J’ai beau être féministe, égalitariste, tolérante et pleine d’espoir, quelquefois je n’y crois plus. Il y a des jours où les actualités, les gens autour de moi, les comportements et les réflexes inconscients me rappellent à une réalité certaine : je suis une femme et nous ne sommes pas tous égaux. Malgré les nombreux efforts et les avancés de notre société, ces jours-l, je perds espoir. Espoir que toutes les mentalités changent, que le sexisme ordinaire cesse, que les blagues déplacées ne soient plus qu’un mauvais souvenir.

Lettre ouverte à vous, les alliés de mon quotidien, inconscients de l'être. 
Crédit : Toa Heftiba on Unsplash
Lettre ouverte à vous, les alliés de mon quotidien, inconscients de l’être.
Crédit : Toa Heftiba on Unsplash

Sexisme banalisé

Récemment, lors d’un dîner avec des amis, il y a eu cette moquerie. Alors qu’une jeune maman se confiait sur la charge mentale, trop pesante, qu’elle endure toujours suite au confinement, son mari a ri. Devant tout le monde, il a rétorqué : « tu es bien contente que je ramène de quoi vivre, c’est normal que j’apprécie avoir le repas prêt en arrivant ». Elle est en train de perdre son emploi pour garder ses filles à la maison.

Hier, j’écoutais un podcast d’Arte Radio au sujet de ces hommes d’un certain âge qui refont leur vie en Thaïlande avec de -très- jeunes femmes. L’un témoignait, pour justifier son choix. Il a dit : « De toutes façons après un certain âge, les femmes à la maison elles, ont plus envie de rien, alors qu’à cet âge les hommes, ce sont des chauds lapins, faut pas s’étonner après… ».

L’autre soir, en terrasse avec des amis, l’une d’entre elle et moi-même nous surprenons à ne pas rire à une blague sexiste, nous nous faisons la remarque. La phrase suivante, cette même copine s’exclame : « ça vaaa, nous les femmes ont a juste besoin que l’on s’occupe de nous comme des princesses ». Et il n’y avait aucune ironie dans sa phrase.

Mes alliés, inconscients de l’être

Alors, quelquefois je perds espoir. Mais il y a quelque chose qui me rappelle très vite à la raison : les alliés de ma vie. Ceux qui le sont, sans le savoir. Ceux pour qui il n’y a pas de différence. Ceux qui y croient, des fois plus que moi. SheToutCourt, dont on vous a déjà parlé chez Paulette, propose une définition simple du mot allié. « Dans le féminisme, un allié se défini comme une personne qui va apporter son soutien aux femmes en lutte. Il peut le faire en amplifiant leur voix et contribuer à les rendre plus visible. Le plus souvent ce sont les hommes qui se sentent concernés par les enjeux féministes qui seront définis comme alliés. »

Ma conception de ce mot peut donc paraître erronée, mais je suis convaincue qu’il y a des alliés, inconscients de l’être. Et il y a trois points qui qualifient un allié, selon moi. Ces points, sur lesquels ceux qui partagent ma vie, me réconfortent dans mes moments de doutes.

La déconstruction

Le combat féministe, c’est d’abord un chemin vers la déconstruction. La déconstruction d’une société sexiste où l’on nous inculque des habitudes et des valeurs discriminantes, que nous reproduisons sans en être pleinement conscient.e.s. Ce pour quoi j’aimerais remercier le plus grand allié de ma vie, c’est d’abord pour ses tendances à essayer de comprendre. De se mettre à la place des autres. De se tromper, et de s’en apercevoir, puis de rectifier. C’est cette réaction qu’il a quand il se rend compte de ce qu’il est en train de me demander à l’instant même où il formule « comment je pourrais t’aider pour laver l’ap… ». Il s’arrête avant la fin de sa phrase, et corrige. « Je vais laver le sol ce matin… »

L’écoute

Je pense que devenir un allié c’est aussi apprendre à écouter. Pour la simple et bonne raison que lorsque nous sommes un homme, nous n’avons pas les même expérience de vie qu’une femme. Comprendre le féminisme c’est aussi connaître ses dessous. Et inévitablement pour déconstruire le féminisme, il faut savoir de quoi il s’agit et donc écouter. Comme tous les grands maux du monde, le sexisme peut être guéri par l’éducation, par l’apprentissage.

Les actes

Chaque jours, dans les détails de mon quotidien je vois ces alliés inconscients de l’être. Encore plus depuis que j’ai cette chronique en projet. A la maison, je ne peux pas dire connaître la charge mentale, il m’arrive de penser pour deux, lorsque j’organise une journée spéciale par exemple, mais pas plus que celui qui partage ma vie. Je n’ai pas la sensation de faire le ménage, nous faisons le ménage… Il en va de même lorsque l’on va boire un verre ou manger avec des amis. A ce moment de la conversation ou quelqu’un dit « moi mon manteau de moto je l’ai pris rose, ça fait beaucoup plus fille ! », je l’entends soupirer en me regardant. Plus encore, c’est lui qui réagit à ces remarques insultantes qui marient stupidement le cycle hormonale d’une femme à ses humeurs, pas moi.

Mais il n’y a pas que la personne qui partage ma vie que je compte parmi mes alliés. Il y aussi cet homme dans le métro qui a attiré mon attention en haussant la voix. Face à lui il y avait un homme et une femme, probablement en couple. L’homme n’arrêtait pas de jeter des phrases désagréables sur le repas qui ne serait pas prêt en rentrant, sur les enfants qu’il ne voulait pas entendre du week-end, et sur ses vêtements de sport qu’il allait falloir laver (…). Celui que j’ai ajouté à ma liste d’alliés s’est mêlé à la conversation en s’adressant à la femme : « Tous les hommes ne sont plus comme ça, vous êtes dans la trentaine, vous n’allez pas finir votre vie avec cette pression, la charge mentale c’est plus trop tendance, pensez à vous. »

Je ne vais pas énumérer tous les exemples qui me viennent à l’esprit, mais cet homme dans le métro avait raison, la charge mentale, « c’est plus trop tendance ». Il y en a partout, des alliés, seulement, les sexistes se font plus entendre. Surtout ne perdons pas espoir, merci à vous, mes alliés inconscients.

Une chronique de Aurélie Rodrigo