SAGE : L’EX LEADER DE REVOLVER SE LANCE EN SOLO

Echappé de Revolver, Ambroise Willaume aka SAGE (comme diminutif de Sagittaire), se réinvente en solo et surprend ! L’écoute de ces quatre titres aussi prometteurs qu’ambitieux devrait à coup sûr vous bouleverser. Un premier aperçu lyrique et intime, entre électro et classique. Rencontre.

           
Paulette : Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer en solo ?
Sage : L’idée a fait son chemin petit à petit. Sur la deuxième tournée de Revolver, on avait tous l’impression de se répéter. Finalement, Christophe est parti faire le tour du monde, Jérémie est retourné vers le classique. Moi, j’avais envie de continuer à écrire des chansons, en explorant des zones un peu différentes, qui m’étaient moins familières, des sonorités nouvelles, sans doute plus personnelles. Avec ce projet, j’avais envie de quelque chose qui soit complètement moi ! Je me suis installé dans une maison plus ou moins abandonnée à Pantin, dans laquelle j’ai stocké mon matériel, mes guitares. A la fin de la dernière tournée de Revolver, en Australie, je me suis fait cambrioler. Symboliquement, c’était terrible ! Je me suis retrouvé sans guitare, sans groupe et sans endroit pour bosser. J’avais l’impression d’avoir touché le fond, mais ça m’a encouragé à passer à autre chose. Du coup, je me suis mis à écrire au piano, qui n’est pas mon instrument à la base. J’ai écrit des chansons que je n’aurai jamais pu faire à la guitare et ça m’a donné envie de chanter un peu différemment aussi, plus dans les aigus.
 
Quelles nouvelles perspectives se sont ouvertes à toi avec cet instrument ?
Harmoniquement, c’est une approche qui est très différente. Quand je joue du piano, je fais des accords un peu au hasard et je trouve des sonorités qui me rappellent un peu les compositeurs classiques du début du XXe siècle : Satie, Debussy, Ravel. Y a un côté un peu sourd, très planant et en même temps, un côté plus John Lennon ou Neil Young, des guitaristes qui jouent du piano. Je suis complètement perdu devant un piano, donc ça me fait faire des choses que je ne maîtrise pas. J’essaie d’avoir toujours cette approche-là quand je compose, oublier mes repères, les accords, les tonalités. J’essaie juste de vivre un instant avec l’instrument.
 
Le piano, c’est une deuxième voix. C’était conscient ?
Oui, et d’ailleurs, je voulais vraiment trouver ma propre voix. Avec Revolver, je cherchais à masquer des choses que je n’aimais pas dans ma façon de chanter. Mais là, il fallait que j’assume ma voix. C’est venu en exagérant ou en assumant ses petits défauts. Pour ça, Neil Young m’a beaucoup influencé. Il a une voix très particulière, un peu sourde et très nasale. On sent bien qu’il cherche à masquer ce truc-là dans ses premiers albums. Mais quand il devient Neil Young, il ne se pose plus la question d’essayer de transformer sa voix mais l’assume à 100%. Le fait de ne plus être dans ma zone de confort, avec la guitare, ça m’a poussé à trouver ça !
 

 
Qu’est-ce qui t’anime dans le fait d’être seul aux manettes ?
C’est nouveau pour moi ! Mais je suis quand même bien entouré. Pour l’EP, j’ai beaucoup bossé avec Benjamin Lebeau des Shoes, mais je suis le seul décisionnaire et ça c’est plutôt agréable (rires). J’en avais vraiment marre du compromis. Quand trois personnes ont l’impression d’avoir raison et qu’elles ont toutes un avis différent, ce n’est pas facile de faire la part des choses. Et souvent, c’est un problème puisque c’est trois idées à moitié. Forcément, il y a quelque chose de plus flippant dans le fait de devoir tout maîtriser. Le plus difficile, c’est d’avoir tous les jours le souffle de s’y atteler, parce que là ça ne dépend que de moi. Mon envie de faire ça tout seul, c’était aussi le besoin d’aller encore plus loin dans le lâcher prise !
 
En quoi cette collaboration avec Benjamin (The Shoes) a-t-elle été déterminante ?
On se complète vraiment bien. Il m’a apporté cette remise en question permanente et ce côté clairement sauvage. Au début c’était difficile. J’arrivais avec une chanson presque terminée, dont j’étais très content, et je lui demandais ce qu’on pouvait en faire. Il l’a prenait, l’a retournait dans tous les sens et ça devenait une autre chanson. Pendant longtemps, on faisait clairement deux projets en même temps. C’était compliqué de réunir nos points de vue. La première chanson sur laquelle on a réussi à le faire, c’est In Between. On est reparti de zéro, du piano-voix et tout à coup, il y a cette arrivée hyper brutale de batterie. Symboliquement, c’est vraiment une métaphore de notre travail et de notre rencontre. Ce point d’équilibre, il est très sensible !
 
Est-ce que c’était douloureux ?
Oui beaucoup. D’ailleurs, il a presque sauvé le projet. A un moment, j’avais vraiment envie de tout arrêter. On travaillait sur plein de chansons en même temps et je me disais qu’on allait finir par se perdre. Lui a toujours gardé la foi. C’était douloureux, déjà parce qu’on n’a pas le même rythme de vie. Lui travaille la nuit, moi j’arrivais en studio avec ma journée dans les pattes donc c’était hyper éprouvant. Mais il m’a permis de découvrir des choses que je n’aurai jamais pu faire tout seul. C’est un processus exaltant mais laborieux. On n’a pas été aussi efficaces qu’on aurait pu l’être,  on a mis 6 mois pour faire 4 chansons. C’était un atelier de recherches !
 
Jérémie, ton ancien complice de Revolver, n’est pas loin, puisque tu fais appel à Code, l’orchestre qu’il a créé. Lui est toujours au violoncelle. Vous vous connaissez depuis vos 6 ans. Sa présence, c’était une évidence ?
Ça s’est fait petit à petit. Quand j’ai démarré ce projet, j’écrivais pas mal de musiques pour orchestre parce que je savais qu’il était en train de créer cet ensemble-là. On a recommencé à travailler ensemble pour ça et puis, je me suis dit que j’aimerai bien qu’ils viennent jouer sur mes morceaux. D’abord sur In Between. Ensuite, on a eu l’idée d’ajouter du violoncelle sur un autre morceau, pour faire une note de basse et puis finalement ça s’est étoffé. On a retrouvé un fonctionnement qu’on avait depuis toujours. Du coup, y a eu plus de violoncelle que prévu mais c’est un bel instrument (sourire) !
 
Il a les mains liées puisque tu signes les arrangements de cordes. L’influence de ton travail avec Woodkid ?
Ça s’est sûr ! Avant ça, je n’aurai jamais pensé écrire des arrangements. Quand j’ai rencontré Woodkid, il voulait que je lui file un coup de main pour écrire ses chansons. Quand il m’a fait écouter ses maquettes, j’ai trouvé ça hyper fort tout de suite : cette voix très particulière et cette envie de faire quelque chose d’hyper futuriste, avec ces cuivres un peu médiévaux. Il travaillait avec un arrangeur à l’époque, mais ça ne se passait pas très bien. Alors, il m’a proposé le job. Je lui ai dit : Pas de problème ! (rires) Je n’avais jamais fait ça de ma vie ! Ensuite, pour l’album, il voulait ajouter des cordes. Je lui ai dit : Pas de souci ! (rires) J’ai tout appris en le faisant avec lui. Ça m’a donné envie d’écrire plus d’arrangements, chose qu’on ne faisait pas avec Revolver.
 
Les harmonies sont toujours là, les mélodies aussi, mais il y a des éléments perturbateurs, des breaks, des distorsions, des crescendos, des ruptures, des silences. Quel était l’effet recherché ?
Ça s’inscrit dans cette volonté de surprendre et d’explorer, que je partage avec Benjamin. J’ai l’impression qu’on pourrait écouter 30 fois ses chansons et les redécouvrir à chaque écoute. Y a plein de choses qu’il a ajouté en fantôme et que je découvre encore. Mais tout s’est fait spontanément. On s’aperçoit davantage de ce qu’on fait plus qu’on anticipe. Il est bon de se laisser surprendre par ses idées !
 
Tu parles de Neil Young comme d’une influence majeure. En écoutant cet EP, j’ai pensé à David Bowie, pour le côté grandiloquent et la voix haut perchée, mais aussi Patrick Watson, pour le côté foisonnant et l’irrésistible mélancolie. Est-ce que ça te parle ?
Bowie, bien sûr (rires). Pour moi, c’est un maître absolu. Je prends ça comme un compliment. Bowie, c’est aussi quelqu’un qui n’hésite pas à mettre en avant ses défauts, il a une voix tellement bizarre. C’est un visionnaire, quelqu’un qui arrive à sentir la nouveauté, se l’approprier et l’apprivoiser. J’aime aussi beaucoup son travail de producteur avec Lou Reed. C’est là qu’il est presque encore plus génial ! Patrick Watson, on avait fait un concert avec lui  y a très longtemps, avec Revolver. Je n’ai jamais trop écouté sa musique, mais il fait partie des gens que je respecte beaucoup artistiquement.
 
Il y a une certaine dualité qui se dégage de tes visuels. Qu’est-ce que ça symbolise ?
Le photographe s’appelle Ismaël Moumin, c’est un procédé qu’il développe depuis pas mal de temps. Il fait beaucoup de photos avec ce genre de découpes grossières, et des collages pour créer ces espèces de monstre. L’approche que j’ai de ma musique et de ce projet en particulier, c’est d’associer un côté classique, un peu ancré dans l’harmonie des mélodies, avec une approche plus futuriste de la forme et du son. Du coup, j’aimais bien cette image-là, cette dualité, cette rupture qui forme un monstre à deux têtes.
 
Quelques mots sur l’album à venir ? Sera-t-il aussi ambitieux ?
Presque toutes les chansons sont écrites depuis un moment. L’idée, c’est de poursuivre l’exploration et d’aller encore plus loin. Ce premier EP, c’est une naissance. J’aimerai que l’album soit plus dense et plus fort. On a vraiment envie de franchir un nouveau cap ! J’ai hâte de le finir !
 
Tu es seul en scène pour la première fois. A quoi ressemble ton set ?
J’ai fait construire un instrument par un designer. Ça ressemble à un piano droit mais il y a aussi plein de machines. Tout est joué en direct, sans ordinateur. Le son est très électronique, et pour autant j’ai l’impression de faire un guitare-voix. Seul sur scène, je me rends compte que c’est plus facile d’emmener les gens dans mon univers. Déjà parce qu’ils sont un peu désolés pour moi (rires) !
 
Je suis obligée de te demander si le projet Revolver tient toujours. Alors ?
Je ne peux pas apporter une réponse claire. On ne s’est pas séparé en se tapant dessus. Mais on a chacun nos projets et on a tous envie de les emmener le plus loin possible. En tout cas, pour ma part, ce n’est pas un side project ! J’ai envie de faire plusieurs albums et continuer de travailler avec plein de gens. Mais peut-être qu’on aura envie, dans 5 ans, 10 ans, de refaire un disque ensemble ou un concert. On va dire que c’est une pause à durée indéterminée !
 
Une dédicace aux Paulette ?
Ne soyez pas trop sages, les Paulette !
 

SAGE :: IN BETWEEN
Label Gum / Pias
VINYL 10’’, sortie mi-janvier
 
 
Concert: Le 29 janvier au Café de la Danse, Paris
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