RENCONTRE AVEC OLLIVIER POURRIOL


La 6ème saison de Studio Philo, intitulée "L’odyssée de la perception (Plongée dans l’inconscient du cinéma)" réunit une à quatre fois par mois jusqu’au 7 mai, Ollivier Pourriol, normalien agrégé de philosophie, et ses "élèves" volontaires au cinéma MK2 Bibliothèque pour des cours de philosophie un peu particuliers.
De manière très pédagogique, par une alternance entre extraits de films (souvent récents et populaires) et références à des concepts philosophiques, Pourriol s’appuie sur le cinéma pour introduire les grandes questions de la philosophie, et nous donne ainsi des outils philosophiques pour interroger le sens des images. Ce travail de mise en lien entre philo et cinéma a également donné naissance à un ouvrage intitulé Cinéphilo – Les plus belles questions de la philosophie sur grand écran, paru en 2008.
 
Cinéphile invétéré, également romancier, scénariste et réalisateur d’un court-métrage, Ollivier Pourriol a partagé avec Paulette sa vision du cinéma.  
 
Pour vous, qu’est ce qu’un bon film ?
Un bon film, c’est un film qui vous fait sortir du temps, du temps de la montre. C’est un film qui abolit la durée, ou plutôt, qui vous offre un sentiment plus intense de la durée. C’est un film qui a un avant et un après… un film qui change la vie.
 
Quels sont les films qui ont changé votre vie ?
La Ligne Rouge, Le Nouveau Monde (de Terrence Malick), Stalker de Tarkovski, Fight Club (David Fincher), 21 Grammes (A.G. Iñárritu) , Apocalypse Now (F.F.Coppola), Blade Runner (Ridley Sott)…
 
De quelle manière ont-ils changé votre vie ?
Un film qui change la vie est un film qui ouvre de nouvelles perspectives esthétiques, émotionnelles, intellectuelles… et surtout, c’est un film dont les personnages se mettent à coexister avec vous. La scène finale de Blade Runner, où l’on voit un répliquant qui est, tout à coup, capable d’un geste humain formidable, m’a vraiment marqué. C’est un choc. Un bon film crée des personnages qui ont davantage d’existence que votre voisin. Ils vous accompagnent, vous jugent, vous aident… C’est ça, la grandeur de la fiction : quand elle devient presque plus réelle que la réalité.
 
Vous dites que "Plus le film devient violent, plus le siège devient confortable". Quel est votre point de vue concernant la violence au cinéma, parfois considérée comme dangereuse ?
Il y a tout d’abord la fonction traditionnellement cathartique décrite par Aristote : ce n’est pas parce qu’un spectacle est violent qu’il va vous rendre violent ; je dirais même, au contraire : si c’est un spectacle réussi, aussi violent soit-il, il va plutôt vous guérir de la violence qui est en vous.
C’est la définition de la tragédie : montrer la pire violence possible, une sorte de représentation du pire, qui permet de le vivre par procuration, d’y survivre, et donc de ne pas avoir à le commettre dans la réalité. Le cinéma est un peu différent, car il y a la question du dosage. La tragédie était un spectacle rare et collectif. Aujourd’hui, le cinéma est visible à la télévision en permanence. L’exposition à de la violence 20 heures sur 24 a forcément des effets nocifs. Cependant, je pense qu’il y a une différence radicale entre la violence réelle et la violence mise en fiction. Croire qu’un spectacle violent rend violent est une erreur. La violence réelle va toujours nous concerner, très directement, alors que le spectacle d’une violence n’est pas interactif, on ne peut pas entrer dedans. C’est donc, d’emblée, une forme de médicament.
 
Quand on voit toutes les analyses, les interprétations que vous pouvez faire à partir de simples scènes de films, on se demande si les réalisateurs, les scénaristes, ont vraiment voulu exprimer tout cela… Dans Cinéphilo, vous écrivez par exemple que vous êtes convaincu que les réalisateurs de Matrix ont lu Descartes ?
Oui, il y a des citations très directes. Même dans Blade Runner, il y a des citations de Descartes. Un film suppose tellement de temps de préparation, d’intelligence collective… C’est aussi une question de moyens. Le cinéma américain consacre peut-être vingt fois plus d’argent au scénario que le cinéma français. Même si le résultat paraît moins intellectuel, en réalité il l’est davantage. C’est comme un mille feuilles. Il y a des couches qui s’adressent à tout le monde, et il y a des couches qui ne sont pas perceptibles immédiatement. Il ne faut pas sous-estimer le degré d’intention et de pensée dans les films.
 
Votre travail nous amène à réaliser que le cinéma nous transmet des messages que nous ne soupçonnons pas. Le cinéma apparaît alors comme un instrument de manipulation très efficace… Pensez-vous qu’il y a une visée de manipulation dans les films d’aujourd’hui ?
Le but est effectivement de manipuler, mais dans le sens où tout art a pour but de faire naître une émotion, une pensée. Le cinéma est particulièrement puissant parce que c’est un art de l’image en mouvement. Le cinéma met l’âme en mouvement. Aujourd’hui, il n’y a plus de projet de manipulation de masse. Il y a parfois des effets de masse, mais souvent sans responsabilités. Il y a, d’un côté, des artistes qui font un cinéma magnifique et responsable, comme Terrence Malick, et puis il y a des artisans géniaux, des fabricants, qui ont un savoir-faire, mais qui ne s’interrogent pas forcément sur les conséquences.
Tous savent faire, mais certains ont une dimension éthique. Chez Scorsese par exemple, il y a une dimension éthique énorme, religieuse même. Son cinéma est à la fois ultra violent et ultra sensible. Il pose la question de la violence, elle est réfléchie, même si elle peut paraître gratuite à certains.  
 
Vous avez également publié un essai sur la morale dans le football (Éloge du mauvais geste, 2010). Après le cinéma et le foot, y a-t-il d’autres champs d’études qui éveillent aujourd’hui votre intérêt ?
Le football, comme le cinéma, est un lieu commun. Ce qui est intéressant et amusant, c’est de voir quelque chose que personne n’a vu dans un objet commun. C’est un vrai défi. Après, ce qui m’intéresse, c’est de raconter de belles histoires. J’ai écrit des romans, si je peux faire des films je serai content… Je crois en la beauté, j’essaie de faire de belles choses.  
 
STUDIO PHILO :: OLLIVIER POURRIOL

MK2 BIBLIOTHEQUE

Prochains Studio Philo :
"La mort vaincue" – samedi 5 mars à 11h
"L’amour de l’improvisation" avec André Manoukian –
lundi 14 mars à 20h

Tarif : 7,50 euros/Étudiant 6 euros.

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