SHIT BROWNE EN MODE MADCHESTER


Photo : Yann Stofer, retravaillée par Paulette.




Il n’y a pas si longtemps, Paulette a bu un demi citron à Strasbourg Saint-Denis avec Seb le chanteur et Thibaut le synthé de Shit Browne, le groupe pop à suivre de près. 

Il faut dire qu’elle les avait à l’œil les Shit Browne, depuis que Mondkopf les lui avait recommandés lors de son 5 à 7 sur le blog de l’Atelier. Rencontre.

Paulette : Shit Browne ? C’est quoi ce nom de m***e ?
Seb : On a décidé de ne plus trop en parler… C’est un nom de famille, avec effectivement une fratrie au milieu, mon frère et moi (Denis Browne, ndlr), mais on a tous adopté le même patronyme, Browne.
 
Thibaut : C’est un peu comme Rémi sans famille, ma famille à moi, c’est celle que j’ai choisie !

En tout cas vous ne faites pas du tout de la m***e, on dit même que vous avez réactivé le courant Madchester, pouvez-vous nous décrire vos influences ?
Thibaut : Nos influences ne sont pas directement celles de la scène de Manchester. En fait, on a les mêmes influences que cette musique-là. Par exemple, je suis plus marqué par la scène de Sheffield, plus expérimentale… Malgré tout, il y a des racines communes, ça va de la soul à de la house de Chicago, en passant par une indie pop la plus pure des 80’s et 90’s qu’on écoutait quand on était ados et qu’on continue d’aimer aujourd’hui. Mais il y a aussi du rock steady qu’on écoutait juste avant l’interview. Donc on est plus variés que ce que l’on dit souvent de nous : on ne fait pas du Madchester une Église, simplement on retrouve les mêmes influences que les groupes qu’on a admirés quand on était ados.

Quels sont ces groupes ?
Thibaut : Par exemple, les Happy Mondays. J’aime aussi le côté plus expérimental mais aussi blues très classique de M.O.S Cream, c’est un son très riche, un groupe qui allait dans tous les sens et qui nous interpelle à chaque fois. Aussi bien dans des choses purement électroniques et synthétiques que dans des sons plus roots, plus terreux.

Lorsque l’on écoute votre album (Every Single Penny Will be Reinvested in The Party), chaque morceau semble avoir une vie et des influences propres. Comment travaillez-vous, peut-on attribuer chaque sonorité à un membre du groupe en particulier ?
Thibaut : Les morceaux n’ont pas d’origine précise, chacun arrive avec deux-trois accords, des idées, parfois simplement un concept, et au fur et à mesure le morceau se compose. Finalement, ça reste assez cohérent. Jamais personne n’impose un morceau aux autres. On se laisse toujours plein de chances et de portes ouvertes.
 
Seb : Il y a des morceaux que j’aime beaucoup, d’autres que j’aime moins, mais il faut garder en tête que c’est un premier disque et que chacun est arrivé avec des morceaux composés qui existaient déjà, donc on peut voir ça comme une sorte de compilation. Ça n’a pas été conçu comme un ensemble.

Seul le morceau Eternal Love est sans paroles, pourquoi ?
Thibaut : C’est un interlude, un peu comme si l’on écoutait un vinyle, c’est le joint entre les deux parties de l’album. C’est le moment lounge de l’album, le moment chill out. (…) Le silence est un moyen de s’exprimer comme un autre. C’est vraiment un moment extatique et extasié, un peu comme lorsqu’on se réveille à 10h du mat’ sous un soleil de plomb et que l’on s’aime tous parce qu’on est sous X. Teilhard de Chardin disait la même chose dans sa théorie du Noos. C’était un philosophe jésuite et antropologue. Il voyait les hommes reliés par un inconscient collectif, mais aussi par l’amour. Pour lui, tous les humains raisonnent par l’amour.

Seb : Ce n’est pas une vision romantique de l’amour, mais quelque chose d’universel.

La drogue fait-elle partie de votre processus créatif ?
Seb : On en prenait comme tout le monde à l’adolescence car c’est quelque chose d’important à ce moment-là. Maintenant, on est vieux alors on est plus tranquilles. On fait de la pop de trentenaires (rires).
 
Thibaut : Ça fait partie des expériences qui nous inspirent, qui font notre musique. Mais ça n’est pas un élément déclencheur seul, c’est un ensemble de choses qui accompagne ce processus.
 
Seb : C’est un peu une catharsis. Ce n’est pas un filtre en soi mais un filtre parmi d’autres, comme à peu près tout !
 
Thibaut : C’est vraiment quelque chose de festif, de toute façon je pense qu’il y a peu d’artistes qui peuvent vraiment composer en étant drogué. Notre musique est destinée à accompagner le trip. La drogue est considérée comme quelque chose de dangereux pour un individu lambda alors que je pense que c’est davantage une expérience en soi. On en fait tout un patacaisse pour rien ! Ça devrait être appréhendé comme prendre des verres. On ferait mieux de mettre en place une éducation aux drogues, comme on le fait pour l’éducation sexuelle au collège et on éviterait beaucoup de dérives.

Et en politique, quelle est votre sensibilité ?
Seb : On est cinq dans le groupe et on représente un éventail assez large à gauche, des anarchistes à l’extrême-gauche…
 
Thibaut : C’est un peu Pif Gadget, y’a des Pif et y’a des Hercule (rires) ! Pour moi, le vote n’est pas représentatif d’une conviction personnelle. Il incarne le paroxysme du moment politique chez une personne. Ça a toujours eu peu de poids en République et ça en a de moins en moins. Par ce geste, on se décharge de ses obligations civiques. Ça ne reflète pas un positionnement, on peut avoir un quotidien plus ancré dans des habitudes de gauche et voter à droite, et réciproquement.

Quand est-ce qu’on va pouvoir vous voir en concert ?
Thibaut : On a une tournée en Angleterre en décembre, ça s’annonce plutôt rigolo avec pleins de potes qui nous accompagne en minibus !
 
Seb : Ils prévoient notamment de se déguiser (rires).
 
Un deuxième album en route ?
Seb : Pas dans l’immédiat. On est dans une phase de recherche, on va vers quelque chose de plus cohérent, de plus personnel. Contrairement au premier album, on va faire émerger la vraie personnalité au groupe. Faire quelque chose de plus ramassé.

Bon, et elle a lieu quand cette party ?
Thibaut : En anglais, "Party" c’est aussi le parti politique. Faire la fête c’est aussi être en réaction au consumérisme. C’est un gâchis utile ! Si on avait 1 million d’euros, on ferait une grosse fête qui en consommerait l’intégralité !

Seb : Jusqu’à 45 ans ! 45 ans, je trouve que ça sonne bien.

Découvrez-les en live – Electronics (à l’International)

 
 



SHIT BROWNE :: Every Single Penny Will Be Reinvested in The Party

Asphalt Duchess

2010

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