Si le confinement a parfois eu du bon pour le repos et l’évasion spirituelle, l’enfermement a aussi pu réveiller ou accentuer certaines angoisses, jusque-là, parfois en sommeil. Une pandémie, un isolement, une hyperproductivité, une pression accrue, des incertitudes, des pensées en roue libre : sans crier gare, les angoisses étaient là.

Illustration @ccdesignart

Un temps anxiogène

Les symptômes d’angoisse sont divers et variés. Nous pouvons nous réveiller en pleine nuit, et manquer d’air. Partir dans nos songes, et réaliser que notre rythme cardiaque s’emballe. Être en nage. Trembler, pleurer, être apeuré.e. Avoir des nausées, des vertiges, des maux de tête et des douleurs dans tout le corps. Une chose est sûre : ces derniers mois n’ont pas été propices à leur disparition. 

Lucie Brémeault, jeune Parisienne de 30 ans, écrivaine, photographe et anxieuse depuis des années, revient sur ses premières semaines de confinement, pas toujours bien vécues. « J’avais un point dans le dos, dans la gorge et d’énormes difficultés respiratoires. J’étais persuadée d’avoir attrapé le Covid, tout simplement car ces symptômes m’étaient étrangers. J’ai parlé avec un médecin et même le Samu, qui eux n’étaient pas inquiets. Mais rien à faire pour me faire changer d’avis. » 

Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé, le rappelait début mars : « Il est normal de se sentir stressé.e, perdu.e ou apeuré.e durant une crise ». La situation actuelle, que nous soyons confiné.e.s ou déconfiné.e.s est anxiogène, c’est un fait. 

Cohabiter avec un virus insaisissable, digérer l’information qui, tous les soirs, nous dévoile le nombre de décès de la journée, ce n’est pas anodin et ça laisse des marques. « Cette période de « danger » sanitaire renforce l’idée qu’il va nous arriver quelque chose, que nous allons probablement mourir. Je pense que les gens souffrant d’anxiété ont besoin de se sentir rassurés, de savoir que “tout va bien aller», assure la jeune femme. 

Prendre du temps pour soi, respirer 

Alors, que faire quand l’angoisse décide de s’implanter ? Bon nombre d’activités étant toujours restreintes, Lucie conseille tout ce qui pourrait apaiser, en réalisant une gymnastique créative. « Ce qui m’aide en ce moment, c’est de jouer à des jeux vidéos ! J’ai massacré plein de gens en ligne et ça fait du bien, ça détend (Rires) ! Prendre des bains, jouer avec mes chats, prendre des photos (des autoportraits pour le coup), essayer de faire du art latte (découvrir que je n’y arrive pas), faire du ménage, nettoyer des trucs bien sales à l’eau de javel (comme la poubelle), faire du tri, faire des siestes en s’endormant devant un dessin animé, préparer des produits de beauté maison… »

Il peut aussi être essentiel de parler de ses angoisses avec quelqu’un : à un.e ami.e, de la famille, son ou sa partenaire, un.e professionnel.le ou des groupes d’écoutes. Pas très loin sur la sphère virtuelle, des comptes dédiés à l’anxiété, pendant cette pandémie, se déploient. Parmi eux, Corona_Anxieux_United, invitant à prendre la parole si besoin. 

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Envisager « l’après » 

Et s’il est important de se prémunir, c’est que tôt ou tard, nous allons rebondir. En France, l’annonce du déconfinement a été teintée de soulagement, mais aussi d’inquiétudes et d’angoisses. Certaines personnes semblent avoir repris le cours de leur vie, du moins, en apparence. Le télétravail reste souvent de mise et beaucoup décident de rester confinées et de limiter allées et venues. Comme coincé.e.s entre deux mondes, il serait normal d’être perdu.es.

L’isolement, l’injonction à l’hyperproductivité, les phénomènes de violences ont pu laisser des traces pendant le confinement. Se préserver, aller à son rythme face à ce retour progressif de la vie, reste la meilleure des solutions. Ceci, Lucie ne le perd pas de vue. « Ne vous mettez pas la pression, ne vous forcez pas à participer à des choses parce que ça y est, on est enfin libre. L’excitation générale peut être source d’angoisse, car trop d’émotions à gérer d’un coup. Écoutez-vous, pensez à vous et retournez chez vous si vous en avez besoin, même si vous y avez passé deux mois durant. Là où vous devez être, c’est là où vous vous sentez bien. Point. » 

Article de Marie Le Seac’h