Réconcilier les humains entre eux, mais aussi avec la planète et les animaux: voici, à l’heure actuelle, notre plus grand défi. Entre problèmes environnementaux et impacts sociaux, il est urgent de comprendre pour mieux agir et préparer des lendemains meilleurs.

Illustration de Pieter Van Eenoge
Vous pouvez le retrouver sur son instagram : @pietervaneenoge

« Nous sommes très heureux d’avoir été invités par Paulette à nous exprimer sur le constat alarmant de l’état de notre planète, et ainsi sensibiliser les gens à chérir le vivant dans son ensemble. Conforme Magazine est un média inclusif et vegan sur Instagram – un espace d’expression qui a pour vocation de questionner les normes et d’inviter au dialogue ! Nous y abordons des thématiques comme l’exclusion, l’écologie, la consommation et bien d’autres sujets liés à la relation que l’on entretient avec l’environnement. Nous pensons qu’aucune oppression n’est isolée d’une autre, que les combats sont interdépendants, qu’aucun groupe ne peut être libéré tant que les autres sont opprimés. Et pour nous, la libération animale doit être intégrée à la lutte contre toutes les discriminations. Nous avons eu le plaisir de collaborer dans le cadre de ce décryptage avec Lucie Brémeault, écrivaine et antispéciste, à qui nous laissons la parole.»          

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Ce n’est plus un secret : notre planète souffre. Notre planète souffre et l’activité humaine en est la principale raison. Plusieurs milliers de scientifiques des quatre coins du globe ont d’ores et déjà tiré la sonnette d’alarme. Nous allons droit dans le mur et nous devons agir avant qu’il ne soit trop tard.

État des lieux de la planète

Une étude publiée en juillet 2017 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) révèle que les nombreuses espèces qui peuplent notre planète sont en train de disparaître à vitesse grand V. Cette étude, appuyée par beaucoup d’autres, nous dévoile une amère réalité : la Terre est en train de subir sa sixième extinction de masse, à un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures. Sauf que cette fois-ci, nous en sommes les seuls responsables. Prenons des exemples : 43 % des lions ont disparu depuis 1993 ; 32 % des espèces animales sont en déclin ; 50 % des animaux ont disparu en quarante ans. Ces chiffres sont accompagnés d’un autre constat, celui de la perte massive des territoires pour ces espèces. La production d’huile de palme et l’élevage intensif sont les principaux responsables du recul des forêts, que ce soit en Amazonie, en Indonésie ou au Brésil. Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), c’est 13 millions d’hectares de forêt qui disparaissent chaque année, soit l’équivalent d’un terrain de football toutes les quinze secondes, pour répondre à des besoins toujours plus importants.

En ce qui concerne nos océans, le constat écologique est lui aussi alarmant. L’un des principaux responsables de la pollution marine est, bien entendu, le plastique. On estime que 13 millions de tonnes de plastique se retrouvent dans nos océans chaque année. Le «vortex», une gigantesque masse de déchets flottant à la surface du Pacifique Nord, représente à lui seul 80 000 tonnes de déchets. Et, en termes de surface, ce « continent de déchets » correspond au triple de la France continentale. Souvent oubliée des constats écologiques, la pêche a elle aussi un impact dévastateur : dommages liés au chalutage de fond, aux équipements de pêche perdus en mer — entraînant la mort de 970 milliards de poissons chaque année — et aux « prises accessoires » qui consistent à relâcher les poissons non vendables, souvent agonisants ou morts, dans la mer… D’ici 2050, le WWF (Fonds mondial pour la nature) estime que nous pourrions assister à une désertification marine.

Hélas, les choses ne s’arrêtent pas là. Notre appétit vorace nous a conduits à épuiser les ressources que notre foyer, la Terre, peut nous offrir. Depuis le 1er août, nous vivons à crédit. Ce fameux «jour du dépassement» n’a de cesse d’avancer chaque année. Déforestation, épuisement des énergies fossiles, pollution des eaux, émission de carbone, mais aussi gaspillage alimentaire et surconsommation de viande, mettent à mal les capacités de notre planète à se régénérer.

Illustration de Pieter Van Eenoge
Vous pouvez le retrouver sur son instagram : @pietervaneenoge

Savez-vous que nos ordinateurs, comme nos téléphones portables, au-delà d’avoir un mode de production peu écologique, produisent en plus une pollution numérique importante ? Une simple recherche Google émet jusqu’à 7 grammes de CO2 et l’envoi d’un seul e-mail d’1 Mo… 15 grammes ! Soit l’équivalent de ce que peut absorber un arbre en une journée. De petits gestes quotidiens qui finissent par peser lourd dans la balance. La planète est en surchauffe, problème débattu en 2015 lors de la COP21, qui s’était engagée à limiter l’augmentation de la température moyenne à 2 °C. Malgré cette volonté, l’ONU a déjà alerté sur une possible élévation de 3 °C d’ici 2100, entraînant fonte des glaces, augmentation du niveau des océans et, par ricochet, déplacement massif des populations.

Ce triste constat environnemental nous pousse, nous, habitants de la planète, à nous remettre en question. Comment en sommes-nous arrivés là? Pourquoi, malgré un sursaut citoyen et un réveil collectif, les choses n’avancent-elles pas plus vite? Et si c’était tout notre système qui posait problème ?

Gavés par le consumérisme

60 milliards. Voici le nombre ahurissant d’animaux terrestres tués chaque année pour répondre à la demande de consommation de viande. En France, c’est 3 millions d’animaux qui passent par l’abattoir chaque jour.

La liste des problèmes imputés directement à l’élevage est longue : pollution des nappes phréatiques, accentuation de l’effet de serre (l’élevage est responsable à lui seul de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre, sans compter les importantes émissions de méthane engendrées par les ruminants), déforestation amazonienne (dont 63 % liés à l’élevage) et brésilienne, gaspillage des denrées alimentaires (85 % de la production mondiale de soja est destinée à l’alimentation animale), crises sanitaires majeures ou encore risques pour la santé soulevés dans un récent rapport de l’Organisation mondiale de la Santé. En effet, la consommation de viande rouge et de viande transformée serait cancérogène et augmenterait les risques de développer certaines pathologies comme le diabète et les maladies cardiovasculaires.

Si l’on stoppait aujourd’hui la production de produits d’origine animale, les effets bénéfiques pour la planète se feraient ressentir quasi instantanément, comme le souligne si bien Julien Wosnitza, collapsologue et entrepreneur écologique. Parce qu’une viande dite «écologique» est impossible. Selon le documentaire Cowspiracy, si les États-Unis souhaitaient passer de l’élevage intensif à un élevage plus propre, avec des animaux vivant au grand air, il leur faudrait utiliser l’entièreté de leur territoire et pousser jusqu’au Canada et en Amérique du Sud. Encore faudrait-il raser au passage, forêts, chaînes de montagnes et villes pour les convertir en pâturages. Et ça, uniquement pour répondre à la demande de viande des Américains. Imaginez alors à quoi ressemblerait notre planète si l’ensemble des élevages intensifs devenait des élevages biologiques… La Terre deviendrait alors un immense et vaste terrain agricole !

Alors, comment une industrie si polluante, détruisant tout notre écosystème et notre santé, arrive-t-elle encore à générer autant de bénéfices chaque année? Avec un budget annuel de 32 millions d’euros, le puissant lobby Interbev entend redorer l’image de la filière viande… jusqu’à s’inviter dans les écoles. La pression des puissants pour faire taire les voix du progrès et de l’éthique n’a pas de limite quand de l’argent est en jeu. Au-delà des simples publicités de mauvaise foi à la télévision (« Les produits laitiers sont nos amis pour la vie »), des groupes influents comme la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) voient d’un très mauvais œil les remises en question des citoyens sur leur consommation. Inconcevable pour eux de perdre leurs ouailles et de laisser quiconque défendre une nouvelle idée de l’alimentation, surtout lorsque l’on sait que l’industrie de la viande a réalisé un chiffre d’affaires de 33 milliards d’euros en 2016 rien qu’en France.

Autre industrie, autre catastrophe. 24 avril 2013, Bangladesh, le Rana Plaza, un bâtiment qui abritait de nombreux ateliers de confection de vêtements, s’effondre et fait 1135 morts et 2500 blessés. À l’intérieur, des milliers de petites mains, majoritairement des femmes, travaillaient comme des acharnées pour fabriquer à temps les commandes des plus grandes marques de la fast fashion. On trouve ces vêtements dans les dressings du monde entier. On les achète par dizaine chaque année, à des prix de plus en plus réduits. Ils s’affichent dans les rues en quatre par trois, portés par les plus beaux mannequins du monde. Ces vêtements, produits pour seulement quelques centimes, rapportent chaque année 150 milliards d’euros de bénéfices en France. Une production vertigineuse qui entraîne de nombreux impacts environnementaux et sociaux. Entre le coton made in Monsanto, bourré de pesticides, et la pollution des fleuves due aux rejets de produits toxiques utilisés dans les tanneries, la mode contribue, elle aussi, à la destruction de notre planète. Et ces substances ne sont pas seulement nocives pour la planète, elles le sont aussi pour les travailleurs et les populations environnantes. Cancers, maladies de la peau et des voies respiratoires, travail forcé des enfants, assèchement des lacs et rivières nécessaire à la production de nourriture : voici l’amère réalité que les géants de l’habillement tentent de nous cacher.

Parce que ces pays ont un gros retard sur la protection sociale des travailleurs, parce que la main-d’œuvre y est à un prix défiant toute concurrence et parce que la population a cruellement besoin de travailler, les multinationales du prêt-à-porter y voient une occasion en or de délocaliser leur production. « En outre, tant qu’il y a des pays riches et des pays pauvres, les premiers ont le pouvoir et la capacité de transférer leurs nuisances et leurs pollutions aux seconds. Si les rapports de force étaient moins déséquilibrés, on voit mal ce qui pousserait les pays pauvres à accepter sans broncher d’accueillir sur leur sol tous les déchets des pays riches ou à brader, à des firmes étrangères, le droit d’exploiter leurs ressources naturelles. Dans ce cas, les pays riches seraient incités, bien plus qu’actuellement, à limiter leur pollution », rapporte Marie Duru-Bellat, sociologue. Une forme de colonialisme moderne, en somme. Ce néocolonialisme exporte avec lui sa culture et ses modes de vie. La Chine connaît par exemple une forte hausse de sa consommation de viande, et donc de sa production (fermes de 100 000 vaches de plus de 9 millions d’hectares). Les pays en voie de développement adoptent un way of life ultrapolluant déjà en vigueur chez les Américains et les Européens. D’après l’ONG Global Footprint Network, il nous faudrait 1,7 Terre pour répondre aux besoins insatiables de l’Homme. Et si l’ensemble des habitants de la Terre vivait comme nous, Français, c’est l’équivalent de 3 planètes comme la nôtre qui nous serait nécessaire…

Malgré l’industrialisation des pays en voie de développement, le FMI (Fonds monétaire international) a cette année encore alerté la société au sujet de l’explosion des inégalités globales à travers le monde. Si richesse il y a, les pauvres sont toujours de plus en plus pauvres et vivent dans des conditions de plus en plus difficiles et dangereuses (catastrophes naturelles, pollution, difficulté d’accès au soin et à l’éducation). La faute à une politique majoritairement capitaliste qui prône la mondialisation au détriment des individus et de la Terre.

Aujourd’hui, la génération Y (personnes nées entre 1980 et 2000) est partagée entre le besoin d’assouvir une pulsion consommatrice tout en remettant en question sa propre morale face à une éducation matérialiste. Comment pourrait-on freiner notre consommation et mettre fin à ce tiraillement qui nous tourmente? C’est peut-être le point de départ d’une réflexion en vue d’un changement global…

Illustration de Tom Dilly Littleson
Vous pouvez le retrouver sur son instagram : @aka__dilly

We can be heroes

Souvenez-vous, c’était en mars 2016. Un agneau est écartelé vivant pendant que des moutons sont saignés encore conscients. Ces images insupportables ont été tournées en caméra cachée dans l’abattoir de Mauléon dans les Pyrénées-Atlantiques. Si ces images ont pu être dévoilées au public, c’est grâce au travail de l’association L214 (en référence à l’article l214-1 du code rural qui désigne les animaux d’élevage comme des êtres sensibles) et de ses lanceurs d’alerte. Un travail nécessaire pour montrer l’atroce réalité des abattoirs que les industriels tentent de cacher à leurs consommateurs.

Désormais, les initiatives citoyennes ne manquent pas et nous assistons à un véritable éveil collectif partout dans le monde: les responsables politiques semblent décidément incapables de faire le travail. Près de 15 000 manifestants ont marché pour le climat à Paris, le 13 octobre dernier. Des rassemblements citoyens ont aussi eu lieu à Lille, Strasbourg, Marseille, Bordeaux et Rennes. Au-delà des pavés, on trouve également des initiatives sur le web, comme le mouvement «Il est encore temps!» et le hashtag #OnEstPrêt, lancé par 19 YouTubeurs français, dont Léa Camilleri et Le Grand JD, pour encourager chacun d’entre nous à agir quotidienne- ment pour la planète.

Voilà notre force! Agir, apprendre à consommer différemment, se responsabiliser, mais aussi boycotter. En vérité, rien de bien compliqué : il suffit de mettre le pied à l’étrier et de changer quelques-unes de nos habitudes.

Bouleverser nos pratiques avec des actes forts et symboliques est une façon de redessiner le monde. En 1955, Martin Luther King appelle au boycott des bus de Montgomery pour s’opposer à la politique ségrégationniste de la municipalité. Rosa Parks, figure emblématique de la lutte des droits civiques, refuse alors de céder sa place à un passager blanc. Un an plus tard, la Cour suprême des États-Unis déclare la ségrégation, dans les bus d’Alabama, anticonstitutionnelle. Voici l’un des exemples historiques les plus marquants de l’usage du boycott et de la désobéissance civile. Ces infractions intentionnelles publiques sont des armes pacifiques pour faire plier le système, mais aussi les multinationales. Le boycott se matérialise notamment à travers des journées comme la «journée mondiale sans achat » ou le refus de céder à la folie du Black Friday. Bloquer une usine de charbon, filmer les abus policiers, organiser des happenings dans les supermarchés ou même à l’Assemblée nationale: autant d’actes de désobéissance civile qui permettent à la population de contester des lois injustes et bien souvent archaïques. Car nous avons le droit de dire « non », et de nous faire entendre !

Illustration de Olaf Hajek
Vous pouvez le retrouver sur son instagram : @olafhajek

Dire «stop» à l’exploitation animale est un autre mouvement idéologique d’envergure, puisque les produits d’origine animale sont partout. Dans les biscuits, dans les produits transformés, dans nos vêtements, mais aussi dans nos produits d’hygiène. L’antispécisme est le fer de lance de la lutte pour les droits des animaux. À travers des actions coup-de-poing comme le blocage d’abattoirs ou de salons agricoles, ce mouvement nous pousse à questionner notre rapport aux animaux, et va à l’encontre d’un système qui place l’humain au-dessus des autres espèces. Il est urgent d’interroger notre morale, d’étendre notre sphère de considération et réviser notre point de vue sur les animaux. Car cela s’inscrit dans l’évolution des droits et des libertés, comme nous l’avons déjà fait pour notre propre espèce.

Exister et avoir accès au bonheur, au sein même d’un système oppresseur (dont souffrent notamment les minorités visibles, les femmes, les personnes LGBTQ+) et tourné vers le matérialisme n’est pas tâche facile. On nous encourage chaque jour, que ce soit à la télévision, dans la rue, partout finalement, à consommer toujours plus et à vouloir ressembler à un idéal. La mode y participe massivement avec des campagnes publicitaires savamment conçues, qui nous poussent à la tentation et créent chez nous une frustration si nous ne pouvons pas y céder. Nous parlons souvent de personnes privilégiées lorsque nous évoquons les pays riches. Mais nos privilèges doivent-ils se résumer à l’achat d’un t-shirt low cost, entretenant ainsi l’idée d’un pouvoir d’achat illusoire ? Tirer toujours plus bas le prix des produits rabaisse d’autant les salaires et précarise les conditions de vie de ceux qui les fabriquent… La mode éthique est peut-être la réponse. L’upcycling invite à transformer l’ancien et l’usé en quelque chose de nouveau et d’utile. La marque française Andrea Crews, créée par Maroussia Rebecq, la rédactrice en chef invitée de ce numéro, n’a de cesse de réinventer la mode grâce à une démarche innovante : elle réutilise d’anciens vêtements pour imaginer de toutes nouvelles collections. Rien ne se perd, tout se transforme.

Ralentissons nos achats et consommons de façon raisonnée. Ce pourrait être le leitmotiv de la Fashion Revolution, mouvement né en Angleterre, qui milite pour une réforme systémique de l’industrie de la mode. Cette association regroupe entre autres des designers et des consommateurs, et demande, par le biais d’un manifeste, une plus grande transparence de la part des marques, de meilleures conditions de travail, un salaire équitable, mais donne aussi un droit de parole aux ouvriers. Une nouvelle démarche citoyenne qui nous prouve que «mode» et «éthique» ne sont pas forcément antinomiques.

Étendre notre bienveillance, voici notre nouvel enjeu. Il est urgent de rétablir une harmonie globale entre l’humanité, les animaux et la planète. Pour laisser aux futures générations un endroit où il fait bon vivre, où chacun peut se développer selon ses besoins et ses aspirations. Libérer chacun et chacune des oppressions à travers une convergence des luttes compréhensive et optimiste. Ne plus avoir peur de réclamer un monde tourné vers la compassion. Réinventer une politique engagée pour le vivant plutôt que pour les intérêts financiers. Pour un monde plus juste et plus égalitaire. Pour vivre et laisser vivre, tout simplement.

Article de @littlelucieinparis 
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