Pour conclure une année 2020 qui restera dans les annales comme l’année de la « résilience » — Am I right? (Ai-je tort, ndlr), Nike et Zalando partent à la rencontre d’une femme bien dans ses baskets, une femme inspirante, indépendante, créative, battante et impossible à mettre dans une case tant son style et sa personnalité débordent de tous les carcans. Son animal totem ne serait-il pas le caméléon ? 

B comme Badass, B comme Bald, B comme Beauty, ou @bcommebea sur Instagram, Beatrice Rose porte son blaze comme un étendard et son crâne rasé, parfaitement chauve, avec fierté. Son style qu’elle orchestre selon son humeur est à l’image de son parcours jalonné d’émotions fortes, d’intuitions, d’introspections, de triomphes et de bienveillance. Zalando, le géant du e-commerce européen et Nike, la marque de sneakers qu’on ne présente plus, ne s’y trompent pas : Béatrice Rose est une personnalité à suivre et à soutenir car elle parle à toutes les femmes. « Il n’y a pas d’erreurs, il n’y a que des leçons à tirer », lance-t-elle avec aplomb. Une nana rayonnante quoi, dont le coup-de-coeur pour la Nike Blazer ’77 SE fut une évidence tant cette paire est versatile, indémodable et iconique. What else? Paulette a eu la chance de rencontrer la créatrice du mouvement @goodgirlsgonebald, une plateforme grâce à laquelle notre « bald beauty » badass préférée (beauté chauve et badass », ndlr) a su faire de sa singularité non seulement une force, mais aussi une source d’inspiration pour des milliers de femmes. 

Entretien

« Un soir, j’ai rasé mes cheveux après une coloration foirée et une santé mentale au fond du gouffre. Je l’ai fait sans réfléchir, loin de me douter que cet acte allait me libérer d’une charge mentale énorme. »

Béatrice Rose

PK pour Paulette : Pourquoi avoir créé le compte @goodgirlsgonebald ?

Béatrice Rose : Pour être honnête, je pense n’avoir jamais vraiment aimé mes cheveux, ou alors ce fut un amour toxique ! A l’école, mes camarades avaient quasiment toutes les cheveux lisses, qui volent au vent comme dans les pubs, et qui, d’apparence, semblaient faciles à coiffer. Je les enviais. J’enviais cette possibilité de ne pas avoir à passer une journée entière à se coiffer. J’enviais ce privilège de ne pas être considérée(s) comme étrange(s). Ma culture à moi était méconnue des autres. J’aurais préféré me fondre dans la masse, paraître plutôt que d’être. En somme, j’étouffais mon identité : je ne voulais surtout pas parler avec un accent, sortir de chez moi avec les cheveux trop crépus, ou avec des poils sur les jambes et sous les bras. Je ne voulais tout simplement pas attirer l’attention sur moi. En grandissant et à mesure que mon identité s’égarait, mon masque devenait de plus en plus lourd à porter. Mon orientation sexuelle, ma couleur de peau, mes origines, mon genre, tout ça. C’est comme si j’essayais de faire rentrer des carrés dans des ronds ! Puis, un soir d’octobre 2017, j’ai rasé mes cheveux après une coloration foirée et une santé mentale au fond du gouffre. Je l’ai fait sans réfléchir, loin de me douter que cet acte allait me libérer d’une charge mentale énorme. 

« Good Girls Gone Bald célèbre la beauté des femmes et des personnes au crâne chauve par choix ou non, parce que chaque personne est unique et mérite d’être célébrée ! »

Béatrice Rose

Je n’ai pas adopté la coupe rasée très court facilement. Il m’a fallu apprendre à apprivoiser mon image dans le miroir et adapter mon style à celle que je suis vraiment. C’est un voile qui s’est levé et une nouvelle image de moi-même qui est apparue, comme un phœnix qui renaît de ses cendres. Cette aventure m’a ouvert les yeux sur qui je suis et la façon dont je me traitais depuis tout ce temps. Je n’ai jamais autant aimé mes cheveux maintenant que je n’en ai plus. Car je sais qu’aujourd’hui je vais pouvoir honorer cet héritage. C’est pourquoi j’ai créé le média Good Girls Gone Bald, une page qui célèbre la beauté des femmes et des personnes au crâne chauve par choix ou non. Pour moi, c’est une communauté qui n’a pas peur des barrières imposées par la société, une famille dans laquelle on partage son histoire à travers des témoignages, parce que chaque personne est unique et mérite d’être célébrée ! Alors dis moi, quelle est ton histoire ? Spoiler alert : nous préparons un court métrage intitulé « Renaissance », basé sur mon témoignage. Stay tuned!

« Désormais, je n’ai plus peur d’oser différents styles vestimentaires et capillaires : mon corps, mon look, mes idées sont devenus des espaces de liberté et d’amusement. »

Béatrice Rose

PK : Quel a été ton parcours personnel vers la célébration de ta beauté « bald » (chauve, ndlr) ?

B : Les cheveux occupent une place énorme dans notre vie : leur entretien, leur longueur en disent long sur nous. Ce n’est pas pour rien que les archéologues se basent sur les cheveux pour identifier certaines civilisations ! Dans mon cas, ils représentaient, inconsciemment, une bombe à retardement. En rasant mes cheveux, j’ai dû déconstruire tout ce que je pensais connaître de moi. Ma mère me disait souvent, « Si tu mens aux autres, tu te mens à toi-même ». Par conséquent, j’ai dû réellement me regarder dans le miroir pour faire faire face à qui je suis et accepter sans honte ni crainte ma personnalité. Le soutien et la bienveillance de mon entourage m’ont beaucoup aidé dans mon introspection. Je dois reconnaitre qu’avoir des personnes chics et saines de corps et d’esprit à mes côtés a fait toute la différence. Désormais, je n’ai plus peur d’oser différents styles vestimentaires et capillaires : mon corps, mon look, mes idées sont des espaces de liberté et d’amusement.

PK : Pourquoi est-ce important pour toi d’être soutenue par Nike et Zalando ?

B : Déjà, c’est un honneur et une bénédiction d’avoir ce soutien énorme. C’est aussi, je l’avoue, une petite revanche pour moi. Ça me prouve que se battre avec amour, bienveillance et passion finit par payer ! Je suis vraiment humblement touchée d’être en mesure de faire entendre ma voix ainsi que celle de mes Good Girls Gone Bald via des marques aux valeurs qui nous ressemblent. J’aimerais que mon expérience inspire d’autres femmes à se battre et à croire en elles. J’ai commencé modestement, enchaînant 3 à 4 shoots par jour sans rémunération. Et aujourd’hui, j’ai la chance d’être soutenue par Nike, Zalando et Paulette ! Comme dit ma grand-mère, « certains prennent l’ascenseur et d’autres les escaliers ». Alors continuons à monter les marches, à donner de l’amour, à soutenir notre entourage et à shiner, baby ! 

PK : Comment définirais-tu ton style personnel ?

B : Tu vois les caméléons ? Bah, c’est moi ! Je m’adapte à mes moods et à mes envies. Je suis très versatile : j’aime autant porter mes fringues que celles de mon mec. Je ne m’impose pas de limite, si j’aime je prends. En ce moment, je suis dans l’arc (référence manga) de ma vie, où je suis très tomboy ! 

PK : Quel est le look qui te caractérise le plus ?

B : Un look à la Tyler The Creator que j’aime mélanger à celui de Solange Knowles (pour petits budgets) dans mes jours girly. 

PK : Beatrice Rose a pleinement confiance en elle et se sent libre d’être elle-même quand..?

B : Autant toute seule qu’avec ma clique, mes copains, ma famille. Y’a rien de plus beau et de plus puissant que d’être avec des gens que t’aimes. Ce sont les personnes avec lesquelles je me sens le mieux ! 

« J’aimerais que l’on actualise l’image de la femme, que l’on s’intéresse davantage à la réalité. Le culte de la perfection est obsolète ! »

Béatrice Rose

PK : En tant que personne engagée, quelles sont les évolutions que tu souhaiterais voir apparaître dans notre société ?

B : Je ne pense pas être engagée, mais intéressée par le monde qui m’entoure et qui impacte mon quotidien ainsi que celui de milliards de personnes. Par conséquent, j’aimerais que la place de ma communauté noire soit enfin acceptée, que notre peau ne soit plus un fardeau aux yeux d’autrui, mais le fruit d’un magnifique héritage. J’aimerais aussi voir les mentalités se décomplexer sur la sexualité et l’amour en lui-même. Comme dit mon meilleur ami Adel, « Il n’y a pas de limites pour aimer quelqu’un », qu’importe ton orientation sexuelle ou ton genre, ce n’est pas un crime de vouloir autre chose que ce que la société nous présente comme cases et comme carcans. Enfin, j’aimerais que l’on actualise l’image de la femme, qu’on arrête de véhiculer des stéréotypes et que l’on s’intéresse davantage à la réalité : le culte de la perfection est obsolète. La top model Iman a dit, « I’ll be truly happy when we’re not counting the number of the ethnically diverse models on a fashion runway or campaign. When having a representation of the entire human race is the norm and not an exception » (« Je serai véritablement comblée lorsque ce ne sera plus nécessaire de compter le nombre de mannequins racisé.e.s sur les podiums de mode ou dans les campagnes de pub. Quand représenter la diversité du monde sera la norme et non l’exception », ndlr). C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je bosse en tant que mannequin (indépendant). Je casse les codes de l’image d’un mannequin : je suis trop petite, pas assez claire, « mal fagoté ». Mais pourtant, je suis là aujourd’hui, je persévère et ne compte pas m’arrêter de ci-tôt. 

« Comme je me le répète souvent : il n’y a pas d’erreurs, il n’y a que des leçons à tirer »

beatrice rose

PK : Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à nos lectrices encore timides à l’idée de s’affirmer par leur look et leur beauté « bald » (chauve, ndlr) ?

B : Comme le dit si bien la marque Nike, « Just do it » ! Pas besoin de longs discours déjà entendus mille fois. Sens-toi libre de faire ce dont tu as envie dans la vie… LIKE FOR REAL (Pour de vrai, ndlr) ! Et comme je me le répète souvent, « never a mistake always a lesson » (« Il n’y a pas d’erreurs, il n’y a que des leçons à tirer », ndlr).  

PK : Merci beaucoup Béatrice !

La Nike Blazer ’77 SE, l’indéboulonnable sneaker qui traverse les générations, de la culture basket au skate en passant par la street, est à retrouver sur Zalando.fr.

Article de PK Douglas