« Mulan », « pak pak », « fleur de lotus », « l’hindoue », « bol de riz », « mangeuse de curry », « la bridée »… Si vous avez déjà entendu une femme asiatique se faire surnommer de la sorte, ou que vous l’avez vous-même fait, demandez-vous pourquoi cela ne vous a pas tant choqué. Le racisme anti-asiatique est très ancré dans la société française, il est de fait invisibilisé et tabou. Ce racisme ordinaire peut aller de surnoms moqueurs jusqu’à des agressions physiques, en passant par le mépris envers les personnes « asiatiquetées » et sud-asiatiques. Et c’est ce racisme que dénonce @sororasie.

IMAGE : @artboe

L’« Asiatiquetage »

Asiatiqueté.e.s – définition par @sororasie : « Perception franco-centrée de l’asiatique/chinois.e qui serait bridé.e, jaune, petit.e, nem, chinois.e, soumis.e, gentil.le, souriant.e, au petit sexe ou étroite… » Ce qui est dénoncé par ce terme, c’est l’essentialisation des personnes asiatiques et les clichés physiques qui en découlent.

Heureusement, des initiatives mettant en avant la diversité au sein des femmes asiatiques (cisgenre et transgenre) prennent de l’ampleur. Sororasie en fait partie.

Contre les clichés racistes

Le but est de lutter contre les clichés racistes en publiant des témoignages de remarques racistes, en partageant des contenus éducatifs visant à déconstruire les clichés racistes ou encore en soutenant des artistes et créateur.trice.s asiatiques. En créant une communauté de femmes asiatiques, @sororasie cherche à leur créer un safe place tout en dénonçant les actes racistes qu’elles subissent.

Par ailleurs, les femmes asiatiquetées étant souvent l’objet de fétichisations racistes sexualisantes et infantilisantes, se réapproprier leur beauté et leur apparence physique n’est pas toujours chose aisée. C’est dans une optique d’empowerment panasiaféministe (féminisme intersectionnel asiatique ayant pour but d’être inclusif) que @sororasie a récemment mis en place des ateliers shooting photo, afin de montrer la diversité, la beauté et la puissance émanant des femmes asiatiques.

PHOTO : @sororasie

Une diversité asiatique souvent invisibilisée

L’objectif de Sororasie étant de montrer la diversité parmi les femmes asiatiques, le compte aborde aussi le sujet des discriminations subies par les femmes non-asiatiquetées et pourtant bel et bien asiatiques. Les femmes indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, et plus généralement provenant de l’Asie du Sud sont souvent invisibilisées parmi la communauté asiatique, car elles ne sont pas perçues comme étant asiatiques. Cette perception renvoie une nouvelle fois à la vision simplifiée de l’Asie qu’ont souvent les occidentaux.ales, et témoigne d’une méconnaissance et d’un certain désintérêt pour la diversité asiatique.

Bravo donc à cette belle initiative qui permet d’aborder ces sujets trop souvent tabous et ignorés !

Article par Inès Paiva

Des images d’archives, des interviews et des chiffres, voilà ce que le documentaire 13th nous apporte. Un éclairage plus que nécessaire dans ce contexte toujours aussi tendu où les discriminations raciales persistent. 

Ava DuVernay sortait en 2016 le documentaire 13th pour comprendre l'origine des discriminations envers les Afro-Américains.
Ava DuVernay sortait en 2016 le documentaire 13th pour comprendre l’origine des discriminations envers les Afro-Américains.

Ce documentaire a été réalisé par Ava DuVernay il y a de ça quatre ans. Disponible depuis 2016 sur Netflix, il permet de comprendre les origines de la discrimination des Afro-Américains. Un documentaire a regardé de toute urgence. Après le décès de Georges Floyd, l’éclairage qu’il nous apporte est criant de vérité. Avec ça, impossible de nier le racisme ! Pour s’assurer que tous aient accès à 13th, Netflix l’a mis en accès libre sur sa chaîne Youtube. 

13th, un titre bourré de sens 

Ava DuVernay n’a pas choisi le titre de son documentaire au hasard. 13th, c’est une référence parlante au 13e amendement de la Constitution américaine. Promulgué en 1865, il octroie la liberté à tous les citoyens américains exceptés à ceux qui commettraient des crimes. Si aujourd’hui on retient cet amendement comme étant la fin de l’esclavage, le documentaire en montre ses failles.

Alors nous voilà plongés dans une réalité qui nous a échappée : l’élite blanche avait besoin de cette population Noire pour faire fluctuer les affaires. De là en découlent des arrestations de masse contre les Noirs alors que les délits pour lesquels on les inculpe n’avaient rien de comparable à un crime – comme spécifié dans le 13e amendement. 

Un documentaire qui retrace l’histoire

Si 13th met en avant un système carcéral et pénal stigmatisant envers les Afro-américains, il puise aussi dans l’histoire des États-Unis. Oui, ce pays où l’on y vit soi-disant « l’American Dream » a engendré une image négative de cette communauté. Le monde de la culture, et plus particulièrement le cinéma, a mythifié la délinquance des Noirs et les a représentés toujours de manière péjorative. Exemple stupéfiant avec Birth of a Nation où les Noirs y sont humiliés et représentés comme des animaux sauvages ou comme des monstres. 

Peu à peu, nous avons laissé ces stéréotypes s’ancrer dans nos quotidiens et nous avons donc volontairement fait le choix de laisser place au racisme. Ce documentaire est une réelle claque, une manière de s’éduquer par l’histoire, par les faits et par les chiffres. Mais après avoir visionné 13th, il est important de ne pas se contenter de fermer l’écran de son ordinateur. Il est temps d’agir pour abolir ce système raciste ! 

Retrouvez le dès à présent sur Netflix ou sur Youtube !

Article de Nina Hossein.

Hier, vous étiez nombreux.ses dans les rues pour manifester contre le racisme, contre les violences policières. Sous l’impulsion du comité pour Adama, @laveritepouradama. C’était fort, mais ce n’est pas tout.

Douce Dibondo brandissant sa pancarte dont le slogan est inspiré du titre du recueil de poèmes de Kiyémis

Osez agir !

Si vous en sentez capable, participez à d’autres manifestations ; si vous le pouvez, faites des dons (auprès du mouvement Black Lives Matter, par exemple, ou de la famille Traoré). Signez, aussi, des pétitions – comme celle-ci, qui témoigne du refus de la loi visant à empêcher la diffusion des images de violences policières.

Mais ce n’est toujours pas tout.

Soutenez celles et ceux qui font un travail énorme au sein d’associations et de collectifs, mais aussi sur des comptes Instagram et Twitter – qu’on ne manquera pas de relayer. Lisez, écoutez ce type de podcast, regardez des docus. Partagez, repostez les ressources mises à votre disposition. C’est un excellent moyen pour vous éduquer et aider les autres à s’éduquer.

I’m not Black, but…

Si vous êtes non racisé.e, dès que vous entendez une personne tenir des propos racistes, reprenez-la. D’ailleurs, si vous êtes préparé.e, si vous êtes bien renseigné.e, vous aurez ainsi la répartie nécessaire pour remettre cette personne à sa place.

Souvenez-vous, quand vous étiez plus jeune : combien de fois avez-vous entendu des blagues racistes ? Combien de fois avez-vous été témoin de racisme ordinaire ? C’était tous les jours, hein ? Quelle violence ! On vous propose de méditer là-dessus. Puis de ne plus jamais cautionner ce genre de propos et de les faire taire.

Cependant, ne monopolisez pas la parole, ne parler pas à la place d’une personne concernée. Ne hiérarchisez pas non plus les oppressions.

Et n’hésitez pas à vous remettre en question : quand avez-vous été gêné.e de parler du #BlackLivesMatter et pourquoi ? Pourquoi relayer des infos sur les marches pour le climat et contre les violences faites aux femmes (ce qui est une très bonne chose), mais être mal à l’aise à l’idée de relayer celles contre le racisme ? Et vous, quand avez-vous été raciste vous-même ? Soyez conscient.e de vos privilèges et condamnez-les. Déconstruisez-les, déconstruisez vos comportements.

Dernière chose ! Comme le dit si bien Grace Ly dans Kiffe Ta Race, qui ne dit mot consent. Quand on ne réagit pas face à l’oppresseur, c’est qu’on se range du côté de l’oppresseur. Ne pas être raciste ne suffit pas, il faut être activement, inlassablement anti-raciste

Article de Juliette Minel