Le sexisme ordinaire s’invite dans ce que nous côtoyons le plus chaque jours, nos mots, nos phrases, nos écrans. L’écriture inclusive semble avoir encore un long chemin, surtout face à notre correcteur, éternel sexiste et discriminant.

Capture d'écran de mon iPhone alors que j'écrivais quelques mots qu'il ne connaissait pas.
Capture d’écran de mon iPhone alors que j’écrivais quelques mots qu’il ne connaissait pas.

« La langue française est sexiste. Vous ne me croyez pas? Il y a une blague à ce sujet. Une vieille blague, mais très éclairante. Un courtisan, c’est un homme que l’ont voit auprès du roi. Une courtisane, c’est une pute. Un entraîneur, c’est un homme qui entraîne les sportifs. Une entraîneuse, c’est une pute. Une homme facile, c’est un monsieur agréable à vivre. Une femme facile, c’est une pute. Une homme publique c’est quelqu’un de connu. Une femme publique c’est une pute. […] Et vous pouvez continuer longtemps comme ça. […] Le vocabulaire, les mots que l’on emploie peuvent se révéler profondément machiste. » Comment mieux introduire que par cette intervention cyniquement véridique de Catherine Arditi sur L’Obs? La langue française est sexiste. Mais je ne vous apprends rien. Comment dit-on auteur au féminin? Médecin? Metteur en scène? Plombier? Passons à un autre degrés, comment dit-on vainqueur? Triste prédestination…

Sms, posts sociaux, mails, documents word et j’en passe… Tous les jours nous côtoyons notre correcteur automatique, ce vieil aigri à l’esprit trop étroit pour évoluer avec notre société. Alors que l’écriture inclusive gagne du terrain progressivement pour mettre à mal nos vieilles règles grammaticales sexistes, le correcteur, lui ne s’y met pas. Pour illustrer simplement cette discrimination dans l’apprentissage de la langue française, parlons de l’accord du genre. Par exemple, « le masculin l’emporte toujours sur le féminin ». Il fallait bien faire un choix! Vous pensez que c’est dû au hasard? Le masculin l’emporte sur le féminin parce qu’il est considéré comme étant plus noble depuis le XVIIe siècle, voilà donc sa représentation dans la langue française. Avant quoi s’appliquait simplement la règle de proximité ou de quantité.

Ecriture inclusive, où es-tu?

Pour palier ces absurdités, nous glissons -lentement- vers l’écriture inclusive ou langage épicène. Définition. « L’inclusive language vise à inclure toutes les personnes pouvant ne pas se sentir représentées (en matière de sexe, d’ethnicité*, de religion, etc.) par une désignation. Le gender-inclusive language, qui concerne plus particulièrement l’absence de représentation des différents genres (en l’occurrence du genre féminin) en est une spécificité. Ce qu’on appelle, depuis quelques années en France, l’« écriture inclusive » est en fait une écriture inclusive de genre, donc une écriture incluant, c’est-à-dire représentant, les différents genres. » Bien que le chemin soit encore long, les efforts dans les tournures de phrases, ou la dit « féminisation des mots » se font sentir. Oui, je précise « dit féminisation des mots » puisqu’il s’agit en réalité de les démasculiniser* (ce mot là, par exemple, n’existe pas pour mon correcteur).

Alors pourquoi toujours autant de mots soulignés en rouge dans mes messages? Bien que Microsoft est présenté son premier correcteur dit « féministe et politiquement correct » -surtout politiquement correct-, qu’en est-il d’Apple, Samsung, ou encore Google (…)? Pourquoi puis-je écrire fraternité sans faute d’orthographe, mais pas sororité*? Pourquoi féminicide* est-il grossièrement souligné alors qu’il a fait son entrée dans le dictionnaire cette année? Ce n’est pas tout, le correcteur n’est pas seulement sexiste, il a aussi du mal avec l’orientation sexuelle -et beaucoup d’autre choses-, sélection : intersexué*, pansexuel*, coming-out*, (…).

Sororité* est un mot qui existe

Nos phrases, nos mots, nos écrans, sont ce que nous côtoyons le plus chaque jour. Les correcteurs orthographique, en partie par le biais de la langue française -mais pas seulement- nourrit le sexisme ordinaire. Toutes ces discriminations fondées sur le genre et qui s’inscrivent dans notre quotidien, nos habitudes, nos réflexes les plus spontanés, le plus souvent sans que l’on s’en aperçoive. Sororité* est un mot qui existe, bien qu’il ne soit pas inclus dans la devise nationale. Féminicide* est une triste réalité de notre société. Enfin, une femme peut être auteur, plombier ou encore médecin.

* Les mots accompagnés d’une astérisque ne sont pas reconnus par mon correcteur.

Article de Aurélie Rodrigo.