"Booksmart", "Moxie", "The Hate U Give" : en 2021, le teen movie est devenu vecteur de messages engagés. Réjouissant.

Il y a des films qu’on n’oublie pas. Des séquences qui marquent et contribuent à créer des codes auxquels on s’attache. Les teen movies en font partie. Plus jeune, on les a visionnés un nombre incalculable de fois, parfois solo, parfois en bande, imprimant chaque réplique ou presque dans notre esprit en formation, s’accrochant à certaines de ces références jusque plus tard dans notre vie. A coup de dialogues cultes, ils ont façonné notre adolescence. Et plus encore, qui on est devenu·e·s. Risqué, quand on voit la dose de stéréotypes qui en a longtemps émané.

Dans les années 2000, on se souvient de Lolita malgré moi, d’Elle est trop bien ou de Comme Cendrillon. Des histoires tout droit importées des US dont le scénario tourne généralement autour d’un axe similaire : une jeune fille pas comme les autres (elle n’est pas riche et ne porte pas de mini-jupe) débarque au lycée, tombe amoureuse d’un garçon lui aussi « différent » (comprendre que même s’il est quater back, il aime la poésie) et coiffe au poteau sa copine populaire qui le prenait pour acquis. La « méchante » du film, décrite comme bouffée par la jalousie et l’envie de plaire, n’aura que ses yeux pour pleurer.

 

© Paramount Pictures

Morale du récit, pour la faire courte : les discrètes sont les héroïnes, celles qui revendiquent leur sexualité sont généralement diabolisées. Le mec qui laisse tomber sa copine pour les beaux yeux de la nouvelle, lui, est érigé en prince charmant, aussi détestable aura-t-il été avec la Terre entière avant. Pas franchement sororal quand on y pense et qu’on s’attache à décortiquer tout ça. Pas vraiment inspirant non plus tant le seul dessein de la protagoniste reste de finir avec Adonis. Et pourtant, ce sont autant de scripts qui ont dicté nos comportements, et dont on peine aujourd’hui encore à se défaire. 

Alors bien sûr, une fois adulte, on dispose d’un recul suffisant pour apprécier ces reliques nostalgiques, et y replonger sans être influencé·e. Et puis, il existe aussi des pépites qui n’ont pas (trop) fait de dégâts. La revanche d’une blonde, par exemple, tire pas mal son épingle du jeu en termes de message féministe : elle devient pote avec sa rivale, excelle à la fac de droit, dénonce un vieux libidineux pour harcèlement, remballe son ex opportuniste et refuse de se conformer à une norme qui a vite fait de la mettre dans une case pour ses tenues façon Barbie. Idem pour American Girls, avec Kirsten Dunst et Gabrielle Union, qui aborde l’appropriation culturelle entre deux coups de pom-poms. 

Mais il faut creuser pour les trouver, et aucun ne sont réellement exemplaires.

Un genre plus empouvoirant

Depuis quelques années en revanche, de nouveaux bijoux émergent sur les plateformes de streaming. Des longs-métrages et des séries qui abreuvent la Gen-Z de romances moins niaises et prévisibles que leurs prédecesseuses, pour faire la part belle aux relations fortes et équilibrées, mais aussi aux amitiés complexes et incassables. Des films qui, au-delà de ne pas céder à la trame classique qui fait de la compétition entre femmes sont gagne-pain, se distinguent par leur parti pris militant désormais essentiel.

On a nommé Lady Bird de Greta Gerwig, Booksmart d’Olivia Wilde, le bouleversant The Hate U Give de George Tillman Jr., qui raconte le combat de Starr face au deuil et au racisme systémique meurtrier outre-Atlantique, Sex Education de Oli Julian, Euphoria de Sam Levinson, ou encore Moxie, le dernier teen movie Netflix signé Amy Poehler qui incarne une parfaite mise en jambes pour jeunes filles en quête d’élan révolutionnaire. Et les autres ne sont pas en reste.

Dans Booksmart par exemple, on suit l’aventure d’une nuit de deux meilleures amies qui, après avoir bossé comme des dingues et sacrifié leur vie sociale pour intégrer les facs de l’Ivy League, se rendent compte que leurs camarades fêtard·e·s aussi, rejoigneront les rangs de ces prestigieux établissements. Comme une revanche sur une scolarité privée de pool parties, de bières et de mensonges éhontés à leurs parents qui les pensent au lit quand elles font le mur, Amy et Molly décident de se rendre à la soirée de l’année : celle d’un des élèves « populaires » de leur année. S’en suivent des péripéties rocambolesques, drôles et touchantes, qui classent la production parmi nos favorites du moment. 

Ici, pas de clichés associés aux différents statuts sociaux des lycéen·ne·s, pas de rivalité féminine douteuse, pas de romances 100 % hétéros. 

© Netflix

Juste l’envie pour les spectateur·rice·s qui ont eu le bac il y a plus de dix ans d’avoir eu accès aux mêmes contenus à l’âge clé auquel ils sont destinés. D’avoir pu grandir avec des récits qui dénoncent le sexisme plutôt que de s’en servir pour concevoir des punchlines, qui condamnent les discriminations raciales qui gangrènent nos sociétés plutôt que d’opter pour un écoeurant réflexe colorblind. Qui n’encensent plus des relations toxiques aux mécanismes et réflexions nocifs, tellement romantisées qu’elles en deviennent nos modèles ultimes d’amours véritables, mais posent les bases d’une dynamique saine et positive.

Côté coeur justement, il y a Dash & Lily, pour ne citer que la série de Noël qui a conquis bien des âmes sensibles. Une oeuvre en huit épisodes qui ne tombe pas dans l’écueil d’un « fuis moi je te suis » usé jusqu’à la corde à force d’inciter les amoureux·se·s en herbe à jouer au lieu de dire vrai, mais apprend à se découvrir en douceur, sans faux-semblants ni notions d’appartenance problématiques. Rafraîchissant.

D’aucuns argumenteront qu’il ne s’agit « que de films ». Sauf qu’en fait, pas vraiment. Pour la bonne raison que, plus encore que les autres car destiné à la jeunesse, ce genre nourrit des comportements réels à travers les actions de ses héro·ine·s fictif·ve·s. Il crée des exemples, installe des rôles-modèles, participe à la construction de personnalités et d’esprits en pleine évolution, qui cherchent autant à sortir du lot qu’à appartenir à une case bien définie. 

L’adolescence est un moment où l’on se forge aussi par ce que l’on entend, ce que l’on voit. Et avec ce nouveau cru quali bien parti pour durer, les prochaines générations ont des chances d’en ressortir (encore) plus engagées, comme d’en retenir d’importantes leçons. Tant mieux.

Une chronique de Pauline Machado

Le festival du Film LGBTQ+ de Paris est de retour du 14 au 24 novembre, pour sa 26ème édition et 10 jours de pur plaisir. 

Vous n’en avez jamais entendu parler ? You have to go ! Le festival Chéries-Chéris est de retour du 14 au 24 novembre. Et pendant ces 10 jours, vous aurez le choix entre 60 longs métrages et 80 courts métrages. Cette année, ça se passe dans les cinémas MK2 Beaubourg, Quai de Seine et Bibliothèque.  

« Les artistes que nous avons retenus en cette 26ème édition nous proposent leur lecture et leurs représentations de nos identités multiples. Toute l’équipe du Festival, essentiellement composée de bénévoles, a travaillé d’arrache-pied pour présenter les plus belles productions issues des 4 coins du globe ; une programmation riche et variée comprenant près de 140 œuvres se plaçant dans la droite lignée de l’invention géniale – à la fois inclusive et fédératrice – du rainbow flag de Gilbert Baker », confie Grégory Tilhac, délégué général du Festival.

La sélection 

Comme Grégory l’explique si bien, les films ont été sélectionnés dans le monde entier. Vous pourrez y retrouver des fictions, documentaires, courts ou longs métrages, anciens ou récents. De quoi ravir tou·te·s les cinéphiles. Et pour soutenir la cause LGBTQ+, rien de mieux que d’aller au premier festival de cinéma LGBTQ+ français. Lorsque qu’on dit ça, on est très sérieux·se : c’est un festival qui ne compte que des films réalisés par des personnes issues de la communauté. Une sélection de goût, donc. 

Le programme

Que vous vouliez prendre part à la compétition ou non, tout est possible. Les séances sont libres, et vous pourrez aller voir tous les films – même si ça risque de vous prendre beaucoup de temps. Certaines séances valent particulièrement le coup d’être vues, notamment celle de Première France Petite Fille, qui se tiendra en présence du réalisateur Sébastien Lifshitz, celle du nouveau film de Bruce Labruse, Saint-Narcisse. Ou encore le before du festival, qui aura lieu les 14 et 15 novembre, et reviendra sur le mouvement Black Lives Matter à travers des films datant des années 80 et 90… Mais ce n’est pas tout. Le festival Chéries-Chéris réserve plein d’autres surprises !

Pour retrouver le programme complet, ça se passe ici 

Article de Clémence Bouquerod 

À Dubaï, le cinéma d’art et d’essai indépendant a trouvé une ambassadrice passionnée et passionnante en Butheina Kazim, jeune trentenaire et fille du pays, pour qui la plus belle des rencontres se fait entre un film et son public. C’est précisément pour accompagner cette rencontre qu’est né Cinema Akil, il y a bientôt 6 ans, tel un ovni au charme rétro parmi les cinémas multiplex projetant des blockbusters. Fascinée, depuis toujours, par les « images qui bougent » et le storytelling, Butheina nous raconte la genèse et les étapes successives de son projet atypique, avec l’enthousiasme et l’intelligence qui la caractérisent. Entretien.

Butheina Kazim © Cinema Akil

PK Douglas pour Paulette : Tu as co-fondé le tout premier cinéma d’art et d’essai des Émirats Arabes Unis, d’abord itinérant, désormais permanent à Warehouse 68 Alserkal Avenue, Dubaï. Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

Butheina Kazim : Je souhaitais à tout prix créer une expérience alliant cinéma, débat d’idées et lieu de rencontre, destinée à une communauté de personnes très diverse et amoureuse de cinéma. D’où la création en 2014 de Cinema Akil, en format pop-up cinéma à la Third Line Gallery, afin de tester l’appétit du public émirien pour notre programmation cinématographique d’art et d’essai. Ce furent des débuts assez modestes : nous avions une capacité de 45 personnes, assises sur des poufs en guise de sièges, une sélection d’une douzaine de films représentatifs de ce que nous souhaitions faire découvrir au public, en opposition avec la programmation traditionnelle des gros cinémas multiplex. Nous avons pu projeter des films de Satyajit Ray ou encore d’Alfred Hitcock dans des espaces communautaires, des parcs, des terrains de basket ou des entrepôts. L’idée était vraiment d’amener ce type de cinéma au public de la région, d’aller à sa rencontre, de le galvaniser et de constituer notre communauté petit à petit. Après 4 ans de test, courant 2018, nous avons investi un espace permanent à Alserkal Avenue, où nous avons installé un grand écran unique dans une grande salle de projection, habillée d’un mobilier cosy et rétro chiné un peu partout. Cinema Akil est ainsi devenu le seul cinema d’art et d’essai du pays, proposant un point de vue cinématographique singulier.

P.K. : D’ailleurs, pourquoi Cinema « Akil »

B.K. : Akil est un nom propre arabe assez commun et répandu dans la region du Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud-Est qui signifie intelligent, sage et sensé. Nous voulions donner un nom à notre cinéma qui soit familier et personnel.

P.K. : Tout comme Paulette ! (Rires). Et alors, d’où te vient cette passion pour le 7ème art ? As-tu suivi des études de cinéma ?

B.K. : En effet, j’ai toujours été fascinée par la juxtaposition entre art, médias et storytelling que permet le cinema. J’adore les histoires quel que soit le support d’expression. Les films, en particulier, permettent le partage d’expériences singulières, de moments de grâce et de petits bouts de vie extraordinaire. C’est ce qui me plait. Par conséquent, j’ai décidé de m’impliquer dans la façon dont les films qui parlent de communautés marginalisées, peu visibles ou mal représentées sont apportés au devant de la scène et face au public. Je trouvais dommage qu’il soit plus facile pour un public parisien ou berlinois de découvrir un film indépendant venu d’Iran, de Tunisie ou du Liban que pour un public émirien ou du Moyen-Orient. Notre public devrait aussi avoir un accès facile aux films qui racontent notre réalité et partagent notre culture. Je voulais que les choses changent.

P.K. : Comment se fait le choix des films que projette Cinema Akil ?

B.K. : C’est une question difficile à laquelle je ne sais jamais quoi répondre, car il n’y a pas de méthodologie ! (Rires). Parfois, nous choisissons de projeter des films qui nous ont touché·e·s, des films qui ont marqué les esprits et que le public souhaite voir ou qu’il se doit de voir; parfois, il s’agit de films encensés par la critique ou de films qui correspondent à une actualité particulière, à un moment. Ça varie. Parallèlement à notre programmation à Warehouse 68, nous continuons à projeter des films de façon itinérante dans tout le pays afin de diversifier notre proposition et notre public. Nous projetons beaucoup de films qui parlent de sujets engagés, sociaux ou sociétaux forts, des films qui mettent les personnes de couleur, les communautés marginalisées, les femmes et le féminisme au devant de la scène. Nous sommes attiré·e·s par ces histoires là.

P.K. : Est-ce important pour Cinema Akil de projeter des films realisés par des femmes ? 

B.K. : Notre programmation est de plus en plus large, grâce notamment à nos partenariats avec l’Institut Français, l’Ambassade de Belgique et du Luxembourg. Nous avons, par exemple, débuté la semaine dédiée au cinéma français avec une projection de Les Misérables, le film événement de Ladj Ly, qui a fait couler beaucoup d’encre en France et à l’étranger. C’était important pour nous de montrer un film qui pose des questions sur la société française actuelle. Cette semaine thématique a aussi mis en avant des films venus d’Afrique francophone indépendants et produits ou co-produits en France et en Belgique. Nous organisons aussi une programmation thématique autour de films italiens en partenariat avec le Festival du Film de Venise, ainsi que Alternativo Latino, une programmation qui met à l’honneur des films d’Amérique Latine sélectionnés par l’un de nos collaborateurs qui est lui-même Colombien et Palestinien. C’est donc une large programmation qui inclut, bien sûr, le travail de réalisatrices. Montrer les femmes qui travaillent dans l’industrie du cinéma, pas seulement devant ou derrière la caméra, mais aussi à la production, la distribution, la critique de films, reste un objectif que nous ne perdons pas de vue. D’ailleurs, notre rétrospective sur le travail d’Agnès Varda a rencontré un franc succès. Nous sommes aussi fièr·e·s de Herstory, une programmation lancée à Abu Dhabi qui met en avant les réalisatrices.

P.K. : Y-a-t-il des femmes émiriennes entrepreneures qui t’inspirent ? Quelles sont tes mentors ? 

B.K. : Je trouve qu’il y a quelque chose de très symbiotique dans la manière qu’ont les femmes d’être actives, d’entreprendre et de faire du business ici. C’est très lié à l’esprit même de Dubaï, selon moi. Dubaï a toujours été un espace de commerce, qui pousse à l’innovation, à la création, à l’échange commercial et au dépassement de soi. Les Dubaïotes ont appris à définir par elles-mêmes ce à quoi ressemble une femme entrepreneure ou une business woman. C’est d’ailleurs très interessant d’analyser cette perspective féministe à Dubaï et d’observer ce à quoi ressemble la participation des femmes dans la vie publique et dans le business. Nous avons du chemin à faire, notamment dans le monde du cinema et l’industrie du film. C’est une réflexion assez globale, qui a connu des avancées positives ces deux dernières années : on discute davantage des difficultés que peuvent rencontrer les femmes dans le cinéma, de la façon dont elles sont traitées et même rémunérées. Notre perspective depuis le monde arabe est interessante et singulière. On peut noter que, parmi les films sélectionnés lors de festivals du film en Europe ces 5 dernières années, environ 70% des films arabes furent portés par des femmes, que ce soit dans la réalisation, le casting, le financement, la production, la distribution. Je trouve ces chiffres très encourageants, particulièrement pour les Émirats Arabes Unis. La réalisatrice et poétesse émirienne Nujoom al-Ghanem, par exemple, a une renommée internationale. À Dubaï, beaucoup de femmes viennent aussi du Moyen Orient, d’Asie du Sud-Est ou d’Afrique et créent de nouveaux standards ainsi qu’une nouvelle visibilité des femmes dans le milieu de l’entrepreneuriat. Les mentors sont partout !

P.K. : Dans un contexte où les cinémas multiplex se taillent la part du lion en terme de spectateur·trice·s, quel est le public de Cinema Akil ? 

B.K. : Chacune de nos programmations attire un public différent. Nous projetons parfois un film qui réveille un sentiment de fierté auprès d’une certaine communauté. Par conséquent, 90% du public à ces séances viennent de cette communauté. Parfois, le sujet du film en lui-même attise l’intérêt du public, comme, par exemple, le film documentaire Leaving Neverland pour lequel l’appétit du public fut énorme étant donné le sujet, la controverse et la possibilité de pouvoir débattre après la projection. Par conséquent, notre public est vraiment très large et varie selon la programmation.

P.K. : Cinema Akil n’est pas seulement un cinema d’art et d’essai mais aussi un espace de rencontre et de débat, comme tu viens de le mentionner; il abrite d’ailleurs un coffee shop géré par ton frère, Project Chaiwala. Comment as-tu réussi à créer une synergie entre Cinema Akil et sa communauté ?

B.K. : Le monde du cinéma et l’industrie du film en général traversent ce qu’on pourrait appeler une crise identitaire. L’expérience cinématographique et la façon même dont on consomme des films sont remises en question depuis plusieurs années avec l’arrivée de nouvelles plateformes et de nouvelles pratiques. C’est la raison pour laquelle nous avons fait le choix de créer un cinema d’art et d’essai qui sert aussi d’espace d’échange, de discussion, de partage et de convivialité entre les membres de notre communauté. Pour moi, l’avenir du cinema, c’est de pouvoir poursuivre l’expérience cinématographique après une séance en ayant l’opportunité de discuter et de débattre avec de parfaits inconnus. L’ADN de Cinema Akil est là : une programmation choisie avec attention et qui sert son public dans un lieu communautaire où on se sent a l’aise. C’est ici que se trouve la valeur ajoutée du cinéma dans un contexte où on peut si facilement visionner une multitude de films en excellente qualité sans avoir à bouger de chez soi. Pour moi, l’environnement qui accompagne la découverte d’un film influence la manière dont il est reçu. Cinema Akil est donc l’aboutissement d’une longue réflexion sur le design de la salle, les sièges, la nourriture et les boissons proposées, nos partenaires traiteurs, l’emplacement du cinéma dans un quartier piéton. En journée, par exemple, nous ne fermons pas la grande salle de projection. Avec ses grandes fenêtres vitrées et la lumière qui l’inonde, nous souhaitions que cette salle puisse être un lieu accueillant pour ceux et celles qui veulent s’y installer, y faire une petite sieste, lire ou discuter. En soirée, elle redevient, comme par magie, une salle obscure. 

P.K. : L’éclectisme de la programmation de Cinema Akil tend à montrer que vous projetez volontiers des films controversés qui portent à débat. Est-ce difficile de tout montrer dans un cinema d’art et d’essai indépendant Dubai ? 

B.K. : Nous avons évidemment des restrictions en ce qui concerne notre programmation. Nous choisissons nos batailles et sommes en dialogue constant avec les autorités compétentes. L’idée n’étant pas de faire de la controverse pour la controverse, et de refroidir le public ou les autorités. Étant Dubaïote et ici chez moi, j’ai envie de continuer encore longtemps à faire découvrir au public des films qui me touchent et des histoires qui méritent d’être vues. Je peux dire que j’ai été agréablement surprise par l’ouverture d’esprit du public et la réception qu’ont reçue certains films polémiques. Projeter Leaving Neverland fut une belle victoire, par exemple. Toute la pédagogie en amont et le dialogue en aval de la projection furent essentiels. À la suite de Leaving Neverland, nous avons projeté le film libanais An Aid For Each qui traite de l’emploi domestique. Notre souhait étant d’ouvrir un débat sur la question du travail domestique en général, où chacun·une pouvait s’exprimer selon son expérience personnelle. Nous avons aussi créé une plateforme qui s’appelle Debatable où on débat de films qui traitent de sujets controversés entre professionnels, artistes, créatifs et journalistes. De manière générale, nous voulons faciliter le débat de manière positive et constructive sur des sujets importants.

P.K. : Aurais-tu des recommandations de films à découvrir ou à re-découvrir ?

B.K. : Je vous conseille d’explorer notre site Internet et de regarder plus particulièrement nos sélections de films thématiques en partenariat avec Warehouse421 (à Abu Dhabi) : « Arabs In The City », « Cinema Akil x Warehouse421 Vulnerable », « On Arab Cinema » et « HERSTORY ».

P.K. : Pour conclure, à quoi ressemble l’avenir de Cinema Akil ? Des projets d’expansion hors des Émirats Arabes Unis ?

B.K. : Pour l’instant, nous souhaitons asseoir notre implantation à Dubai. Nous sommes très heureux·se·s et reconnaissante·s à la ville de nous avoir permis d’ouvrir ce lieu de culture et de rassemblement touchant un large public, public qu’il nous serait difficile de toucher autrement. Mais, nous restons une organisation fragile qui, comme bien d’autres organismes culturels, avons besoin non seulement du soutien et de la mobilisation de notre communauté et de notre public, mais aussi des autorités compétentes. Nous faisons aussi partie du vaste réseau des cinémas d’art et d’essai des pays arabes, qui inclue des villes comme le Caire, Khartoum ou encore Tanger. Ce réseau nous apporte un soutien non négligeable, et nous aimons nous retrouver régulièrement dans des festivals, à la présentation de prix ou pour animer et participer à des colloques dans le monde entier. En ce moment, nous regardons avec intérêt ce qui se passe en Arabie Saoudite. Selon la conjoncture et si une opportunité se présente, c’est un endroit où nous pourrions envisager de nous développer hors Émirats Arabes Unis. Mais, pour l’instant, rien n’est décidé. 

Merci Butheina !

Cinema Akil est situé à Warehouse 68, Alserkal Avenue Quoz Industrial District, Dubaï, UAE.

Propos recueillis par PK Douglas

A 30 ans, l’actrice Agathe Bonitzer, avec ses longs cheveux blonds vénitiens et son regard doux, a su s’imposer dans le paysage du cinéma français pour des rôles souvent intellectuels, particuliers, émouvants. Son style bien à elle a séduit les plus grands réalisateurs et réalisatrices, pour une jeune femme qui a connu le cinéma dès son plus jeune âge, née dans une famille de cinéastes et de cinéphiles. Aux Arcs Film Festival, elle est jury dans la section Courts Métrages, et c’est dans le village des Arcs 1950 que nous avons pris le temps de discuter cinéma, série Netflix, défi d’une jeune actrice et… Zola.

Par Stéphanie Chermont, depuis les Arcs.

Hello Agathe, tu es dans le jury Courts Métrages des Arcs Film Festival, qu’est-ce que ce format représente pour toi ?

J’ai l’impression que le court métrage a de plus en plus de poids en fait. Peut-être plus qu’il y a dix ans. J’ai le sentiment que les ponts sont plus poreux entre longs formats, moyens et courts. On voit revenir aussi des séances de films précédés de courts métrages, comme dans des programmes Arte ou même sur Air France ! C’est bon signe.

Tu n’as jamais réalisé de court métrage mais y penses-tu ?

J’ai toujours pensé que je ne voudrais pas réaliser, de manière générale. Je suis peut-être moins catégorique ces derniers temps mais je pense plus à une forme documentaire ou quelque chose de très personnel. Là c’est vrai que j’ai travaillé sur des trucs récemment qui me donnaient envie de faire un film ou écrire un livre, mais non, j’ai jamais écrit de scénario de court métrage. En tant qu’actrice, je crois que j’aimerais en faire un peu plus. Quand l’écriture me plaît, que le réalisateur ou la réalisatrice m’intéresse, j’y vais, peu importe la forme. J’en ai tourné un quand même cette année. C’est pas encore sorti, il est en fin de montage. C’est un film de Sophie Beaulieu qui s’appelle “La femme de mon oncle” pour le moment.

Peux-tu nous raconter tes débuts au cinéma ?

J’ai commencé très très jeune. C’est marrant parce que j’ai débuté avec une forme courte quelque part. Le premier truc que j’ai joué devant une caméra, j’avais quatre ans. C’était une sorte de spot publicitaire pour la prévention du Sida dans les années 90, réalisé par Benoît Jacquot. Mais bon, c’était pour la télévision. Sinon, après, j’ai commencé à tourner adolescente et pour moi c’était mon milieu en fait, le cinéma, avec mes parents, ma tante Hélène Fillières, j’ai vraiment grandi dans cet univers donc c’était quelque chose de très naturel pour moi. 

Cela n’a jamais été un poids ?

Si, quand on veut être acteur ou actrice et que l’on est fille de réalisateur, qu’on a un “nom” entre guillemets… C’est particulier. En fait, quand on est hors de cet univers, on a un sentiment d’illégitimité, et puis quand on est au coeur du truc depuis la naissance on a aussi un sentiment d’illégitimité parce que finalement on se dit bah oui tout était facile. Il faut un peu convaincre, montrer qu’on est pas forcément la fille de… Maintenant ça va, je n’ai plus ce complexe on va dire. Voilà mes débuts au cinéma. 

Qu’as-tu pensé cette année de toutes les discussions autour des femmes et du cinéma ? L’après #MeToo, etc…

Moi je pense que c’est bien de parler. Après, je crois qu’il faut aussi bien garder à l’esprit que c’est du cas par cas malgré tout. Il faut bien réfléchir, chaque histoire est différente, chaque situation est indépendante, les scandales ne doivent pas tous se réunir en un seul gros truc. Par contre, je pense que c’est très bien de dire les choses et je pense que c’est bien pour tout le monde. Effectivement, dans le cinéma on va beaucoup plus facilement dire quelque chose ou se rendre compte que quelque chose n’est pas normal alors que bon avant, on se disait si personne ne dit rien, et bien c’est moi qui suis folle. Il faut faire attention au côté bouc émissaire, à la trop grosse médiatisation et aux raccourcis quoi.

« On met du temps à se trouver, à se comprendre, parfois on fait des trucs et on se demande pourquoi on a fait ça. Je ne parle pas vraiment des rôles mais plutôt des photos, des castings où tu ne t’es pas bien faite traiter et après tu ne te sens pas bien ».

Agathe Bonitzer

Tu te sens engagée ? 

Non, je ne me suis pas exprimée. Heureusement, je n’ai jamais eu à faire des choses destructrices. Alors oui c’est sûr qu’entre copines artistes et tout ça on peut se raconter des anecdotes et c’est vrai que maintenant on se les raconte plus volontier que peut-être il y a quatre ou cinq ans. Mais sinon non, ce n’est pas trop mon style de m’exprimer en mon nom. Je suis un peu réservée. Et puis pour le coup je ne me sens pas légitime, je ne saurais pas utiliser les bons arguments. Il faut vraiment bien connaître son sujet, avoir un avis très précis pour pouvoir étayer. Mais je me sens concernée et engagée en général. Mais c’est vrai que je ne suis pas du genre à monter sur la place publique quoi.

C’est intéressant de se dire qu’entre actrices vous vous parlez plus facilement. Y a un truc de soutien, de sororité.

Oui, entre actrices et acteurs d’ailleurs ! Parce qu’il ne faut pas croire mais il y a aussi des jeunes acteurs qui vivent des trucs durs… Et même des techniciennes, techniciens… Et évidemment pas que dans le milieu du cinéma, mais bon, en l’occurence, c’est le milieu dans lequel j’évolue.

Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux jeunes acteurs, jeunes actrices qui veulent se lancer ?

Mon conseil, c’est qu’il ne faut pas avoir peur d’être qui on est. Cela prend du temps, quand on est très jeune, on ne sait pas bien encore. Mais il faut passer ce cap et assumer sa personnalité.

Tu as eu peur au début toi ?

Je n’avais pas peur mais c’est vrai qu’on met du temps à se trouver, à se comprendre, parfois on fait des trucs où l’on se demande pourquoi on a fait ça. Je ne parle pas vraiment des rôles mais des photos, des castings où tu ne t’es pas bien faite traiter et après tu ne te sens pas bien. Je pense aussi que c’est bien de parler et puis il faut se dire que finalement c’est comme dans tous les métiers quoi. Il faut y aller pas à pas, il ne faut pas se décourager. Je pense aussi que c’est bien de lire et de voir des films.

Tu as tourné avec des grands réalisateurs, pour Netflix aussi… Vers quoi tu te diriges maintenant ? Est-ce qu’il y a des domaines que tu aimerais explorer ? 

En tant que spectatrice, j’adore les comédies et je serais tout à fait ok pour faire des grosses comédies populaires tant que je ne juge pas ça vulgaire ou nuisible. En général, je fais ce qu’on me propose, je ne fais pas un écrémage de fou. Mais je ne veux pas rester dans ma zone de confort. Justement, cette série Netflix « Osmosis », c’était très nouveau pour moi. De participer à une grosse machine, de faire une série… Là je vais jouer une policière, donc ça va me changer un peu ! Dans un film de Frédéric Vidot qui s’appelle “Selon la police”.

En ce moment, quel livre recommanderais-tu ?

Je viens de lire Au bonheur des dames de Zola. J’avais lu d’autres Zola, mais celui là je l’ai dévoré ! C’est ambigu, à la fois très misogyne et très féministe. Et je l’ai vraiment lu comme quand on est accro à une série. C’est hyper moderne, comment le capitalisme des grands magasins bouffe les petits commerces. Il est fasciné par ça, c’est beau, c’est pas seulement une critique, c’est la description d’une admiration. Je recommande. 

Plus sérieusement, tu es venue pour la raclette aux Arcs ?

Pas vraiment, je n’aime pas le fromage fondu, donc c’est raté (rires)… La montagne, ce n’est pas mon milieu naturel. Mais j’étais déjà venue tourner ici, aux Arcs, pour La Belle et la Belle. Donc je me repère bien ! Ça me rappelle de très bons souvenirs.

Les Arcs Film Festival s’est déroulé du 14 au 21 décembre 2019.
Le 
jury
, présidé par le réalisateur Guillaume Nicloux, accompagné de Santiago Amigorena (scénariste, producteur, auteur), Mélanie De Basio (musicienne), Nina Hoss (comédienne), Atiq Rahimi (réalisateur, auteur) et Antoine Reinartz (comédien) a décerné 6 prix.
La Flèche de Cristal, a été remise à ATLANTIS réalisé par Valentyn Vasyanovych en partenariat avec France Télévisions. Dotation d’une valeur de 20 000€ pour une campagne digitale en preroll sur le site de France Télévisions, dédiée à la promotion du film dès sa sortie en France.

Si vous êtes un.e jeune réalisateur.ice entre 16 et 30 ans qui a besoin d’un coup de pouce pour que son travail soit mis en avant, Les regards de l’ICART lance leur appel à projets, destinés à mettre en lumière votre travail 

| C : Julius Brejon et Agathe da Silva|

Pour la seconde fois, Le Regard de L’ICART souhaite organiser cette compétition dédiée au courts-métrages des jeunes talents. Pas besoin de s’être déjà fait une place dans ce milieu. Au contraire, c’est le moment de vous lancer et de présenter votre travail !

Un thème : celui du Jeu 

Pas de règles ou de contraintes particulières, juste un thème à respecter : celui du Jeu. Tout est autorisé, que ce soit un jeu amoureux, d’argent, de guerre, de rôle, de société et même les jeux que nous faisons avec nous-même. À vous d’être le plus créatif possible ! Laissez votre imagination parler !

https://giphy.com/gifs/monty-williams-wife-DmzQ4iPMyUScw

Les prix 

Meilleur film, meilleur scénario, meilleur acteur, meilleure actrice, meilleure musique ainsi que le Prix du coup de coeurs des Étudiants de l’ICART. Le lauréat du meilleur film se verra remettre la somme de 1500€ ! Avec comme Marraine de l’événement Mathilda May, auteure, metteure en scène et comédienne. L’année dernière le prix du meilleur film a été remis à Quentin Lecocq pour son court-métrage « Sans mot dire »

| Les regards de l’ICART 2018 |

Pour participer, il suffit de remplir ce formulaire (les conditions de participation y sont toutes indiquées) et vous avez jusqu’au 23 décembre prochain ! 

Bonne chance !!

Article de Juliette Boulegon 


Depuis 25 ans, le Festival Chéries-Chéris met à l’honneur les films sur l’homosexualité, la bisexualité et la transidentité. L’édition 2019 ne manquera pas au rendez-vous et se déroulera  en novembre.

Le rendez-vous annuel des amateurs de cinéma LGBTQ&+++ aura lieu du 16 au 26 novembre 2019 à Paris. Voilà un quart de siècle que le festival célèbre le cinéma gay, lesbien, gay, bi, trans, queer et +++. Le Festival Chéries-Chéris fêtera donc ses 25 ans dans les cinéma MK2 Beaubourg, Quai de Seine et Bibliothèque.

Delia Giandeini on Unsplash

Chéries-Chéris célèbre le film queer sous toutes ses coutures. Courts et longs métrages, séries ou encore documentaires ont été projetés à son occasion à Paris. Pour la 25e édition, l’événement présentera plus de 70 longs métrages et 80 courts métrages. Grégory Tilhac, délégué général et programmateur du festival, promet également « de nombreuses surprises » pour cette édition anniversaire.

Une édition anniversaire à ne pas manquer

Cette année, pour la seconde fois, le festival se déroulera sur 11 jours. Cette période comprend la semaine habituelle mais aussi un week-end de « before » réservé aux documentaires militants. L’an dernier, ces deux jours étaient consacrés aux séries télévisées.

Lola vers la mer ©Les Films du Losange

Il faudra attendre mi-octobre pour la programmation complète du festival Chéries-Chéris mais l’on connait d’ores et déjà le film d’ouverture. Ce sera Lola vers la mer de Laurent Micheli qui sera projeté mardi 19 novembre au MK2 Bibliothèque. On retrouvera à l’écran Benoît Magimel et on pourra y découvrir la jeune actrice Mya Bollaers. Cette dernière incarne le rôle titre, une jeune fille transgenre de 18 ans qui perd sa mère au moment où elle peut enfin se faire opérer. Elle part alors en voyage avec son père (Magimel) qu’elle n’a pas vu depuis deux ans et qui continue à l’appeler Lionel…

Article de Juliette Cardinale