RENCONTRE AVEC VALENTINE GAUTHIER

Photo par Jeaneen Lund


Rencontre avec la créatrice Valentine Gauthier, une femme spontanée et pleine d’humour, animée par la création et concernée par la nature et l’environnement. 

Jeune maman et grande bosseuse à la fois, cette Marseillaise d’origine est la reine de la débrouille et de la récup’. Elle nous raconte son parcours. Rencontre.

 
Paulette : Racontes-nous un peu, quel est ton parcours, tes études ?
Valentine : Depuis que je suis petite je dessine beaucoup, le dessin et l’art m’intéressaient plus que le stylisme en soi. Je m’évertuais à peindre tous les étés et j’essayais de reproduire les peintures de Magritte, Cézanne ou Klimt. En grandissant, je me suis aperçue que j’étais douée en dessin, en musique ou en littérature, mais mes parents étaient ultra contre le fait que je fasse un métier d’art. Tu sais quand tu as des parents qui n’ont pas beaucoup de moyens, ça ne les rassurent pas. Du coup, j’ai mis de côté cette passion pour me concentrer sur l’ethnologie et l’environnement, sujets qui me passionnaient tout autant.

Je me suis donc tournée vers des études de géo-ethnologie et me suis engagée dans des associations environnementales…  J’ai même passé un concours pour entrer en école d’ingénieur en environnement mais la création artistique me manquait terriblement. 

Mon premier contact avec le milieu de la mode a été un casting, à Marseille, pour intégrer une agence de mannequins. Une créatrice marseillaise m’a choisie comme égérie, je la regardais travailler, organiser des défilés, je l’accompagnais sur les salons à Paris comme modèle. C’est ce qui m’a décidé à partir pour Paris. J’ai tapé dans Google "écoles de mode", j’en ai trouvé deux qui me plaisaient, j’ai appelé, on m’a donné rendez-vous tout de suite. En septembre, j’entrais à L’Atelier Chardon Savard. 

À l’école, les filles étaient ultra lookées ce qui n’était pas mon cas (rires) ! Disons que j’avais mon style perso – ne me demandez pas de photos – c’était original… Comme l’école coûtait ultra cher et que je n’avais pas d’argent, j’ai dû prendre divers petits boulots à côté, j’ai été vendeuse, mannequin, ou serveuse. Je faisais les poubelles du Sentier pour trouver des tissus, ils n’étaient pas terribles mais je transformais tout ! Avec des perles ou autres tissages, mon tissu devenait dix fois plus intéressant que celui des autres et surtout il était unique ! C’est ce qui m’a aidé à sortir du lot à l’école, à force d’acharnement et d’astuces…! Au final, c’était très constructif, une chance et surtout un vrai challenge. 

 

Boutique de la rue Charlot dans le Marais.

Quels ont été premiers stages/emplois avant de devenir  la créatrice qu’on connait ?
Étudiante, j’ai fait des stages chez Martin Margiela et chez Rochas. Après, j’ai continué à travailler pour Martin qui suivait de loin mon parcours. C’est une personne exceptionnelle, une de mes plus belles rencontres humaine. Après l’école, j’ai fait trois mois de cours auprès d’une "petite main" de chez Chanel afin de me perfectionner en modélisme. 
Puis un soir, dans un bar, je parlais de mode avec une amie et la dame blonde assise à côté de nous s’est levée d’un coup, est revenue avec son mari et a dit "la styliste que tu cherches c’est elle !", en me désignant. Il m’a donné directement rendez-vous le lendemain avec mon book. Angoisse ! Je n’avais pas de book, j’ai dû le faire dans la nuit et le lendemain j’étais embauchée ! C’était un concept-store multi-marques où il fallait dessiner toutes les lignes et penser tout le concept. Ce qui était intéressant c’est que je touchais à tout, du dessin jusqu’à la prod, c’était un concept luxe mais fabriqué en Chine. Du coup, j’ai fait le tour de la Chine pour visiter les usines… C’est en me rendant là-bas que j’ai compris que ça n’était pas pour moi, l’écolo (rires) ! Je suis restée 18 mois jusqu’au lancement et après j’ai décidé d’arrêter. 
Je me suis présentée au Festival des jeunes créateurs de Dinard et j’y ai remporté le grand prix femme et le prix des dentelles et broderies avec une collection intitulée Love Boat et une robe de mariée d’inspiration bretonne.

Quand j’étais étudiante, je suis allée en Uruguay et j’y ai découvert un savoir-faire artisanal merveilleux. Une amie m’a parlé d’une association de femmes tricoteuses qui se trouvait en pleine pampa. Alors quand j’ai monté ma marque, je me suis dit très vite qu’il valait mieux faire travailler les personnes qui se trouvent là où l’on achète la matière première. Du coup, j’ai commencé un peu comme ça, trouver la matière, aller dans le pays, trouver les associations et ainsi de suite… 

 
Les deux premières années, je vivais de mon chômage, je fabriquais tout maison… J’ai participé au salon de prêt-à-porter Who’s Next qui m’avait offert un stand. C’était une période à l’arrache, on allait au Who’s Next avec les portants dans le métro, la galère !  Ensuite, je suis rentrée chez BMCS, mon bureau de presse, et tout s’est accéléré.
 

Visuel de sa dernière collection PE 2011, robe "Petit tonerre".

Quels ont été les premiers magazines à te faire confiance ?
Je me souviens d’une présentation que j’avais faite dans un beau local associatif, j’avais tout bricolé là encore… et le Madame Figaro est venu et a tout de suite commencé à me suivre… Mais au début, c’était plus de la presse underground, il n’y avait pas beaucoup de grosse presse qui prenait le risque de placer de jeunes créateurs, ce n’était pas à la mode comme aujourd’hui.
 
Comment as-tu été accueillie dans le monde la mode ?
Je ne connais pas trop ce milieu, je travaille 6 jours sur 7, de 8h du matin à 21h le soir, et j’ai un bébé. Maintenant qu’on a notre boutique rue Charlot depuis deux ans, je connais un peu plus les autres créateurs du quartier et me suis liée d’amitié avec certains autres lors des présentations de collections… J’aime leur fantaisie !
 
Y a-t-il des gens du milieu artistique qui t’inspirent ?
Quelle bonne question ! Personne ne me demande ça ! J’en ai plein bien sûr ! Parmi les artistes connus, j’aime beaucoup Matthew Barney, le mari de Bjork, qui est un vidéaste assez barré, Ron Mueck, Jan Fabre, le réalisateur Peter Greenaway pour son film The pillow book et tellement d’autres… Sur mon blog, j’essaie de placer de nouveaux talents que j’aime comme Quentin Garel ou la photographe Emma Pick… Côté musique en ce moment, j’adore Brigitte, un univers à la fois rétro, hippie plein d’humour, tout ce dont j’ai envie en ce moment. Il y a une base d’indémodable, j’aime beaucoup le rock et le folk. On habille aussi Tamara Kaboutchek, c’est une amie chanteuse, j’aime son univers et sa joie de vivre.
 
Visuel de sa dernière collection PE 2011.

Quel est ton rythme de création ?
J’ai deux collections par an, et là avec le co-branding pour les dix ans de Chattawak  qui vient de sortir, ça en fait une de plus. Le temps de création dure environ 1 mois et demi, 2 mois, dont un mois intensif de dessin. On ne défile pas encore mais on en a très envie, on y pense. C’est en projet, j’ai envie de faire quelque chose de différent, faire défiler des nanas, ça ne m’intéresse pas du tout… Et tant pis si on sort des sentiers battus, je fais comme je le sens, sans me soucier des codes.

Comment définirais-tu ton style perso ?
Je m’habille beaucoup en vintage depuis ma jeunesse étudiante. J’aime bien mixer le style rétro avec des pièces plus actuelles ou plus folles. En général, je dessine ce dont j’ai envie, je porte du coup aussi beaucoup ma marque, c’est pratique ! Je m’habille souvent dans mes anciennes collections car je dois les digérer un peu. En fait, je porte du Valentine Gauthier vintage ! 
 
Lis-tu les magazines féminins ? Quels sont tes préférés ?
Pas du tout, ou très peu. Il faudrait. Je n’arrive pas à m’y mettre. Dans le fond, ce qui me gêne, c’est le côté tendance, vendre une pensée commune. Quand je me promène sur le net ou que je voyage, je vois des choses dingues. Mais dans les magazines, tu as l’impression de voir tout le temps la même chose, les mêmes artistes. Je trouve ça dommage. Tu dois comprendre ce que je veux dire. C’est en ça que Paulette tombe à pic, avec ce besoin de nous faire découvrir d’autres choses !
Ton dernier coup de coeur mode ?
Ma bague de fiançailles (rires) ? Je ne sais pas, je n’achète pas grand chose, je bosse tout le temps, je ne fais pas trop de shopping hors mis quelques pièces vintages… Mais je peux avoir de gros coups de coeur (en fonction de mes finances) chez All Saints ou Sass & Bide que j’adore. La dernière belle pièce que j’ai achetée, c’est un beau sac à dos en cuir fait main par un artisan maroquinier pour mon mari. 
 
Quelles sont tes envies pour demain ?
Plein de projets, du côté de la fabrication, monter peut être un atelier dans un pays, même si c’est un travail de titan. Pouvoir aider les jeunes, car moi j’ai galéré pour trouver des fabricants… et leur donner les clés pour pouvoir les aider au début. Pour la boutique, on doit continuer de prospérer car c’est encore difficile, dans l’idée ce serait bien d’en ouvrir une deuxième, rive gauche. Et puis après, je rêverais de faire des pièces plus arty, c’est quelque chose qui me manque. J’aimerais garder mon style actuel et développer à côté des pièces phares pour des artistes, ça m’éclaterait vraiment ! Je ne suis pas une fashion addict, moi c’est la création qui m’éclate ! 
 
Un conseil pour les jeunes Paulette et Georges créateurs ?
Pas de chouchous, à Marseille elles ont toutes des chouchous (rires) ! (Je lui parle du "Lançons la mode du chouchou") Euh, en fait, gardez vos chouchous, ça revient ! Donc mon conseil : ne jetez rien ! Croyez en vos rêves et surtout, restez comme vous êtes !
Valentine offre aux Paulette une promo de 15\%
sur 3 articles coup de coeur de sa dernière collection ! 


La robe Petit Tonerre, 152 € (au lieu de 179 €)
Le maillot de bain Carajou, 102 € (au lieu de 121 €)
La combi short Tonka, 133 € (au lieu de 157 €)
en venant acheter à la boutique de la part de Paulette !
 
Retrouver tout son univers sur son site
www.valentinegauthier.com
 


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