SAMBA DE LA MUERTE : GÉOMÉTRIE VARIABLE

Claviériste de Concrete Knives, le Normand Adrien Leprêtre dévoile enfin son premier album avec son projet personnel Samba De La Muerte. Un disque qu’on résumerait par audace et lâcher prise. Le jeune auteur-compositeur a choisi de réunir toutes ses influences, de l’Occident à l’Afrique de l’Ouest, en passant par le Maghreb et l’Inde, pour finir dans une transe communicative et libératoire.
Le bien nommé Colors se distingue de ses précédents enregistrements (trois EPs évoluant du folk à l’electronica) tant dans le son que dans le contenu. Derrière l’apparence d’un ciel sans nuage, des textes plus profonds qu’ils n’y paraissent. Adrien porte un regard ouvert sur le monde, l’actualité et le destin d’une génération pour délivrer un message d’espoir et défendre la diversité. Rencontre.

Paulette : Tu as fêté la sortie de ton premier album d’une manière assez originale, en allant voir un match de foot !
Samba De La Muerte : (rires) Je ne suis pas fan de foot mais j’avais envie de fêter ça autrement que chez moi derrière mon ordinateur. Avec des copains, on s’est dit que ce serait bien d’aller à Marseille et coïncidence, y avait un match de foot Marseille-Rennes. Quand j’étais petit, j’étais fan de l’OM mais aujourd’hui je ne connais plus aucun joueur sur le terrain. C’était drôle de se retrouver là-bas, même si les supporters marseillais étaient un peu absents puisqu’ils faisaient grève. D’autant plus décevant qu’ils ont perdu 5-2 contre Rennes. On a passé un week-end génial, c’est une ville superbe.

C’est un projet artisanal qui se conjugue au pluriel. De qui t’es-tu entouré ?
De personnes qui m’accompagnent depuis un petit moment, notamment Corentin Ollivier (qu’on vous présentait ici, ndlr) qui joue dans Concrete Knives et qui a rejoint Samba il y a deux ans. Il m’a aidé à enregistrer les morceaux et signé quelques arrangements – quand j’étais un peu bloqué, il a réussi à emmener les choses plus loin. Il y a aussi de nouveaux invités comme l’orchestre parisien Code qui est venu joué sur le morceau The Beat – j’ai laissé la main à Jérémie Arcache (ex-Revolver, ndlr), je lui ai simplement indiqué que je voulais deux tubas et une trompette. Il y a aussi les chanteuses de Lo’Jo, un groupe Angevin que j’aime beaucoup, et une section de cuivres jazz qui vient de chez moi, en Normandie – on s’est rencontrés dans un festival de Coutances. You’ll Never Know When I Lie est le seul morceau qu’on a fait tous ensemble, entre Samba, avant la période de création de l’album.

Tu as enregistré la quasi-totalité des morceaux chez toi dans un mini-espace de 3 m2
Oui, juste à côté de ma chambre. Ça doit faire 5 mètres carré maximum mais j’aime bien être confiné entre tous mes instruments et mes claviers. Avec Corentin, on a aussi loué un gîte dans le Cotentin, on est resté une semaine et on a enregistré trois morceaux – on en a fait un quatrième mais je ne le trouvais pas assez abouti pour qu’il apparaisse sur l’album. Sarah, ma copine, nous accompagnait. On avait mis tous nos instruments dans le salon, on se levait, on faisait de la musique, et pendant ce temps Sarah faisait les visuels de l’album. C’était une super expérience, à refaire !

Qu’est-ce qui te déplaît dans l’enregistrement studio ?
Les horaires d’ouverture, 10h-19h, plus la contrainte économique. Je préfère investir moi-même, c’est comme ça que ça marche maintenant. C’est important d’aller en studio pour enregistrer des batteries par exemple parce que ça peut être assez compliqué, mais en règle générale, on peut tout faire soi-même et c’est assez plaisant. J’ai quand même demandé à quelqu’un de mixer l’album pour pouvoir aller plus loin. J’ai travaillé avec Olivier Bastide, qui a créé son home studio à Rennes, Avant-garde, et c’est aussi à côté de sa chambre (rires) !

Qu’est-ce que tu réussis mieux à capturer en travaillant à la maison ?
La spontanéité. Et quelque chose de très brutal. J’arrive le plus souvent avec une idée, un rythme ou quelques accords de claviers, jamais de ligne de chant – ça vient beaucoup plus tard. Si ça fonctionne, je peux réussir la structure en une journée et je ne reviens jamais trop dessus. Le plus souvent je suis satisfait du côté spontané du premier jet. Travailler seul, un peu comme un producteur de musique électronique, me permet de faire les choses de cette façon. Si je décidais d’enregistrer le prochain avec les quatre de Samba, on ne pourrait pas faire ça dans ma chambre !

Pour la première fois, tu chantes en français sur trois titres. Pourquoi maintenant ?
Parce que maintenant et peut-être plus après. C’est arrivé comme ça, je n’ai rien prémédité. Je n’écris pas les textes avant d’avoir créé les morceaux. Souvent je baragouine des trucs en anglais mais sur ces trois morceaux-là, les mots sont sortis en français. Je suis le premier surpris. Ça a commencé par Tanger, ça sonnait mieux en français et y avait un truc beaucoup plus fort. Je me suis amusé à écrire à la manière de certains chanteurs maliens, avec des mots simples, un peu naïfs, mais qui vont droit au cœur. C’est une pression supplémentaire pour le live, surtout au niveau de la diction, mais c’est un bon défi !

Qu’est-ce que tu as découvert en passant au français ?
J’ai été surpris qu’on me dise que c’était bien écrit (sourire). Je n’ai jamais été très littéraire, donc c’était vraiment bizarre que ça vienne comme ça, que je trouve les bons mots pour exprimer ce que je ressens. Chanter et enregistrer dans ma langue, c’était hyper agréable. L’anglais, ce n’est pas ma culture, c’est une culture que j’ai adopté, il y a encore plein de choses qui ne me viennent pas naturellement. Le français, par contre, c’est moi, c’est chez moi, c’est quelque chose qui m’appartient.

“J’ai eu envie de faire danser les gens”.

On sent une vraie évolution par rapport à tes précédents enregistrements. Dans le son, c’est plus lumineux et encore plus riche en termes d’influences. Est-ce que tu as l’impression d’avoir trouvé ta patte et ta façon de composer ?
Je ne crois pas avoir trouvé ma façon de composer. Et là, j’ai déjà envie de faire des nouveaux trucs (rires) ! Donc je vais devoir changer ma façon de composer pour aller encore plus loin. Le côté lumineux, c’était volontaire. Avant, quand on écoutait ma musique, on me disait souvent “c’est beau parce que triste”. A un moment donné, ça m’a un peu saoulé. J’avais envie de faire quelque chose de plus percutant. Aussi parce que je me suis mis à écouter beaucoup d’électro et de musique africaine. J’ai eu envie de faire danser les gens. Y a des vraies guitares qui apportent certainement une couleur plus pop. Je ne le vois pas forcément de cette façon, mais c’est comme ça que les gens le ressentent par rapport aux précédents enregistrements qui étaient plus psychés, bourrés d’erreurs. Là y a un côté plus droit mais on a quand même des surprises, des choses qu’on n’entend pas à la première écoute. J’aime bien planquer des trucs !

Beaucoup d’EP avant cette sortie d’album. Tu avais besoin de temps pour mûrir ce premier enregistrement et oser sauter le pas ?
Je pense, même si c’était inconscient. C’était le bon moment parce que j’avais pas mal de titres et qu’ils fonctionnaient bien ensemble. Il a fallu du temps pour qu’on développe les choses, il ne faut pas aller trop vite non plus. J’avais besoin de grandir et de faire évoluer ma musique. Mais cet album, ce n’est qu’une première étape, le deuxième devrait naître plus rapidement. J’ai déjà plein d’idées. J’ai envie de revenir à des choses beaucoup plus lentes. Je n’étais plus mélancolique mais je crois que c’est en train de revenir (sourire).

Est-ce que c’était compliqué de te départir du son et de l’influence de Concrete Knives ?
Pas du tout. Samba, c’était une respiration. Ça m’a permis de raconter des choses que je ne pouvais pas raconter dans Concrete. Musicalement, je leur ai proposé des morceaux mais ça n’a jamais abouti et je ne les ai même pas utilisés pour moi. Ce que je fais, ce n’est pas du Concrete. D’ailleurs plus on grandit, plus ça devient difficile. C’est pour ça que le deuxième album de Concrete Knives se fait attendre. On prend tous de plus en plus de place et comme on a chacun fait notre petit voyage solo, c’est plus compliqué de faire quelque chose de cohérent qui ressemble à du Concrete Knives. L’album devrait arriver en janvier 2017, j’espère.

Depuis tes débuts, l’écriture correspond à des périodes bien précises de ta vie. Quelle histoire avais-tu envie de raconter cette fois-ci ?
Ça parle beaucoup de mes voyages, en Islande, au Maroc, en Norvège. Mais aussi de l’année 2015 qui n’a pas été facile pour le monde et pour notre génération – ça n’est d’ailleurs pas beaucoup mieux en 2016. C’est lumineux dans le son mais dans les paroles, c’est assez lourd. J’avais vraiment envie de dire des choses, des choses qui ne soient pas propres à moi mais propres au monde. Pendant toute une période, je me suis beaucoup intéressé à la culture arabe, j’ai lu beaucoup d’articles, notamment sur le conflit israélo-palestinien… J’ai écrit Ghadir suite à un article du Nouvel Obs. L’histoire d’une petite fille qui racontait qu’elle avait perdu ses cousins sur une plage sous les bombes israéliennes. Elle disait : “On n’a pas de présent, mais on rêve de beaucoup de choses, pourtant nous n’avons rien.” J’ai trouvé cette phrase absolument magnifique. Ça a d’ailleurs inspiré les premiers mots de la chanson. C’est un hommage à elle, sa famille et tous ces gens qui souffrent, pas seulement en Palestine. Un témoignage de ce que l’on vit en somme, auquel j’essaie d’apporter un message d’espoir. Colors, c’est ma vision du monde. C’est plein de couleurs, plein de gens différents, plein de diversité.

On retrouve cette diversité dans les sons utilisés. C’est un album multiculturel. Qui est responsable de ton éducation musicale ?
Mes parents, qui m’ont toujours emmené voir des concerts, dans l’une des premières salles de musique actuelle en France, La Luciole à Alençon, chez moi dans l’Orne. Ils ne m’ont jamais privé d’y aller, parfois tout seul à 13-14 ans, le mardi soir, pour voir des groupes de metal, de reggae, de musique africaine… On écoutait tout le temps de la musique, du jazz notamment. J’ai mis longtemps à aimer la musique de mes parents, parce qu’à cette époque j’écoutais beaucoup de rap, du reggae, mais maintenant ça ressort clairement et de plus en plus ! J’ai des nouveaux fantasmes, j’aimerai bien approfondir les choses du côté du jazz. Je vais devoir beaucoup travailler !

Une dédicace aux Paulette ?
Comme dirait mon père : “Femmes, je vous aime !” Merci d’exister et de rendre ce monde plus beau par votre douceur et votre sagesse ! C’est macho… (Rires)

SAMBA DE LA MUERTE :: COLORS
Yotanka/Pias

Site officiel : http://sambadelamuerte.com/
Facebook : https://www.facebook.com/sambadelamuerte
Twitter : https://twitter.com/sambadelamuerte
Instagram : https://www.instagram.com/sambadelamuerte/

Concerts :
Le 1er avril, à Tours (Le Temps Machine)
Le 7 avril, à Amiens (La Lune des Pirates)
Le 8 avril, à Nantes (Le Stéreolux)
Le 9 avril, à Vannes (L’Echonova)
Le 13 avril, à Paris (Le Point Ephémère)
Le 14 avril, à Bourges (Le Printemps de Bourges)
Le 16 avril, à La Rochelle (La Sirène)
Le 2 juin, à Alençon (La Luciole)

Partager sur :

Vous pourriez aimer...

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *