Spoiler alert : la réponse est non, vous pouvez bien sûr utiliser Tiktok. Et d’ailleurs, la réponse à ce genre de questions sera toujours non, chez Paulette.

Tiktok - © Olivier Bergeron
Tiktok - © Olivier Bergeron

Vous n’êtes pas sans le savoir, Tiktok rencontre aujourd’hui et depuis quelques temps déjà un succès phénoménal. Il est vrai, c’est une application davantage utilisée par la génération des 13/20 ans. Mais alors, à partir de la vingtaine, serions-nous trop « vieilleux » – s’il existe l’hypothèse qu’on puisse être trop vieilleux pour quelque chose – pour apprécier et utiliser l’application ? Bon, le suspense est largement gâché… mais vous l’aurez compris : la réponse est non. Et au contraire, vous allez vous surprendre à apprécier cette application.

Le format 1 minute de Tiktok

"time doesn't exist on Tiktok" - © Instagram Tiktok
"time doesn't exist on Tiktok" - © Instagram Tiktok

À la fois inconvénient et qualité, le format 1 minute rencontre beaucoup d’avis divergents. Le côté positif, c’est que, comme chaque vidéo dure entre 10 et 60 secondes, on a l’impression de ne pas y passer trop de temps et de pouvoir plus facilement se limiter – contrairement à YouTube, par exemple, qui propose des contenus beaucoup plus longs.

Mais sa plus grande qualité devient également son plus grand défaut… À cause de son format 1 minute, et justement à cause de l’impression de ne pas y passer trop de temps, on se laisse swiper pour regarder une autre vidéo…puis une autre…et encore une autre. D’une petite pause (« Aller, 5 vidéos et j’arrête »), on finit par y passer des heures – et des nuits ! À tel point que Tiktok même a créé des vidéos pour nous dire d’arrêter de scroller et d’aller dormir… C’est vous dire.

@tiktok_france

Ça fait un moment que tu scrolls. Change-toi les idées, va faire un tour... on sera toujours là à ton retour !

♬ son original - TikTok France

Les tutos et astuces de Tiktok

Plus que YouTube, Tiktok est désormais LA nouvelle plateforme pour les tutos et astuces. La raison ? Les vidéos sont courtes, rapides, et surtout très simples à retenir – notamment grâce à leur effet de boucle [ndlr, la vidéo se joue sans arrêt tant qu’on n’a pas scrollé]. Et le point positif, c’est que vu le nombre de créateurs·rices, vous trouverez forcément chaussure à votre pied. Peu importe vos aspirations et centre d’intérêts, Tiktok le propose. De la broderie à la cuisine (notre petit favori), en passant par le bricolage ou le maquillage. Oui, oui, même cette spécialité très peu connue que tu aimes (on le sait, que tu adores regarder secrètement des gens·tes réparer des carrelages. Et c’est ok).

De plus, l’algorithme est si bien fait que tu n’as même pas le temps de dire « Ouf » avant qu’il soit 100% adapté à tes goûts. Et on doit avouer qu’on a appris de sacrées astuces, depuis qu’on passe notre temps libre sur l’application. 

Et l’inspiration fût

Bonnes adresses, tenues en tout genre, maquillage, dessin, déco, photo, … Comme on vous l’a dit plus haut, sur Tiktok, il y en a pour tous les goûts – et pour tous les styles ! Et il y a également beaucoup de créateurs·rices talentueux·ses qui, en plus de vous donner des astuces et tutos, sont aussi de l’inspiration brute pour tous celleux qui s’y intéressent.

Et on ne parle même pas de toutes les vidéos classiques des réseaux sociaux, qu’on ne se lasse pas de regarder. Les animaux mignons, les vidéos humoristiques, les court-métrages, … Le tout, beaucoup plus court – et donc beaucoup plus addictif.

@dog

This is Cheddar. He’s the most gentle boy. Prefers to savor his food (ig cheddarthegolden) ##dog

♬ small bite - ja$$min

Une mine de contenus engagés

Tiktok est également une mine d’informations pour celleux qui veulent en savoir davantage sur les sujets de société ou d’actualité – ou sur n’importe quel autre sujet. Parce qu’en plus d’être un lieu de divertissement, Tiktok est également un lieu d’apprentissage. C’est impressionnant, d’ailleurs, car en ce qui concerne les sujets engagés, ce sont souvent les jeunes qui prennent le plus la parole et sont les plus éveillé·e·s. Et nous, on les encourage largement. Ça nous donne tant d’espoir pour le futur ! Homosexualité, féminisme, transidentité, racisme, santé mentale… Tous les sujets sont abordés. Des débats sont lancés, des conseils sont donnés, des notions expliquées… parfois même avec humour. Et ça, on adore.

@emohokage

le male gaze : representation et empouvoirement

♬ son original - alena

Surtout, c’est génial que ce genre de sujets soient tant abordés sur une application aussi populaire. Car sur Tiktok, on peut très vite se retrouver viral·e et en page d’accueil de tout le monde. Donc, ça permet d’éduquer des gens·tes qui ne se posaient pas forcément de questions et d’attiser leur curiosité. Et si ça peut en éveiller quelques un·e·s, c’est déjà une grande victoire.

Alors, convaincu·e·s ? Rejoignez-nous, on est bien !

Une chronique de Clémence Bouquerod

L’élection de Miss France 2021 s’est tenue ce samedi 19 décembre. Mais quelle est la place d’un concours de beauté en 2020 ? 

Ce samedi 19 décembre s’est tenue l’élection de Miss France 2021 au Puy du Fou. Sans public, cette année marquera tout de même le centenaire du concours de beauté. Mesures sanitaires drastiques, cérémonie en huis clos, scandales, critiques… A-t-il sa place en 2020 ? 

Du divertissement ? 

Selon Sylvie Tellier dans La Montagne, l’émission est avant tout un divertissement.  « On est là pour divertir les gens. Dans une année si morose, si complexe, Miss France a plus que jamais son rôle à jouer. C’est vrai que les lendemains sont incertains, mais sachons nous divertir », conseille la 72ème Miss France et directrice générale de l’élection. Et si l’on en croit les chiffres, ce divertissement touche beaucoup de français. La dernière élection a réuni 7 millions de spectateurs en moyenne, et 8,3 millions pendant la finale, selon Rémi Faure, directeur des programmes de flux de TF1. 

10,45% de français, cela représente une part importante de la population. Et on le reconnaît, les tenues sont magnifiques, le jury et les animateurs sont sympathiques, les décors sont beaux… Tous les critères sont au vert pour passer un bon moment devant la télé. Mais élire une Miss pour sa beauté, sa taille, son résultat au test de culture générale, est-ce vraiment décent ? 

Ode à la féminité ? 

Selon Clémence Botino, Miss France 2020, le concours est une « une ode à la féminité ». Mais vu les critères -très stricts- de sélection, on se demande de quelle féminité on parle. Pour avoir la chance d’y accéder un jour, il faut être française, âgée de 18 à 24 ans et mesurer minimum 1m70. Sylvie Tellier affirme à Gala ne pas avoir de critères de poids. « Tant que je serai là, on ne pèsera jamais les candidates ». Seulement, dans les faits, la Miss type pèse environ 55kg. Seule Vaimalama Chaves, élue en 2019, dérogeait à cette règle. Et en plus de ce critère de poids – carrément intériorisé, une Miss ne doit pas être mariée, avoir un casier judiciaire vierge et… « être née de sexe féminin ». Vous aussi, vous tiquez ? Non, parce qu’insuffler à 7 millions de spectateurs des injonctions de beauté irréalistes, c’était déjà bien. Mais être transphobe, c’est impardonnable. Enfin, non pardon. Pas transphobe. « C’est une question qui ne s’est pas encore posée mais si elle se présente, nous y réfléchirons », se justifie Sylvie Tellier. 

Émancipateur ? 

Il est vrai, cette compétition « donne la parole » et permet de mettre en avant des femmes. Mais à quel prix ? C’est vrai qu’à sa création, c’était un concours très émancipateur. Il permettait de mettre sur le devant de la scène des jeunes femmes qui n’avaient pas la même liberté qu’aujourd’hui. Et puis, elles avaient le droit de se montrer en maillot de bain ! Aujourd’hui, si le principe même du concours de beauté nous pose problème, ce sont ses règles strictes qui nous questionnent. Une miss n’a pas le droit d’avoir posé nu ou à caractère érotique, par exemple. Quelle liberté voyez-vous là-dedans ? Une femme dispose de son propre corps, et ne devrait pas être discriminée par ses choix passés ou présents. 

Aujourd’hui les candidates sont souvent engagées pour le droit des femmes [ndlr : Malika Menard, Miss France 2010, a notamment sorti un livre nommé #Fuck Les Complexes] ou l’humanitaire… Et c’est génial. Mais aller jusqu’à vanter qu’elles font des études… Malheureusement, élire une femme pour sa beauté, ce n’est pas le meilleur exemple pour que certain·e·s arrêtent de nous traiter comme des objets sexuels. Et nous ne sommes pas les seul·e·s à ne pas être d’accord. « 100 ans de sexisme, ça suffit. Comment peut-on encore en 2020 réduire les femmes à leur apparence ? Le succès populaire de cette élection nous motive pour continuer le combat « , s’indigne Fabienne El-Khoury, co-porte-parole d’Osez le féminisme. 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Article de Clémence Bouquerod 

Eh bien sans surprise, c’était choquant, violent, et j’ai eu l’impression d’assister à un rassemblement d’une autre époque. 

Samedi 10 octobre, des manifestations anti-PMA ont été organisées par le collectif Marchons Enfants, qui rassemble vint-deux associations dont La Manif pour tous, principalement connue pour sa mobilisation contre le mariage gay en 2012 et 2013. Autant vous dire que je ne les porte pas vraiment dans mon cœur. Dans toute la France, une soixantaine d’événements du même type se sont tenus, accueillant chacun des centaines de personnes, voire un millier à Versailles, pour protester contre la loi bioéthique. Et c’était déjà bien trop ! 

Leur but ? 

Le but de Marchons Enfants ! était de protester contre la loi bioéthique, et plus particulièrement contre la PMA pour toutes. Ce projet a été adopté en deuxième lecture par l’Assemblée nationale, le 1er août. Ce qui, pour nous, semble une belle avancée – parce que cela permettrait aux femmes célibataires et aux couples lesbiens d’avoir un enfant, est une très mauvaise nouvelle pour La Manif pour tous : avoir un enfant sans père leur parait inconcevable. 

La manifestation 

Je me suis rendue place Vendôme pour aller voir à quoi ressemblait la mobilisation de Paris. Je ne saurais dire combien de personnes étaient présentes, mais selon 20 minutes, c’était « plusieurs centaines« . Ce qui m’a le plus marquée, c’étaient les drapeaux. « Liberté, égalité, paternité ». Quoi ? Comme si la présence d’un père était si primordiale qu’on doive le mettre dans la devise de la France. Et la mère dans tout ça ? Et on en parle de toutes les familles monoparentales ? 

Enregistrement de la manifestation anti-PMA du 10 octobre – © Clémence Bouquerod

Entre rappel des règles de distanciation sociale, cris et musique (notamment Parler à mon père de Céline Dion), les animateurs scandent leur slogan : « En France, l’humain ne s’achète pas ! En France, la femme ne se loue pas ! » J’oubliais, demander une procréation médicalement assistée, c’est vouloir acheter un enfant ou louer une femme. Rappelons tout de même que dans le cas d’une mère porteuse, celle-ci serait avant tout consentante. 

Mon opinion 

Si j’étais déjà bien énervée en voyant tout ça, j’ai été d’autant plus choquée par leurs propos. Je ne les citerai pas tous par décence, mais certains valent le coup d’être lus. « Avec cette loi bioéthique, ce qu’il restait de la protection de l’être humain est gravement mis en souffrance« , ai-je entendu. En quoi être une femme seule ou un couple de femmes et vouloir un enfant « met en souffrance » la protection de l’être humain ? Non parce que pardon, mais cela n’a pas de sens pour moi. 

A ce moment-là, je n’avais encore aucune idée de ce qui allait profondément me peiner : les jeunes de 20 ans militant contre la PMA. Ils ont été d’une telle violence ! « Fiers » d’avoir accompagné leurs parents à la manif de 2013 (contre le mariage homosexuel – on s’en rappelle). D’ailleurs, leur slogan n’est autre que « Trop jeune en 2013, à fond en 2020 ». Choquant, n’est-ce pas ? De savoir que des jeunes, avec toutes les publications, toutes les recherches disponibles et l’engagement des artistes qui veulent nous aider à déconstruire notre pensée aujourd’hui, puissent réfléchir comme ça.

Le pire ? Ils cherchent à ce que d’autres jeunes les rejoignent. « Nous sommes aujourd’hui avec fierté les jeunes du mouvement La Manif pour Tous. Nous appelons tous les jeunes qui pensent que le père, aussi humain soit-il, et que la mère, aussi humaine soit-elle, sont deux éléments essentiels pour la vie de l’enfant. Tous les jeunes écologistes, féministes, de tout bord politique, à nous rejoindre pour mener le combat. Nous gagnerons car nous avons raison. Vive les droits de la femme, vive les droits de l’homme et vive les droits de l’enfant. » Il est bien clair que nous n’avons pas la même définition, ni de féminisme, ni de droit des femmes, des hommes ou des enfants. Horrible aussi de voir tous les enfants accompagnant leurs parents. Parce que ce seront peut-être eux, les jeunes de La Manif pour tous, dans quelques années.

Père et son fils à la manifestation anti-PMA du 10 octobre
Père et son fils à la manifestation anti-PMA du 10 octobre – © Clémence Bouquerod

Ce qui me remonte un peu le moral, en revanche, c’est de voir qu’il y a eu des contre-manifestations, partout en France. À Lyon, à Rennes, à Paris, à Nantes (où ils étaient 500, selon Le Parisien)… Les LGBTQ+ et allié·e·s ont décidé d’aller manifester eux et elles aussi, contre l’intolérance et les valeurs de La Manif pour Tous. Des baisers de couples homosexuels – notamment à Paris et pris en photo par Le Parisiendes pancartes, des slogans… C’était beau de les voir combattre ainsi. Et croyez-moi, si je n’y étais pas allée en tant que journaliste, je me serais ralliée à eux. 

Article de Clémence Bouquerod 

J’ai beau être féministe, égalitariste, tolérante et pleine d’espoir, quelquefois je n’y crois plus. Il y a des jours où les actualités, les gens autour de moi, les comportements et les réflexes inconscients me rappellent à une réalité certaine : je suis une femme et nous ne sommes pas tous égaux. Malgré les nombreux efforts et les avancés de notre société, ces jours-l, je perds espoir. Espoir que toutes les mentalités changent, que le sexisme ordinaire cesse, que les blagues déplacées ne soient plus qu’un mauvais souvenir.

Lettre ouverte à vous, les alliés de mon quotidien, inconscients de l'être. 
Crédit : Toa Heftiba on Unsplash
Lettre ouverte à vous, les alliés de mon quotidien, inconscients de l’être.
Crédit : Toa Heftiba on Unsplash

Sexisme banalisé

Récemment, lors d’un dîner avec des amis, il y a eu cette moquerie. Alors qu’une jeune maman se confiait sur la charge mentale, trop pesante, qu’elle endure toujours suite au confinement, son mari a ri. Devant tout le monde, il a rétorqué : « tu es bien contente que je ramène de quoi vivre, c’est normal que j’apprécie avoir le repas prêt en arrivant ». Elle est en train de perdre son emploi pour garder ses filles à la maison.

Hier, j’écoutais un podcast d’Arte Radio au sujet de ces hommes d’un certain âge qui refont leur vie en Thaïlande avec de -très- jeunes femmes. L’un témoignait, pour justifier son choix. Il a dit : « De toutes façons après un certain âge, les femmes à la maison elles, ont plus envie de rien, alors qu’à cet âge les hommes, ce sont des chauds lapins, faut pas s’étonner après… ».

L’autre soir, en terrasse avec des amis, l’une d’entre elle et moi-même nous surprenons à ne pas rire à une blague sexiste, nous nous faisons la remarque. La phrase suivante, cette même copine s’exclame : « ça vaaa, nous les femmes ont a juste besoin que l’on s’occupe de nous comme des princesses ». Et il n’y avait aucune ironie dans sa phrase.

Mes alliés, inconscients de l’être

Alors, quelquefois je perds espoir. Mais il y a quelque chose qui me rappelle très vite à la raison : les alliés de ma vie. Ceux qui le sont, sans le savoir. Ceux pour qui il n’y a pas de différence. Ceux qui y croient, des fois plus que moi. SheToutCourt, dont on vous a déjà parlé chez Paulette, propose une définition simple du mot allié. « Dans le féminisme, un allié se défini comme une personne qui va apporter son soutien aux femmes en lutte. Il peut le faire en amplifiant leur voix et contribuer à les rendre plus visible. Le plus souvent ce sont les hommes qui se sentent concernés par les enjeux féministes qui seront définis comme alliés. »

Ma conception de ce mot peut donc paraître erronée, mais je suis convaincue qu’il y a des alliés, inconscients de l’être. Et il y a trois points qui qualifient un allié, selon moi. Ces points, sur lesquels ceux qui partagent ma vie, me réconfortent dans mes moments de doutes.

La déconstruction

Le combat féministe, c’est d’abord un chemin vers la déconstruction. La déconstruction d’une société sexiste où l’on nous inculque des habitudes et des valeurs discriminantes, que nous reproduisons sans en être pleinement conscient.e.s. Ce pour quoi j’aimerais remercier le plus grand allié de ma vie, c’est d’abord pour ses tendances à essayer de comprendre. De se mettre à la place des autres. De se tromper, et de s’en apercevoir, puis de rectifier. C’est cette réaction qu’il a quand il se rend compte de ce qu’il est en train de me demander à l’instant même où il formule « comment je pourrais t’aider pour laver l’ap… ». Il s’arrête avant la fin de sa phrase, et corrige. « Je vais laver le sol ce matin… »

L’écoute

Je pense que devenir un allié c’est aussi apprendre à écouter. Pour la simple et bonne raison que lorsque nous sommes un homme, nous n’avons pas les même expérience de vie qu’une femme. Comprendre le féminisme c’est aussi connaître ses dessous. Et inévitablement pour déconstruire le féminisme, il faut savoir de quoi il s’agit et donc écouter. Comme tous les grands maux du monde, le sexisme peut être guéri par l’éducation, par l’apprentissage.

Les actes

Chaque jours, dans les détails de mon quotidien je vois ces alliés inconscients de l’être. Encore plus depuis que j’ai cette chronique en projet. A la maison, je ne peux pas dire connaître la charge mentale, il m’arrive de penser pour deux, lorsque j’organise une journée spéciale par exemple, mais pas plus que celui qui partage ma vie. Je n’ai pas la sensation de faire le ménage, nous faisons le ménage… Il en va de même lorsque l’on va boire un verre ou manger avec des amis. A ce moment de la conversation ou quelqu’un dit « moi mon manteau de moto je l’ai pris rose, ça fait beaucoup plus fille ! », je l’entends soupirer en me regardant. Plus encore, c’est lui qui réagit à ces remarques insultantes qui marient stupidement le cycle hormonale d’une femme à ses humeurs, pas moi.

Mais il n’y a pas que la personne qui partage ma vie que je compte parmi mes alliés. Il y aussi cet homme dans le métro qui a attiré mon attention en haussant la voix. Face à lui il y avait un homme et une femme, probablement en couple. L’homme n’arrêtait pas de jeter des phrases désagréables sur le repas qui ne serait pas prêt en rentrant, sur les enfants qu’il ne voulait pas entendre du week-end, et sur ses vêtements de sport qu’il allait falloir laver (…). Celui que j’ai ajouté à ma liste d’alliés s’est mêlé à la conversation en s’adressant à la femme : « Tous les hommes ne sont plus comme ça, vous êtes dans la trentaine, vous n’allez pas finir votre vie avec cette pression, la charge mentale c’est plus trop tendance, pensez à vous. »

Je ne vais pas énumérer tous les exemples qui me viennent à l’esprit, mais cet homme dans le métro avait raison, la charge mentale, « c’est plus trop tendance ». Il y en a partout, des alliés, seulement, les sexistes se font plus entendre. Surtout ne perdons pas espoir, merci à vous, mes alliés inconscients.

Une chronique de Aurélie Rodrigo

Et je ne vole pas encore. Du moins, si le terme maturité est associé aux battements de mes ailes de poulet. Tu me diras que je suis sur la bonne voie et que c’est l’exercice d’une vie, que je suis privilégiée et qu’il est de mon ressort que de gagner ce que je veux gagner. À toi qui me fais rire, qui me rassures et qui me demandes de redescendre quand je prends le melon : un pauvre dimanche par an ne suffira pas pour te remercier de l’éducation et de l’attention que tu m’as accordées.

Je me mettrais bien trois paires de claques quand je pense à ces mots que je t’ai jetés quand j’étais encore adolescente. Je pense à mon culot, mon égo sur-dimensionné, ma passion de l’époque pour la télé-réalité et mes non-scrupules à l’idée de te demander de la thune pour boire des boomerangs quand je te jurais que j’allais au ciné. Je baisse les yeux sous le regard de ceux et celles qui n’ont pas ou plus la chance d’avoir une figure parentale comme toi dans leur vie. Et chers lecteurs, vous ne m’en voudrez donc pas de célébrer l’amour entre père et enfant via ces lignes – mon objectif n’étant absolument pas de vous ennuyer.

Alors je sais, papa, tu auras essayé de me faire aimer l’automobile, le bricolage ou autres trucs qui ne m’ont que très peu intéressée autrefois. Tu m’as appris à aimer la musique (AQUA, Noël 1998) et tu m’as permis de voyager aux quatre coins du globe en soulignant que c’est la raison pour laquelle il fallait « cravacher ». Tu as respecté ma mère, en a fait ta première dame, et tu m’as longtemps rappelé que derrière tout grand homme… Il y avait une grande femme. Tu m’as fait des blagues, tout le temps, et m’a éduquée à base d’humour, d’amour et d’ouverture d’esprit pour que je m’adapte à n’importe quelle vie. Tu m’as donné envie de traîner avec des garçons dès l’école, de ne faire aucune différence entre les sexes car j’étais « égale aux hommes » – et qu’il faudrait les leur rappeler. Bref, je pourrais te résumer toutes les raisons pour lesquelles je ne te remercierais jamais assez mais je pensais plutôt à dépoussiérer certaines vérités puisque cette chronique était l’origine rédigée pour se bidonner un bon coup et apporter un peu de légèreté à 2020.

Je suis désolée pour

  • Ne pas avoir eu le courage de t’admettre que ce jour-là, j’ai en effet fait pipi dans la piscine.
  • Te faire rater TURBO le matin, parce que je regardais my sweet 16 et que ça valait quatre fois n’importe quel autre programme. Pareil pour mes trois heures quotidiennes devant MTV.
  • Ma phase DIAM’S. Avec une seule et unique chanson en boucle car c’était un single.
  • Culpabiliser plutôt que de simplement te dire que j’avais mes règles. Ou de les avoir utilisées pour que tu me laisses tranquille alors que ce n’était pas le cas.
  • t’avoir dit que je ne rentrais pas en boîte à cause de mon appareil dentaire. Mes copines me demandaient de fermer la bouche et de ne pas parler face aux vigiles.
  • Avoir tapé dans ta cave. La semaine passée.
  • Te hurler que tu ne comprenais pas car tu « ne savais pas ».
  • Les joints que je t’ai assuré ne pas avoir fumer.
  • Les tacles. Tu m’as toujours répété que j’étais une femme, que je méritais le respect et que je ne devais laisser personne me maltraiter. Tu étais parfois mon étude de cas préférée, j’ai joué de ta patience et je m’en suis régalée.
  • T’avoir filmé quand tu ronflais avec un doigt dans le nez.
  • Ma passion pour le camion de glace. Encore la semaine passée.
  • Avoir ramené des garçons que tu trouvais cons à la maison.
  • Ne t’avoir jamais dit que tu avais quasiment raison sur tout ce que tu m’as enseigné.
  • L’argent que je t’ai coûté : en tant qu’enfant, fille et femme, car tu as toujours veillé à ce que je ne manque de rien.
  • Ta voiture que j’ai volontairement rayée (je r-i-g-o-l-e).

Et si j’espère pouvoir inverser la tendance, et à mon tour veiller sur toi car j’ai eu beaucoup de chance jusqu’ici, je veux aussi que tu me promettes de continuer. Me faire la morale, me rassurer, me rapatrier trois mois pour rester confinée à tes côtés, me souffler que ta maison est ma maison, me demander de redescendre, de travailler et de garder la tête sur les épaules pour y arriver. Il faudra que tu me répètes que nous devons oeuvrer pour l’équité, que les hommes et les femmes doivent être égaux et que mon sexe m’a quand même calé une petite balle dans le pied. Qu’il faut travailler dur pour y arriver, penser intelligemment mais ne pas limiter sa créativité. Et je te sermonnerai que je milite pour un monde plus juste, que les humains se respectent et que mon pays soit plus ouvert d’esprit ; que j’ai peur de la science et de ces combats que l’on peut possiblement mener pour régner. Mes grands-parents t’ont donné la meilleure des éducations – à l’époque. Valeurs que tu as, sur fond de Bob Marley, Gainsbourg, Pink Floyd et Will Smith, transmises à ta sauce et à ta progéniture selon de nouvelles décennies. Comprends donc aujourd’hui mon envie de transmettre cet amour universel et cette hargne de la vie.

Instagram @vskafandre




Bonne fête hier, aujourd’hui et demain. Et surtout merci.

Une chronique de Margaux Rouche.

Et si ce trop-plein de pression, que l’on appelle résolution et que l’on s’impose souvent par bonne conscience en début d’année, pouvait finalement s’interpréter autrement.

Ne vous méprenez pas, je ne commence pas par vous faire la morale ou vous donner l’impression qu’il est déjà temps de culpabiliser si vous sirotez une bière ou un verre de blanc tandis que vous lisez cet article. Sauf s’il est 8 heures du matin, et que vous êtes en route pour le boulot en fait. Ces quelques lignes devraient plutôt vous rassurer, et vous encourager dans l’idée que 2020 est certainement vôtre. Car c’est finalement lorsqu’on se sent rassuré, entouré, que l’on se motive vraiment à accomplir ce à quoi l’on pensait depuis belle lurette.

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Relax, ça va aller

Comme chaque année, enfin depuis mes 25 bougies et mon désir accru de pouvoir épargner, j’ai pris le temps ce 30 décembre 2019 d’écrire mes « bonnes résolutions » pour la nouvelle année. Ne me demandez pas où j’ai pu bazarder ma liste précédente, je n’en ai aucune idée mais ce que je peux vous dire… C’est que peu de mes « goals » ont vraiment été respectés. Malgré une pression soutenue les six premiers mois – et je ne rigole pas : manger mieux, savoir dire « non », aller au sport plus de trois fois par semaine et mieux consommer la mode en général… J’ai fini par lâcher certaines obsessions, en entamer d’autres et me concentrer sur des résolutions pourtant secondaires – laissant en second plan des projets qui m’apparaissaient moins faciles et que je préférais alors repousser. Parce qu’au final, quoi ? Je voulais du résultat. Des statistiques, du quantifiable visible dont je pouvais me vanter et regarder fièrement avec fierté.

Chaque chose en son temps

Ouais, je fume moins, oui, j’étais à fond sur l’Aquabike au début de l’année (et j’ai arrêté, grosse erreur pour des fesses encore plus molles) et j’ai même acheté des bouquins de cuisine. Des petites choses qui font style quand tu checkes Instagram ou passe une tête chez moi, c’est beau – ça brille et cela faisait partie des trucs que je voulais vraiment instaurer et à la maison pour mon corps. Mais était-ce plus important que de prendre vraiment du temps pour écrire, faire le tri dans mes idées et multiplier les recherches dans l’idée de développer quelque chose qui me tenait vraiment à cœur et de mon côté ? C’est simple de ne pas chercher de nouvel appart’ parce qu’on n’a pas le time. C’est facile de ne pas trier son administratif datant d’il y a dix ans parce que ça prend trois plombes et parce que cela peut se gérer plus tard. Les doigts dans le nez, la flemme voire la peur de prendre un cahier et dessiner ses idées, d’envisager un deuxième boulot qui serait mon propre projet ou de pousser la passion vers une nouvelle vocation.

Peur de l’inconnu ? Cette année, je prends confiance en moi.

J’ai du coup tenté d’élucider ce mystère avec mes amis, échangeant sur leur vision des résolutions et de ce qu’ils se voyaient accomplir ou non. Certains aimeraient pouvoir lister les aventures qu’ils rêvent de mener mais ont peur de se décevoir, donc ne le font pas. D’autres sont complètement obsédés par l’idée de cocher toutes les cases et se lancent dans du grand n’importe quoi. Puis il y a ceux et celles qui sont fiers de leur 10 résolutions bien pensées et qui nous font culpabiliser. Genre vraiment.

Et si finalement, je balance cette liste et dédie simplement plusieurs heures de mon temps à mon esprit, mon futur… et à moi-même ?

Plutôt que des goals, des kilos à perdre, des euros à mettre de côté… Simplement m’écouter et me persuader que je peux « y arriver » et que cela prendra peut-être des mois voire des années. Utiliser 2020 comme la décennie du changement, de l’évolution et assimiler ces premiers pas à ceux du processus nécessaire à ces réussites dont on espère tous être auteurs un jour, mais aussi témoins. S’encourager les uns et les autres, aider son prochain et rendre des services car ce sont ces petits moments qui pourraient aussi un jour nous aider à voir nos rêves se réaliser. Oublier la pression du terme résolution, le remplacer par notion. Une fois cette notion acquise et comprise, je serai en mesure d’y arriver. Je pourrai entamer ma mission, ma résolution et je suis entourée. Bonne chance.

Un article de Margaux Rouche

Un jour peut-être ça changera.

Un paradoxe parmi tant d’autres, mais qui me gêne et je ris jaune – de toute façon, je bois trop de café. Tandis que nous, médias féminins chanceux de bénéficier d’une brillante liberté d’expression, venons à prôner la diversité des corps et le mouvement body positive, nombreux sont les membres de notre communauté et industrie pro à souffrir d’une véritable obsession de la balance. Plus qu’une promotion, un changement de vie, un mariage ou un bébé ; une prise ou perte de poids devient un véritable sujet de discussion. « Allez balance, c’est quoi ton secret ».

C’est l’hôpital qui se fout de la charité, je sais. Faîtes un tour sur la plupart des sites féminins occidentaux aujourd’hui : vous y verrez des couleurs, des rondeurs, des différences et une pluri-culture des corps. Et si le poids ou les origines ne sont pas supposées être des critères de recrutement – contrairement au sexe qui reste un problème mais là n’est pas le sujet de ce papier – les chiffres qui nous désignent sur cette bonne vieille balance restent un sujet de débat adulé par nos camarades de la presse internationale.

Taille 52 pour mon shoot mais pas plus de 52 kilos sur ma balance 

Oui, le poids est apparemment passionnant – venant à rythmer davantage de conversations, presque plus que de réelles discussions sur notre société ou la une de l’actualité. « Son cul, c’est l’Amazonie » : voilà six mois que j’entends cette phrase dans Paris. Par-contre, les incendies ayant touché la foret sud-américaine n’ont fait le buzz que 24 heures sur Instagram.

Prenons, parce qu’on le connaît plutôt bien, le marché français pour exemple. Peut-être que je devrais me passer de ces commentaires mais j’aimerais toutefois souligner quelques vérités. J’approche la trentaine à petits pas, j’ai écumé quelques postes dans la rédaction et j’en arrive aujourd’hui au même constat. Il y a 10 ans, lorsque j’ai posé une première patte dans un journal, j’ai compris que l’industrie pouvait être physiquement toxique et qu’elle le resterait.

Alors oui, certaines bonnes âmes échappent à la règle et on répétera aussi que les potins sont identiques dans la majorité des boîtes mais je vais simplement partir du principe que nous bossons notamment dans la sphère mode parisienne et que – on ne va se mentir – la maigreur… ben oui, c’est beau et ça vend. Du moins, c’était beau et ça vendait à l’époque de Kate Moss. Décennie où s’affamer pour mieux dépenser dans la coke était cool.

La faute à qui ?

Le seul truc qui me dérange vraiment, c’est qu’il y a vingt ans, on ne s’alimentait pas de trois feuilles de roquette pour ensuite rédiger quatre pages sur un projet body positive. On ne faisait pas poser des modèles aux corps différents et allant au-delà du 46 parce que la diversité est le « miroir de notre société d’aujourd’hui » pour finalement moquer sa boss entre collègues car elle a « pris des joues pendant l’hiver« . Non, à cette époque, on prônait fièrement la perte de poids, les régimes, les os qui dépassent et les mannequins blancs toujours plus minces en cover. C’était crade, mais plutôt honnête au final. Du moins, on ne faisait pas face à une hypocrisie permanente du rapport au corps et aux courbes.

Désormais, la tendance s’est inversée. Les marques, comme les magazines, recrutent la différence en première ligne. On veut des gens qui ne se ressemblent pas – jusqu’à pousser le bouchon trop loin et mettre les personnes banales (donc moi, toi et peut-être ta voisine) mal à l’aise. Donner le sentiment qu’on ne possède pas d’artifice, qu’on ne fait pas partie de la « nouvelle norme » ou de ce qui est considéré comme « beau » aujourd’hui. Et qu’est-ce qu’on s’en fout, me direz-vous. Les enseignes de prêt-à-porter jouent le jeu aussi, en élargissant notamment leur panel de tailles pour une offre plus élargie et inclusive. Cool et surtout, ENFIN, me direz-vous.

Body negative du off

Sauf que la bonne blague, parce que ces situations se répètent encore et toujours : tu vas découvrir ces nouvelles collections lors d’événements presse bien sympas, saluer tes connaissances d’un large sourire avec une arrière-pensée. Ouais, laquelle va me complimenter si j’ai perdu quatre kilos ? Et qui va gentiment fermer sa bouche et attendre que je me barre pour demander si le bonheur pèse sur ma balance ou si je suis sous cortisone ? Questions rhétoriques, et mes consoeurs me comprendront, on sait à qui nous avons affaire. Alors certes, la vérité veut que l’on ait trouvé quelques alliées, des collègues et rencontres qui nous veulent du bien mais personne ne pourra en démordre : le poids est un sujet de discussion qui fonctionne toujours et évite les « blancs ».

Ce qui m’attriste, et c’est une réalité, c’est que la machine est enfin lancée mais elle n’a pas tant changé – au fond d’elle. Comprenez ici que l’industrie de la mode a beau évoluer ; ses codes internes restent pour le moment quasi-identiques. Même les personnalités les plus bienveillantes utilisent le poids comme un sujet de discussion ouvert, comme si on n’avait rien d’autre à se raconter.

Une mission pas impossible

Alors faisons l’effort, chères consoeurs et confrères, de se lancer sur d’autres sujets et d’aider cette pyramide à s’inverser. Oui, le poids et le physique sont des points de discussions forts dans n’importe quel bureau au sein de notre chère et belle nation. Sauf que ma maman commerciale, ma soeur dentiste ou ma copine directrice de boutique n’ont aucun pouvoir d’éducation là-dessus : elles ne sont pas porteuses d’un manifeste via un magazine national. Elles peuvent s’exprimer sur le sujet via les réseaux, mais on ne leur donne pas une plume, quotidiennement, pour mettre noir sur blanc ce message important. Visons donc, et cette fin d’année 2019 pourra peut-être en témoigner, à travailler de manière moins hypocrite et à réellement diffuser des valeurs que nous appliquons à notre environnement professionnel et à chacun d’entre nous.

Un article de Margaux Rouche

Art by lullamuera

J’avais du mal à comprendre ce qui m’arrivait : l’euphorie du boulot, la vie perso, ma relation amoureuse et mes petits rebondissements quotidiens m’ont pourtant fait frôler le burn-out du bonheur. Des émotions, de l’adrénaline et des coups de jus qui m’ont amenée à « m’oublier ». Le tout, jusqu’à réaliser que j’en faisais trop, que je ne tiendrais pas et que j’avais finalement besoin d’aide. Charge mentale, deux mots que je comprends désormais et qui m’ont éduquée : il faut se préserver.

Je suis une boule de nerfs, une control-freak qui adore organiser, aider, papoter et gérer. Si je manque parfois de bons tuyaux pour hiérarchiser mes petits tracas, je m’occupe et me passionne de missions pour mon boulot ou de bonnes attentions envers les gens que j’aime. Je suis une grande accro à l’organisation d’événements et je me rends quotidiennement heureuse à la simple idée de pouvoir donner le sourire à mon entourage. Je gâte ceux qui m’importent, je me défonce au travail et je me laisse très rapidement envahir par la culpabilité dès que quelque chose cloche ou ne se déroule pas de la façon avec laquelle je l’aurais espéré. Il y a quelques temps, j’ai décidé de me marier. Il y a quelques temps, j’ai ressenti le besoin de déménager. Il y a quelques temps, ma vie a basculé et j’ai pensé pouvoir tenir la barre en me concentrant sur une to do list interminable variant entre travail, satisfaction personnelle et besoin de faire « plaisir » à autrui. Et si j’avais l’impression de nager dans le bonheur, je n’ai pas réalisé que j’étais entrain de me surcharger de manière démesurée – me dirigeant vers une porte que personne ne veut pousser. La surcharge mentale, soit une explosion de l’esprit traduite par un relâchement physique et psychique que l’on n’avait pas vue venir.

Comment ça se traduit ?

J’ai toujours été une grande dormeuse, du moins, il me fallait huit heures de sommeil pour être en forme. J’aime me lever tôt – toujours – mais je ne me couchais autrefois pas tard. Et là, qu’importe mon besoin enfoui de pioncer 16 heures : impossible de dormir ou de passer une soirée devant Netflix, impossible de cuisiner ou de simplement se détendre dans le canapé. Ma tête semblait me secouer du même mot : optimisation. Depuis plusieurs mois, voire maintenant un an, chaque heure doit faire l’objet d’un rendement, professionnel ou personnel. Le temps est chronométré, le Google Agenda ne cesse de chauffer. Des bêtises, des détails – récupérer 20 balles auprès de Numéricable en s’attaquant à leur service client me fait vibrer. Comme me lancer dans une veille d’outils digitaux à 3 du mat. Ah, et y’a les spritz avec les copines, qui permettent de maintenir le rythme avec une clope fine parce que je me répétais « tu l’as bien mérité ».

Et tout ça, je me l’imposais – aujourd’hui c’est fini. Personne ne m’a demandé de gérer ses problèmes, sa paperasse ou même ses petites affaires : je ne réalisais même plus que je ne prenais plus de temps pour moi et que mon entourage n’avait pas spécialement envie que je trempe mes pattes dans leurs agendas. Mes heures et mes journées libres étaient pour ma moitié, mes inquiétudes et mes doutes relevaient de mes relations amicales, amoureuses et professionnelles mais je ne prenais plus la moindre heure pour me SOIGNER. Du lundi au vendredi, je mangeais debout le midi – challengeant ma petite personne à remplir toutes les tâches imposées le matin au réveil.

J’ai tenu, j’ai failli mais j’ai vaincu

Et là, le monde commence à s’alerter : des petites réflexions type « tu ne t’arrêtes jamais ». Je sors trop, j’en fais des tonnes, je devrais parfois m’arrêter… Blablabla. Au début, c’était un compliment. Je me sentais puissante, invincible et en pleine forme. Je continuais le sport, je passais du temps avec mes proches, j’enchaînais les missions pros avec la banane : une croisière de meuf hyper-active en somme. Puis viennent les drôles de commentaires, les jeans autrefois trop justes qui deviennent en un clin d’oeil bien trop grands, les yeux qui pleurent à la fin de la journée et les poches qui s’accentuent sous les yeux bleus lorsqu’ils papillonnent au petit matin. La fatigue, les crises de larmes passagères, la peur de s’asseoir et le besoin constant d’être en mouvement : comme si ne rien faire quelques secondes m’empêcherait de dormir pendant les trois prochaines nuits.

Le corps lançait des SOS, mes règles ont disparu, les cheveux blancs se multipliaient et le moindre bruit anormal dans l’appartement entraînait le redressement de mes oreilles. Je me transformais en une efficace tour de contrôle, un chien de chasse et j’ai pourtant réussi à réaliser que, ouais, j’étais en train de me perdre. Il aura fallu une bonne grippe, un virus à la noix pour me clouer au lit après deux années de « Moi, je ne suis jamais malade car je prends soin de moi« . Une semaine de fièvre, de suées nocturnes et d’appels à l’aide pour qu’une amie de choix m’apporte des Doliprane et un peu de réconfort. L’impossibilité de travailler ou de réaliser le moindre effort. Désagréable, c’est sûr mais heureusement une grippe électrochoc. Elle n’est pas arrivée au hasard, elle veut me faire comprendre que je suis allée trop loin. Que je ne tiendrai plus, que je dois me retrouver si je veux sauver ma peau.

Alors lorsque je me sens un peu mieux, j’ouvre mes placards. Je cuisine à nouveau. Je mange puis j’ose monter sur la balance. Aoutch, j’ai vraiment maigri. Je secoue mes cheveux dans la salle de bain pour découvrir une montagne de pellicule, le stress certainement. Je tente d’appeler mes collègues, j’ai l’impression qu’ils n’ont pas vraiment besoin de moi. Il n’en est rien, ils ont simplement pour mission de me laisser me reposer. Mon entourage est inquiet, ils veulent que je ralentisse la cadence. Il n’est pas seulement question de boulot, bien au contraire, il s’agit ici d’une pression omniprésente – qui vient me ronger sans raison. Je me l’inflige tandis que je pourrais l’éviter. Les semaines qui suivent, je reprends confiance et me laisse un peu de temps. Je marche plus doucement, je m’allonge tôt le soir et retarde mon réveil le matin. Je me remplume, je souris. Je pige qu’il n’était pas question d’une dépression. Loin de là, on parle ici de charge mentale. La certitude qu’on doit accumuler les projets et les tracas du monde entier. Le sentiment de devoir rendre des comptes à chaque personne qui nous entoure, qu’on ne peut aller se coucher si tout est parfait.

Se plaindre tandis qu’on en est l’origine

Et pourtant, la route est longue. Cette crise peut paraître anodine, charge mentale ne parle à personne – on pourrait surnommer ça « le caprice d’une reine ». Il y a plus grave dans la vie car, non, il n’est pas question ici d’un diagnostic médical. Pas de compte à rebours ou de besoin de passer sur le billard, c’est un peu chercher les problèmes. On le répétera d’ailleurs à diverses reprises : personne n’a demandé à ce que l’on gère les soucis des autres au bureau ou à la maison. On n’est pas non plus en charge des missions pros de certains, ce n’est pas notre job. Pourquoi vider le lave-vaisselle chez ses potes alors qu’on ne déjeune même pas là-bas ? Et le pire, et voilà le vrai souci, c’est qu’on se retrouve dans une inondation de jobs sociaux jusqu’au point de s’en plaindre. « Personne ne me laisse tranquille », « j’ai reçu un mail à 23 heures« , « il m’a demandé d’aller lui acheter des clopes alors que j’ai bossé toute la journée et que je venais d’arriver« … Et on ne peut en vouloir qu’à soi-même car, au final, on a dit « Amen » dès que l’occasion s’est présentée. On a voulu garder le contrôle en répondant au téléphone non stop, en balançant des mails nocturnes jusqu’à voir culpabiliser son prochain puis, bien sûr, on est parti acheter de foutus cigarettes.

La bonne nouvelle

Sourions, le pire est passé dès lors que ces différents constats sont intégrés. Viennent dès lors le repos, l’envie de méditer, les mots doux comme les mots durs, les « non » répétitifs qui sont dans un premier temps incompris. Puis le sourire de la personne qu’on aime, les regards bienveillants de ses collègues et la possibilité de déconnecter complètement quand on en a besoin et que le calendrier le permet. La base, c’est aussi d’être bien entourée, de savoir que son entourage a compris. Une charge mentale, sans forcément être maman ou dans une difficulté particulière, c’est possible. Un burn-out de bonheur, ça arrive. Il faut juste savoir ralentir, s’offrir des bouffées d’air et accepter l’idée qu’on ne peut et qu’on ne doit pas tout contrôler. Et vous savez quoi ? On en dort mieux et on en tire une meilleure productivité !