Une fois n’est pas coutume, le gouvernement polonais a de nouveau tenté de durcir la loi contre l’avortement. En effet, ce jeudi 16 avril, une proposition de loi concernant l’interdiction stricte d’avorter en cas de graves malformations du foetus devait être votée. Les parlementaires ont finalement décidé de la renvoyer en commission.

Illustration de Giselle Matz

Une loi souvent mise en péril 

Après une tentative d’éviction totale de l’avortement en 2016, puis une remise en cause de la loi en 2018, le PiS, parti ultraconservateur à la tête du gouvernement polonais, a tenté une nouvelle percée. 

« Changer les choses avec des bouquets de roses » et profiter d’une pandémie pour faire passer des lois ? Ce n’est pas réellement le refrain qui se dessinait, et pourtant.

En Pologne, l’avortement est applicable légalement, sous trois conditions : en cas de probabilité de handicap ou de maladie incurable du fœtus, si la vie ou la santé de la femme enceinte est menacée, et si la grossesse est le fruit d’un viol ou d’un inceste. Cette première condition, est le motif donné pour plus de 95% des avortements légaux en Pologne. Interdire cette possibilité, entacherait donc gravement le droit à l’avortement dans ce pays. Et, c’est justement ce pan de la loi qui a une fois de plus été remis en question. 

Quels sont les arguments avancés par les parties prenantes ? « Je suis fermement opposé à l’avortement eugénique et je crois que tuer des enfants handicapés est tout simplement un meurtre. Si une loi sur ce sujet devait arriver sur mon bureau, je la promulguerais très certainement. », assure le président Andrzej Duda, dans un entretien au magazine catholique Niedziela.

Un confinement propice au remaniement législatif 

La période de confinement étant apparemment source d’inspiration, un second projet de loi « arrêtons la pédophilie », qui criminalise l’éducation sexuelle, a été traité et renvoyé lui aussi en commission. Ce dernier, assimilé à « l’homosexualité et à la pédophilie », attaque de plein fouet la communauté LGBTI et menace la protection de tout un chacun.

« Tenter de passer ces lois dangereusement régressives à n’importe quel moment serait une honte, mais d’en précipiter l’examen sous couvert de la crise liée au Covid-19 est impensable », a réagi la directrice d’Amnesty International Pologne, Draginja Nadazdin, dans un communiqué du 14 avril.

Illustration Anjali Mehta

Évidemment, à Varsovie, comme ailleurs, les rassemblements de plus de deux personnes sont interdits dans le centre. Cependant, piétons, cyclistes, et conducteurs n’ont pas hésité à braver le confinement pour manifester. D’autres ont choisi de brandir des pancartes du haut de leur balcon : « Mon vagin, c’est mon affaire »,« Bas les pattes de mon corps ». Du côté de la sphère virtuelle, des manifestations ont été lancées sous le hashtag #ProtestAtHome et une pétition en ligne s’opposant au projet de loi a recueilli plus de 700 000 signatures.

Ces dernières semaines, de nombreux droits humains et sociaux, comme celui à l’avortement ont été mis à rude épreuve. Si en France, les femmes sont soucieuses des conditions s’offrant à elles, aux États-Unis, certains États ont tout bonnement tenté de supprimer ce droit. Partout dans le monde, chaque personne se doit de disposer de son propre corps. Et aujourd’hui, la Pologne, l’un des pays ayant une des politiques les plus restrictives sur l’avortement, ne semble pas avoir dit son dernier mot. 

Article de Marie Le Seac’h