SOPHIE LETOURNEUR : L’ART DE LA MISE EN SELLE

Photo : Vincent Courtois

Un pur concentré d’énergie : tel est La Vie au ranch de Sophie Letourneur qui, dans un premier film stimulant, observe un groupe de filles de 20 ans à un moment charnière de leur vie, celui où l’insouciance cède face à la gravité des premiers choix d’adultes. Largement autobiographique, ce récit nous a donné envie de mieux connaître son auteur, une belle nostalgique de 32 ans.
 
Longue silhouette vêtue de noir, Sophie nous reçoit chez elle, santiags aux pieds, un détail qui fait mouche, au regard du titre de son film, La Vie au ranch. Pour un peu, on se croirait dans le décor de son long métrage qui compte parmi les plus belles réussites cinématographiques de l’année. Le « ranch », c’est cet appartement cocon, au centre de la vie d’un groupe de filles, à l’âge des premiers renoncements.

Avec un sens consommé du détail, cette plasticienne de formation (elle a fait l’école d’arts appliqués Duperré à Paris) décrit la dislocation progressive et inéluctable d’une amitié, vécue sur le mode collectif. La justesse inouïe des dialogues et des situations doit beaucoup aux archives vidéo et aux enregistrements de conversations que la réalisatrice a accumulés pendant ces années d’études : « À cette époque, j’ai fait pas mal de films un peu documentaires, sur le mode de vie des gens et j’ai glissé du portrait en peinture au portrait en super 8. J’ai commencé à toucher à l’image en mouvement comme ça. Après, j’ai fait les Arts déco en vidéo. J’ai commencé à être plus technique, notamment sur le son. » Lequel revêt une importance cruciale dans le film puisque Sophie Letourneur donne à entendre sinon des voix, mais surtout la voix du groupe : « Depuis les Arts déco, je m’intéresse au rythme des conversations, à la mélodie du langage. Je n’écris pas des dialogues, je les compose plutôt, en fonctionnant beaucoup à l’oreille et de manière intuitive. »

Après avoir essuyé quelques échecs dans des projets plus ou moins tirés par les cheveux, elle rencontre son futur producteur, qui produira son premier court-métrage, La Tête dans le vide, réalisé sans budget et avec ses copines. Le film connaît une belle carrière dans les festivals et la belle enchaîne avec deux moyen-métrages, Manue Bolonaise et Roc et Canyon, également remarqués. Elle écrit La vie au ranch peu après la naissance de sa fille. C’est, pour elle, une manière de solder une époque révolue : « J’avais besoin de ce film, c’était une forme de deuil. C’est la petite boîte où se trouve un certain moment de mon existence. Je l’ai ouverte une dernière fois et j’ai tout ressorti. Ça m’a aidée à la fermer complètement. » Elle s’avoue volontiers nostalgique – « ça se voit dans mon film » – et se dit aujourd’hui sur le chemin de l’autonomie : « J’apprends enfin à être indépendante mais c’est long et compliqué. Ce sera sans doute l’objet d’un prochain film. » Son nouveau projet ? Un conte moderne qui parlera précisément, tout en s’écartant de la veine autobiographique de La Vie au ranch, de cet état intermédiaire de la féminité.

Une princesse avec des santiags aux pieds ? Voilà comment on pourrait définir cette réalisatrice au regard affûté et sur qui le cinéma français devra dorénavant compter.  

Interview filmée de Sophie Letourneur



LE FILM

La Vie au ranch :: Sophie Letourneur

avec Sarah Jane-Sauvegrain, Eulalie Juster, Mahault
Mollaret…

En salles depuis le 13 octobre

LE FACEBOOK DU FILM (ici)

BONUS PAULETTE 
La belle bouille de Benjamin Siksou, notre chouchou !



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