SENSITIVITY READERS, QUÉSACO ?

Sur les réseaux sociaux, dans les médias, autour de nous, on entend de plus en plus parler de sensitivity readers. Mais qu’est-ce que c’est, exactement ? On a demandé à Morgan Noam, qui exerce ce métier en parallèle de son activité de thérapeute.

S’il n’existe pas de définition officielle (qui sait, peut-être dans l’édition 2022 du Petit Larousse ?), tous les médias s’accordent plus ou moins : un·e sensitivity reader relit des textes et pointe du doigt des définitions erronées et des contenus potentiellement offensants pour les minorités. Selon Néon, par exemple, un·e sensitivity reader est « une personne qui va détecter dans un manuscrit les éléments qui véhiculent des stéréotypes racistes, homophobes, grossophobes…, et qui pourraient offenser les personnes issues des minorités. » Métier nouveau – en France du moins –, il reste très méconnu et souvent incompris. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il est surtout démocratisé dans les milieux de l’édition et du cinéma.

Une des premières à avoir exercé ce métier s’appelle Patrice Williams Marks. Pour l’ADN, elle revient sur son parcours. Tout commence en 2001, aux USA, année et pays qui marquent les débuts de ce métier. Longtemps scénariste et réalisatrice, elle commence à relire le script d’ami·es à elle, particulièrement en ce qui concerne la représentation des personnages racisés. Mais ce n’est que depuis 6 ans que le mot « sensitivity reader »existe. En France, on commence à en parler (seulement) en janvier 2020 – et ce, dans des termes très négatifs. Pour mieux comprendre, on a posé quelques questions à Morgan Noam, psychothérapeute et sensitivity reader à plein temps. Rencontre et explications.

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Image d'illustration - © Surface

Bonjour Morgan, comment vas-tu ? En plus de ton activité de thérapeute et de formateur en diversité de genres et sexualités, tu es également sensitivity reader. Qu’est-ce que c’est, selon toi ?

Bonjour Clémence ! Ça va, merci. Être sensitivity reader, c’est assurer une safe place pour le lectorat. En tant que relecteur·rices sensibles, nous sommes là non pas pour censurer le discours mais pour repérer les éventuels biais racistes, sexistes ou encore LGBTQIA+phobes. Je ne donne pas mon avis sur le manuscrit mais je pointe, s’il y en a – et il y en a toujours – les micro-agressions, stéréotypes et remarques involontairement offensantes ou discriminantes à l’égard de tel ou tel groupé minorisé.

 

Concrètement, en quoi ça consiste ? Tu relis tout le manuscrit, ou seulement les passages qui pourraient être offensants ?

J’ai toujours relu l’intégralité des manuscrits. Les maisons d’éditions ne savent pas où pourrait potentiellement se trouver l’offense, donc elles jouent la prudence et me font tout relire. En pratique, comment ça se passe ?  Je reçois le manuscrit, je fais une première lecture rapide, puis une seconde plus en détails au cours de laquelle j’insère mes commentaires. La première lecture me permet de cerner le ton et l’intention de l’auteur·rice et de comprendre son propos, ce qui me permet ensuite d’annoter plus justement ses écrits.

 

Est-ce qu’il existe différentes spécialisations de sensitivity reader (validisme, LGBTQIA+phobie, grossophobie, racisme, etc.) ou tous·tes font le même type de relecture ?

Il en existe différent type, oui.  On ne peut pas proposer une relecture omnisciente. Certaines personnes sont tout de même spécialisées sur plusieurs thèmes. C’est mon cas. Je peux m’occuper de sujets tels que : les questions LGBTQIA+/queer, les parcours transidentitaires, le genre, les sexualités, le racisme ordinaire et la santé mentale. Je dirais, toutefois, qu’être concerné·e par un sujet ne donne pas les compétences suffisantes pour une relecture sensible sur celui-ci. Ça aide et pour moi, c’est une condition sinequanone du sensitivity reading, mais il est aussi primordial d’être documenté·e, voire d’avoir bien étudié le sujet pour être en mesure de repérer le moindre petit détail. Se baser uniquement sur son expérience personnelle biaiserait totalement la relecture.

 

Existe-il des métiers similaires pour les autres milieux culturels (films, séries, magazines, etc.) ?

Les magazines font appel à des sensitivity readers, également. Pour les autres médias, il me semble qu’on appelle ça des consultant·es. Toutefois, j’ai l’impression, tout comme dans l’industrie du livre, que ce n’est pas encore un réflexe pour les maisons de production. Et c’est bien dommage, certains écueils pourraient être facilement évité en embauchant ce type de professionnel·les.

Effectivement. Merci beaucoup, Morgan !

On vous recommande de le suivre sur ses réseaux sociaux.

 

Dans une volonté de créer une société plus inclusive, il nous semble que ce métier devrait être primordial. Parce que même en voulant bien faire, on peut parfois offenser, sans le vouloir et sans mauvaise intention aucune. Parce qu’il est toujours positif d’apprendre et de s’éduquer, peu importe notre métier. Et si on démocratisait les sensitivity readers dans d’autres milieux que celui de la culture ?

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