Au sortir de confinement on s’attendait à un nouveau monde où solidarité, respect des uns et des autres, mais aussi de la nature en serait les piliers. Une ère où l’injustice et l’inégalité n’y régneraient plus jamais. Et nous voilà pourtant toujours autant dans la tourmente. Dans celle des discriminations raciales. Mais partout, on entend qu’il est temps de faire vibrer plus fort certaines voix, de laisser davantage place à celles des Noirs, d’amorcer la déconstruction de notre pensée et de balayer pour de bon la suprématie blanche. Parce qu’il n’y a plus d’excuses, voici un tour d’horizon d’activistes pacifistes en lutte contre les discriminations raciales. 

 Parce qu’il n’y a plus d’excuses, voici un tour d’horizon d’activistes pacifistes en lutte contre les discriminations raciales.  Crédits : ©antidote.factory.
Après les manifestations à Paris pour dénoncer le racisme en France et les violences policières à l’encontre des Noirs, de nombreux activistes prennent la parole pour lutter contre les discriminations raciales. Crédits : ©antidote.factory.

Des artistes pour élever notre conscience

Si les mots ont parfois tendance à nous diviser, l’art est universel. Il parle un langage commun à toutes les populations et nous invite à réfléchir. Suite aux décès de Georges Floyd, aux manifestations massives et aux nombreuses prises de paroles quant au racisme et violences policières racistes, deux artistes ont fait le choix de nous interpeller à travers leurs œuvres. 

Sans surprise, Banksy utilise son talent afin de dénoncer les injustices qui règnent dans ce monde.  L’artiste a représenté un lieu de recueillement où l’on distingue une silhouette noire dans un cadre photo. Un drapeau américain flotte au-dessus tandis qu’une bougie allumée à la mémoire du défunt y propage doucement son feu. « C’est un problème de Blancs. Et si les Blancs ne le règlent pas, quelqu’un devra monter et enfoncer la porte » écrit-il sur son compte instagram.

https://www.instagram.com/p/CBFyA8iM15Y/

En France deux artistes ont frappé fort pour évoquer pacifiquement le cas des violences policières racistes. À Grenoble, Combo Culture Kidnapper a réalisé une fresque murale en face d’un commissariat. Un moyen d’évoquer pacifiquement le besoin urgent de lutter contre les discriminations raciales tout en pointant du doigt une institution et tout un système. 

https://www.instagram.com/p/CBAflS2D_li/

Le Street artiste JR a frappé fort de son côté à Paris avec un collage géant dans le 10e arrondissement. Cette œuvre rend hommage à Adama Traoré et Georges Floyd dont les yeux sont séparés d’une fissure. De l’art pour nous rappeler que nous devons lutter encore et toujours contre le racisme. 

https://www.instagram.com/p/CBORVlFI1Q1/

Aux mots s’accompagne la danse

Poser des mots sur la situation sur les émotions est somme toute très important. Mais pour dénoncer le racisme et la violence envers les Noirs, l’expression du corps vaut parfois tout autant que les mots. Mettre son corps en mouvement c’est déjà agir : brandir son poing en l’air et poser le genou au sol. Sortir dehors pour manifester et exprimer en marchant son désaccord quant aux inégalités raciales et sociales. Oui, il est aussi possible d’utiliser son corps pour évoquer pacifiquement le problème et c’est ce qu’a choisi de faire @larbrequipousse. Investi dans la lutte pour une écologie décoloniale, Sendo Raphaël Elota utilise l’art de la danse pour réclamer justice. Mais pas seulement, dans sa vidéo « Lettre aux Etats-(Dés)Unis » il y ajoute un slam pour accompagner ses mouvements de mots justes. 

Petit plus, le jeune homme a réalisé une IGTV et explique pourquoi le mot “Noir” est tabou. De quoi réfléchir nous aussi sur les mots que nous employons quotidiennement !

https://www.instagram.com/tv/B-Z2Zhyjofs/

Les influenceurs et comptes Instagram à suivre pour lutter ensemble contre le racisme

Ce combat nous devons le mener ensemble et ne pas nous diviser sur le sujet. Il est important de prendre conscience à la fois de ce problème de Blancs – qui ont construit un modèle valorisant pour les uns et discriminant pour les autres -, mais aussi de s’instruire et de s’éduquer sur l’histoire des Noirs et les discriminations qui en découlent encore aujourd’hui. Pour enfin endiguer ce système raciste institué par nos ancêtres colons, nous pouvons suivre @decolonisonsnous. Sur le compte @aimyt_, la jeune femme aborde la question raciale, mais aussi écologique et féministe. Elle allie à la perfection les combats pour construire à son niveau un monde plus juste et instituer une autre manière de penser. Enfin avec @la.charge.raciale, on éduque mieux sa pensée et on mène le combat antiraciste en libérant la parole de personnes non blanches !

Article de Nina Hossein.

Ava DuVernay est une réalisatrice afro-américaine. De part son identité, une femme afro-américaine, et les histoires qu’elle choisi de raconter, elle se bat pour les droits de sa communauté.

Ava DuVernay @ava sur Instagram

Il y a des stars de cinéma et des réalisateurs qui savent nous faire rire, sourire ou pleurer. Mais il y en a qui, en plus, nous poussent à réfléchir sur le monde qui nous entoure et nous inspirent. Ava DuVernay fait, sans aucun doute, partie de la seconde catégorie. Née en 1972 en Californie, elle est une réalisatrice, scénariste et productrice afro-américaine. Au cours de sa carrière, elle n’a jamais manqué de représenter des personnages afro-américains et de raconter leurs histoires. Elle prouve ainsi, à tous ceux qui auraient pu le contester, que leur voix vaut la peine d’être entendue.

Une carrière non attendue

Ava DuVernay n’avait pas prévu de travailler dans l’industrie cinématographique. Elle étudie la littérature anglaise et les études afro-américaines à UCLA (l’Université de Californie à Los Angeles). Elle veut travailler dans le journalisme et est chargée de couvrir le procès pour meurtre d’O.J. Simpson lors d’un stage pour CBS News en 1995. Cependant, elle décide rapidement de se tourner vers les relations publiques. Elle travaille alors comme publiciste pour plusieurs compagnies dont 20th Century Fox avant d’ouvrir sa propre agence de relations publiques, The DuVernay Agency, en 1999. Elle travaille surtout pour l’industrie du divertissement et, dans les années 2000, elle participe à des campagnes de marketing pour des films tels que Dreamgirls.

Elle se tourne vers la réalisation

En 2006, elle réalise un premier court métrage intitulé Saturday Night Life, sur une mère célibataire et inspiré par les expériences de sa propre mère. Elle se consacre alors au cinéma et en 2008, elle écrit, produit et réalise son premier long métrage documentaire, This is Life, sur le hip-hop. Elle réalise ensuite quelques documentaires musicaux ainsi qu’un documentaire sur l’ouragan Katrina.

In 2010, her first feature fiction was called I Will Follow and inspired, this time, by her aunt. It focuses on grieving and coming to terms with the death of a loved one. The same year, because she had troubles with finding financing for her movie, she created her own distribution company, ARRAY. Originally called the African-American Film Festival Releasing Movement, it aims at helping African-American and female storytellers.

En 2010, son premier long métrage de fiction s’intitule I Will Follow et est inspiré, cette fois, par sa tante. Il met l’accent sur le deuil et l’acceptation de la mort d’un être cher. La même année, parce qu’elle ade la difficulté à trouver du financement pour son film, elle crée sa propre compagnie de distribution, ARRAY. Appelée à l’origine African-American Film Festival Releasing Movement, elle vise à produire des histoires réalisées par la communauté féminine et afro-américaine.

Une militante qui raconte des histoire qui comptent

Rien qu’en étant une réalisatrice afro-américaine à Hollywood, Ava Duvernay change l’histoire. En 2012, son deuxième long métrage Middle of Nowhere – sur la femme d’un homme emprisonné – lui fait remporter le prix de la réalisation dans la compétition dramatique américaine au Sundance film festival. Elle devient ainsi la première femme noire à remporter ce prix. Deux ans plus tard, avec le film Selma, elle est la première femme noire nommée pour le prix du meilleur réalisateur aux Golden Globes, et la première réalisatrice noire à voir son film nommé pour le meilleur film aux Oscars. Selma raconte l’histoire de Martin Luther King Jr. et des marches de Selma à Montgomery en 1965.

En 2017, elle est nommée pour l’Oscar du meilleur documentaire pour 13th, un long métrage documentaire dans lequel elle discute des impacts durables de l’esclavage sur la discrimination à laquelle les Afro-Américains font encore face aujourd’hui, en particulier dans le monde de la prison. Le nom du documentaire provient du 13e amendement à la Constitution américaine qui a aboli l’esclavage aux États-Unis.

En 2018, elle réalise le film A Wrinkle in Time pour Disney. Bien qu’il ne s’agisse ni d’un succès critique ni d’un grand succès commercial, elle est la première femme afro-américaine à réaliser un film qui a rapporté au moins 100 millions de dollars aux États-Unis. La même année, elle fait partie du Jury du 71e Festival de Cannes alors que l’actrice Cate Blanchett en est la présidente.

https://www.youtube.com/watch?v=u3F9n_smGWY

When They See Us

En 2019, elle sort sur Netflix une série documentaire intitulée When They See Us, sur les « Central Park Five ». Elle a créé, co-écrit et réalisé la mini-série sur l’affaire du jogger de Central Park de 1989. Cinq adolescents de minorités ethniques ont été accusés et condamnés à tort pour avoir agressé sexuellement une femme blanche à New York. Après avoir vu Selma en 2015, l’un des 5 hommes a contacté Ava DuVernay sur Twitter, espérant qu’elle raconterait leur histoire. Bien que les preuves ADN aient prouvé leur innocence (et que le criminel ait avoué) en 2002 et qu’ils aient gagné un procès pour condamnation injustifiée en 2014, la série les a aidés à gagner le procès d’opinion publique. When They See Us a remporté un total de 16 nominations aux Emmy Awards.

Ava DuVernay a réussi à se faire une place dans une industrie qui ne favorise ni les Afro-Américains ni les femmes réalisatrices, loin de là. On espère qu’elle n’a pas fini de raconter des histoires qui ont besoin d’être racontées, de faire la lumière sur des questions importantes et d’inspirer les jeunes filles noires du monde entier.

Article par Juliette Cardinale