CE 14 FÉVRIER, JE SUIS LA PREMIÈRE À M’AIMER

Je ne suis pas certaine d’avoir un jour vraiment aimé la Saint-Valentin. Peut-être parce que je préfère le bleu au rouge, les étoiles aux coeurs ou parce qu’il me semblait plus réfléchi de considérer cette journée comme un phénomène marketing bien installé. Certes, j’espérais une invitation à un certain moment de ma vie mais je pense surtout que cette fête vraiment peu romantique m’embarrassait. Aujourd’hui, et merci 2020, j’ai une toute autre vision du 14 février. Une occasion supplémentaire de me célébrer, de dédier cette journée à mes petits plaisirs personnels.

Aux quatre coins du globe, cette fête rassemble et divise. La Saint-Valentin, que j’ai longtemps considérée comme la journée de la maladresse, a lieu aujourd’hui. Et quand on fait le point, rares sont ceux.celles qui n’ont jamais souffert ou été déçu.es par cet évènement culpabilisant. Et il m’aura fallu près de 30 anniversaires pour comprendre que ce 14 février était finalement une énième excuse de me gâter et de me relaxer sans m’inquiéter du lave-vaisselle vidé ou du travail qui m’attendrait dès le prochain petit-déjeuner. Je vire donc toute couleur sanglante désagréable de mon fil d’actualités, je déconnecte par ailleurs pendant quelques heures et je me liste les activités qui me rendraient heureuses – accompagnée ou non – pour rendre ces prochaines heures exceptionnelles et bien pensées.

Tête à tête prise de tête

Pendant des années, j’ai participé à l’encrage d’une l’injonction selon laquelle il fallait être accompagné.e un 14 février. Et que cette célébration devait respecter un schéma classique : passer la soirée au restaurant avec un homme de mon âge et le regarder payer à la fin. Le voir m’offrir des roses rouges, lui donner son cadeau, l’embrasser et rentrer faire l’amour après dîner. Et à qui la faute ? Les comédies romantiques, la publicité, les opérations marketing menées par les grandes enseignes, les fleuristes et les boutiques qui voient leur chiffre d’affaire exploser ce jour de l’année. Tout est rouge, clignote avec des coeurs et le menu de ma brasserie préférée se voyait unique – bien plus cher. Difficile donc, de sortir boire des cocktails entre copines pour court circuiter « la fête des amoureux » sans devoir s’incliner devant une carte 100% valentin.e à un prix exorbitant. Rassurez-vous, nous trouvions des bars intéressants quand même où les opposants au 14 février se réunissaient. Ou ça terminait avec nos plats chinois préférés entre ami.es devant la télé. Pire encore, je me souviens d’avoir été en couple et de ne pas fêter ce big day. Si ma relation était tenace à l’époque ? Tout à fait, mais je me souviens de commentaires culpabilisants me rappelant qu’il aurait pu me ramener une fleur ou commander ce que j’avais envie de manger.

Et à qui doit-on cette célébration de l’amour hors du temps ?

Je mentirais si j’affirmais n’avoir jamais aimé célébrer la Saint-Valentin, j’ai surtout expérimenté le 14 février dans différentes situations et j’ai finalement établi que cette fête créait des complexes dès l’école élémentaire (je rappelle que les enfants s’échangent des sacs cadeaux à sept ans aux Etats-Unis le 14 février) et qu’importe la génération. La faute à qui ? La Grande-Bretagne, encore catholique au XIVème siècle, qui considérait que les oiseaux choisissaient cette journée particulière pour s’apparier. Depuis, la Saint-Valentin a fait le tour du globe et crée bonheur, indifférence comme déception auprès des centaines de millions d’âmes. Il est donc possible que j’eus versé des centaines d’euros en paquets de bonbons à Haribo à cause d’une paire de moineaux. Dans le monde désormais, la fête des amoureux a été déclinée et adaptée selon les cultures et traditions. Elle a par ailleurs donné naissance à bon nombre d’influences : la Sant Jordi en Catalogne par exemple, qui veut qu’une fois par an le 23 avril, les hommes offrent une rose aux femmes et que ces dernières leur remettent un livre. Oui, parce qu’on préfère une fleur coupée à un peu de culture.

Voir la Saint-Valentin autrement

Notre société de consommation, et j’y ai longtemps participé, a pour habitude de renforcer cette fête peu inclusive. Pendant des années, et encore lorsqu’on regarde les cartes en vente chez nos fleuristes français, on découvre une représentation du couple dépassée et hors du temps. Un homme, une femme, un duo beau, blanc et flamboyant. Bien trop souvent. A l’heure où les combats d’une société plus inclusive se multiplient, il est l’heure de redéfinir ce 14 février. Et si cette journée est dédiée à l’amour, ne lui enlevons pas ça. Sauf que plutôt que de témoigner son amour à une seule autre personne, célébrons l’amour pour soi. L’année passée a été suffisamment éprouvante pour ne pas se féliciter en ce 14 février. Ecrire à ses proches, écrire à la Terre et prendre en compte ses propres émotions pour se réveiller demain avec moins de frustrations. Lui dire je t’aime s’il.elle existe à nos côtés. Se dire qu’on est le.la meilleur.e parce qu’on le mérite et se remémorer ceux.celles que l’on aime et qui sont parti.es. Fêter l’amour, celui de son propre succès et de ses victoires au travers des années. Célébrer sa définition de la famille, des sentiments et de l’osmose que l’on ressent désormais avec notre esprit. Se reconnecter et se réconcilier avec ses frayeurs pour mieux avancer. Aujourd’hui, on ne fait que ce qu’on a besoin ou envie de réaliser. Surtout, on s’écoute et on s’assure de passer une bonne journée. Et si ce 14 février n’est franchement pas comme on l’aurait souhaité, on sourit avec la certitude que demain, la roue saura tourner.

Happy self-love day.

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