RIAD SATTOUF : JE ME MOQUE DE LA NULLITÉ POUR QU’ELLE DISPARAISSE


Photo de Keffer

Son film Jacky au Royaume des filles, avec Vincent Lacoste et Charlotte Gainsbourg, est sorti ce mercredi 29 mars. Rencontre avec Riad Sattouf, un réalisateur qui rêve de progrès et qui espère secrètement que les filles découvriront un jour l’antigravité…

Paulette : Riad, Quel est ton rapport au futur dans ta vie de tous les jours ?
Riad Sattouf : Pour moi, “futur” est l’un des plus beaux mots qui soit ! C’est cette zone des temps à venir où l’on a tiré les leçons de ses erreurs et où l’on a appris de nouvelles choses. Il porte en lui tellement d’espoirs, de promesses de progrès, d’évolutions, de libertés… J’y pense tout le temps, pour toutes choses. Je me demande toujours si telle ou telle chose aurait pu être dans le futur que j’imaginais petit.

Dans la BD Pascal Brutal, tu anticipes l’état de la France dans un futur proche, où Alain Madelin serait président. Penses-tu que futur égale forcément décadence ?

Non, au contraire ! En 1995, comme beaucoup de gens, je pensais qu’en 2013 n’importe qui irait dans l’espace, que plus personne ne croirait en Dieu ou au paranormal, qu’on aurait guéri le sida et le cancer… Le fossé entre ces rêves d’enfant et la réalité objective de notre monde est génératrice d’histoires et aussi de frustrations… Mais si j’aime bien donner à la France un futur un peu post-apocalyptique parce que ça me fait rire, cela ne concerne que la France… Par exemple, dans le 3e tome de Pascal Brutal, j’imagine un monde arabe progressiste et merveilleux, qui s’est libéré.

“J’ai voulu transférer aux femmes le pouvoir absolu
qu’ont les mâles humains dans notre monde”

Ton premier film, Les Beaux Gosses, adaptait à l’écran ton passé de collégien. Pourquoi cet aller-retour incessant entre passé et futur ?
Je suis obsédé par l’idée de progrès ! Depuis toujours, je me dis que ce qui m’attend sera mieux que ce que j’ai eu avant. En fait je suis très optimiste. J’aimerais tellement que le progrès, la science, intéressent tout le monde… Je ne sais pas comment interpréter le fait qu’un footballeur
imbécile qui ne sait ni parler ni écrire puisse transporter le coeur de millions de jeunes, quand les astronautes de l’ISS sont totalement ringardisés et n’intéressent personne… Alors je me dis que je vais me moquer de la nullité, pour que peu à peu elle disparaisse.

Une certaine violence se dégage entre mecs et filles dans ton oeuvre, notamment dans la série La Vie secrète des jeunes. Pourquoi une telle grille de lecture ?
Il me semble que c’est la plus importante qui soit ! Chaque jour j’observe autour de moi des signes de retour du machisme… Tout le monde peut le voir. Ne serait-ce que la Manif pour tous ! Toutes ces mamans habillées pareil, avec des poussettes ! Si un jour j’ai un enfant et que c’est un garçon, je trouverais ça insupportable qu’il doive s’intéresser au foot, avoir une coiffure de marine américain ou une grosse voix pour s’intégrer à l’école… Et si c’est une fille évidemment, qu’elle puisse rêver un jour du prince charmant me déprime totalement. Mais dans le futur tout ira mieux ! Une fille découvrira l’antigravité et on pourra aller sur Mars.

Ton dernier film, Jacky au Royaume des filles (sorti cette semaine) met en scène Charlotte Gainsbourg en colonelle à la tête d’une dictature féminine. D’où t’es venue une telle idée de scénario ?
J’ai voulu transférer aux femmes le pouvoir absolu qu’ont les mâles humains dans notre monde et voir ce qu’il en ressortait. Qu’on puisse faire émerger la vanité comique de notre monde à travers ce miroir inversé ! Qu’on puisse peut-être voir le ridicule de certaines certitudes, la cruauté de systèmes vus comme allant de soi… Quoi de mieux que le conte de fée pour faire ressortir tout cela ?
Jacky au Royaume des filles est un Cendrillon inversé. Que se passe-t-il quand ce sont des milliers de garçons qui rêvent d’être choisis par une militaire-princesse charmante ? Jacky est un film sur le libre arbitre,la soumission et la difficulté de la recherche de l’individuation dans une société où tout le monde pense pareil.

Que peut-on te souhaiter pour 2014 ?
Que je termine la BD sur mon enfance en Syrie (L’Arabe du futur, ndlr.) et que les gens comprennent et aiment mon film !

>Article paru dans notre numéro Futur (novembre-décembre 2013) dans le dossier “Les 7 futuristes”.

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