions aussi des interviews de créatifs et d’artistes inspirants, venus d’horizons très différents. Le succès de la plateforme nous a poussés à sortir une petite collection de T-shirts imprimés au nom du blog, Daily Paper. Vu l’engouement pour les T-shirts, nous nous sommes pris au jeu et nous avons continué à en produire, à tel point que la création et la vente de vêtements sont devenues notre activité principale en à peine deux ans », s’amuse Hussein. La transition était faite. Le label était né.

Photographie Aytekin Yalcin
Photographie Florian Joahn

Depuis, le trio de fraîchement trentenaires ne cesse d’évoluer et de se réinventer. Les coupes décontractées et sportswear, associées à une identité africaine forte et un branding intelligent, font mouche auprès d’une jeunesse en quête de nouvelle identité et d’un étendard de ralliement. Les rues de Paris ne s’y trompent pas. Daily Paper se porte dans tous les quartiers précurseurs de tendances, avec engouement et fierté. Rien de surprenant, la triade déborde d’inventivité et excelle dans le storytelling en explorant des univers nouveaux chaque saison, sans perdre de vue l’ADN qui les caractérise. Pour la nouvelle collection automne-hiver 19/20, Daily Paper puise dans l’esthétisme singulier de l’afrofuturisme (concept pensé par l’auteur américain Mark Dery dans Black to the Future, 1993, ndlr) et décline ainsi un vestiaire créatif et innovant. Le label à six mains nous offre un aller sans retour vers l’exploration immersive d’un futur afrocentré et engagé, aux prises avec un monde en perpétuel changement. Un monde hyperconnecté, brouillant la frontière entre virtuel et réel, peuplé d’êtres cyborgs qui portent un vestiaire intelligent et mutant. Les trenchs hybrides et les parkas enveloppantes invitent à penser le vêtement comme un cocon d’où l’on émergerait neuf et réactualisé. La fluidité des matières amphibies alliée aux textures irisées précipite cette plongée dans un futur technologique à explorer. Le surprenant lookbook de la collection Daily Paper automne-hiver 19/20, déjà disponible en boutique et en ligne, illustre un bond créatif des plus intéressants, où les imprimés tirés d’œuvres d’art africain et les variations du logo de la marque inspirées par la science-fiction complimentent des pièces en peau de serpent aux couleurs acidulées et givrées. La modernité des coupes, la technicité des matériaux réfléchissants et iridescents signent le génie créatif d’Hussein, Jefferson et Abderrahmane dont la relation fonctionne en « une complémentarité parfaite. Jefferson a toujours été très bon en packaging et en vente. Quand il présente quelque chose, ça se vend comme des petits pains. Il est également très fort dans le storytelling et la direction artistique. Abderrahmane, qui a fait une école de mode, s’est naturellement chargé du design et de la conception de nos collections. Quant à moi, je m’occupe de la stratégie et du marketing de la marque », explique Hussein. Cette force du pouvoir des trois, ils la cultivent quotidiennement.

Photographie Aytekin Yalcin

Quand nous demandons à Jefferson les raisons de ce virage futuriste, il nous révèle que cette collection est née de l’envie de « valoriser les leçons que l’on peut tirer du passé pour construire un plus bel avenir. Nos inspirations vont de l’afrofuturisme à la nostalgie de certains imprimés africains, de films iconiques et de musiciens de légende. Nous voulons faire comprendre et célébrer nos cultures tout en explorant de nouvelles idées pour mieux appréhender le futur. » Ce savant équilibre entre nostalgie, remise en question du présent et invention d’un futur meilleur est complètement dans l’air du temps. Le succès d’un film de science-fiction comme Black Panther, où le royaume africain du Wakanda prospère pleinement à la croisée de son africanité (jamais perturbée par la colonisation européenne) et de son génie technologique avant-gardiste, célèbre un afrofuturisme au cœur même de la culture populaire. Daily Paper, dont le logo n’est autre qu’un bouclier de guerrier masaï flanqué de deux lances, réveille les traditions ancestrales de toute l’Afrique et propose des collections avant-gardistes, lumineuses et engagées. « Quand nous avons créé Daily Paper, ce n’était pas cool de dire qu’on venait d’Afrique. Nous avions le sentiment que le continent africain n’était pas correctement représenté dans la musique, le sport, et surtout dans l’industrie de la mode. Notre but était de rendre les cultures africaines plus accessibles en imaginant des vêtements inspirés par une histoire forte, soutenue par des visuels percutants », insiste Jefferson. Les trois amis assument un certain militantisme à travers leurs vêtements, et espèrent un avenir où les frontières s’ouvriront davantage aux nomades des temps modernes souhaitant partager leurs cultures et enrichir un monde nouveau rempli d’opportunités pour tous. Hussein précise avec justesse qu’« en combinant nos racines et en les mettant en valeur d’une façon moderne et futuriste, tout le monde peut s’identifier à la marque et participer à changer le regard porté sur l’Afrique. »

Photographie Florian Joahn

L’avenir, Daily Paper l’envisage sur tous les fronts, mais avant tout dans le partage et l’entraide. Leur partenariat avec Havana Club (marque de rhum cubaine, ndlr) en début d’année dernière a apporté un soutien créatif, financier et émotionnel à trois jeunes talents issus des milieux de la mode, de la musique et de la photographie. Une expérience enrichissante qu’ils souhaitent renouveler. Très appréciée d’artistes à la popularité stratosphérique comme LiL Nas X et Burna Boy, la marque poursuit sa trajectoire ascendante outre-Atlantique. Abderrahmane nous a confié que Daily Paper aura très prochainement sa première adresse hors d’Amsterdam, à New York. Paris ne sera pas oublié, nous a-t-il promis. Vous l’aurez lu ici, dans « le papier d’aujourd’hui ».

Article du numéro 46 « Dimensions », signé PK Douglas