SAUVE QUI PNEU !

Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, pratique l’art maîtrisé de la roue libre. Dans ses films (Nonfilm, Steak), l’absurde le plus féroce côtoie les références cinéphiles pointues. Rubber, l’histoire d’un pneu tueur, n’échappe pas à cette célébration du non-sens.
 
Sur un scénario improbable – narrer les aventures d’un pneu psychopathe qui flanche devant la beauté d’une sublime créature (Roxane Mesquida) – Quentin Dupieux vient d’opérer avec Rubber, une petite révolution artistique. Filmé avec un appareil photo Canon, son second long métrage épate par son image qui sublime les décors californiens, théâtre de son intrigue. Mais plus qu’un film, Rubber est un manifeste artistique, une réflexion sur la création cinématographique, débarrassée des pesanteurs de la production et même de ses spectateurs consommateurs. Réunis dans le désert, une poignée d’Américains assiste à un film en direct. Un pneu s’éveille à la vie et découvre son potentiel meurtrier, en dégommant lapins et humains sur son chemin. Les têtes explosent à tout va et la police locale enquête sur l’hécatombe. Au loin, les yeux vissés dans leurs jumelles (métaphores des lunettes 3D ?), les spectateurs sont empoisonnés par les organisateurs.

Seul l’un deux survit et exige un dénouement au film en cours. Au-delà de sa géniale mise en abyme, où toutes les instances de production sont renvoyées à l’absurdité de leur condition, Rubber réduit le road-movie à son expression minimale : un pneu. Brillante métonymie par laquelle Dupieux revisite les classiques du cinéma d’exploitation ou encore Duel de Spielberg. C’est aussi du côté de Bunuel que lorgne cet objet indéfinissable. On pense au Chien andalou, en sa qualité de manifeste donc, mais pas seulement : à cet œil tranché vidé de sa substance qui rejoint le geste de Dupieux : vider le genre de sa matière constitutive pour n’en garder que son contenant, un pneu impavide, déterminé à mordre l’asphalte et à fédérer, au final, une armée. Peut-être, par ricochets, une nouvelle génération de réalisateurs aussi audacieux que Quentin Dupieux qui signe l’un des films français les plus passionnants de cette année. Excusez du pneu. 

RUBBER :: Quentin DUPIEUX
avec Stephen Spinella, Roxane Mesquida, Jack Plotnick, Wings Hauser

Sortie le 10 novembre (aujourd’hui)

 
 
 

Musique originale du film composée par Mr Oizo et Gaspard Augé

 



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