RENCONTRE AVEC USHA BORA DE LA MARQUE JAMINI


Usha Bora est à la tête de la marque de foulards et de sacs Jamini, lancée en 2009. A mi-chemin entre tendances actuelles et artisanat de sa région d’origine, la province d’Assam en Inde, elle nous emmène à la découverte d’horizons exotiques et nous raconte son aventure loin des sentiers battus de la mode.
 

Paulette : Revenons tout d’abord sur votre parcours, comment passe t-on de L’Oréal à Jamini ?
Usha Bora : Je suis arrivée en France il y a 13 ans parce que j’ai suivi un français rencontré à Hong Kong. Arrivée ici, j’ai travaillé plusieurs années dans le marketing des produits de beauté de luxe chez L’Oréal. J’étais très contente mais l’Inde me manquait. J’ai donc arrêté de travailler chez eux. Enceinte de ma deuxième petite fille, je suis allée en Inde avec des modèles de vêtements d’enfants qui me plaisaient et j’ai commencé à en concevoir sur place, avec mes propres idées. J’ai monté une petite gamme que j’ai présentée à quelques marques françaises et je me suis créé des premiers contacts dans la mode. Il y a trois ans, je me suis lancée, en continuant de travailler avec l’artisanat de ma région d’origine, l’Assam. Une région d’Inde principalement réputée pour son thé, peu connue en Occident, parfois même oubliée des livres de géographie.

Qu’est ce que vous cherchez à transmettre avec Jamini ?
Je ne cherche pas seulement à promouvoir l’artisanat, plus encore j’essaie de donner une fenêtre à cette région. Cela commence par des foulards, mais mon rêve serait vraiment d’essayer de travailler avec tout le côté artistique de l’Assam, pour pouvoir monter des expositions, promouvoir la culture de cette région. C’est une très belle culture, assez simple, très nature, authentique, et je regrette que peu de gens, comme moi, représentent cette région.


Vous ne vous seriez donc pas lancée dans la mode sans cette dimension culturelle ?

Non, parce que pour moi, faire ce que je fais, ce n’est pas faire un objet de mode, c’est lié à la vie. Ce n’est pas juste un objet pour qu’une page soit jolie, c’est aussi la possibilité de créer des photos, une expo…

Quelle image de l’Inde cherchez-vous à véhiculer avec Jamini ?
L’idée, c’est qu’il y a tellement de belles choses qu’il faut présenter ça en Occident. Donc ma démarche est complètement différente des gens qui vont en Inde, sont éblouis par les couleurs et se disent "Tiens, on va faire une collection !" Moi je suis de là-bas, je n’ai pas été éblouie, c’est beaucoup plus profond.

Voyez-vous les effets de votre travail sur place ?

Je fais travailler beaucoup, beaucoup de femmes. J’imagine qu’elles mangent bien, qu’elles envoient leurs enfants à l’école grâce à ce travail. Mais je n’ai pas créé d’association, je travaille avec des coopératives qui étaient déjà organisées, à qui je donne de plus en plus de travail. Cela leur apporte plus d’argent pour acheter de meilleurs matériaux, la qualité et la fiabilité de la production augmentent, le mode de travail évolue. Il y a une vraie transmission dans ce sens là. C’est motivant, je peux faire de plus en plus de choses. C’est la troisième saison, et je vois que ça suit derrière, c’est vraiment un échange dans les deux sens.

Quel est votre rapport aux accessoires ?

Pour moi, l’accessoire est un produit très important : on peut se permettre de changer de look  facilement, ça rend la vie plus gaie ! C’est un produit sympa, léger, raffiné, on est pas obligés de se prendre la tête et de dépenser beaucoup d’argent pour acheter des fringues, des robes, des pulls…
 

"LA MOITIÉ DE MA CLIENTÈLE EST CONSTITUÉE D’HOMMES"
Les Georges peuvent-ils aussi porter le foulard ?
La moitié de ma clientèle est constituée d’hommes ! Ils achètent pour eux-mêmes, ou pour offrir.  Les produits que je fais sont assez neutres, et aujourd’hui, les hommes s’habillent de plus en plus à la mode, ils aiment avoir une touche de couleur, quelque chose qui les fait sortir de l’ordinaire. Ils portent énormément d’écharpes. C’est très agréable, mais je ne l’ai pas fait exprès ! Je visais une clientèle plus féminine et finalement je ne suis pas mécontente d’avoir une clientèle masculine. Ils ont un grand pouvoir d’achat, et une vraie envie de se différencier. Et c’est plus simple pour eux de porter un foulard qu’une chemise à fleurs !


Quels conseils donneriez-vous à une Paulette qui a envie de se lancer dans la mode ?

Je pense que dans le monde dans lequel on vit, il faut être très honnête, et vraiment savoir ce que l’on veut faire. Si c’est pour recopier les autres, ce n’est pas la peine, il y en a déjà trop ; le métier est bien rempli, des marques se créent tout le temps dont on n’entend plus parler deux ans plus tard. Il faut avoir des idées très précises, quitte à travailler pour d’autres personnes, pour apprendre, comprendre, voir ce qui se passe et comment on a envie de se placer. Après, il ne faut pas oublier que c’est un métier créatif certes, mais dans lequel il faut énormément de détails de production, c’est une partie du métier moins sympathique mais incontournable !

On parle de plus en plus de bio dans le textile, comment être sur de ce que l’on achète ?

Il faut vraiment se méfier. Il y a beaucoup de gens qui trichent sur le terme "bio". Par exemple, on peut très bien avoir un fil de coton bio, mais c’est très rarement le cas de la teinture. Donc un produit bio en coton blanc oui, mais s’il est rouge, c’est beaucoup moins probable ! Du coup, je ne cherche pas à me placer dans cette niche, parce que j’ai envie d’être quelqu’un d’honnête. Mon processus est tout à fait artisanal et manuel, mais je ne sais pas s’il est 100\% bio, parce qu’on ne peut pas tout tester. Je pense que c’est surtout une niche marketing, une forme d’opportunisme. C’est aux consommateurs de choisir s’ils veulent y croire ou pas.

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