RENCONTRE AVEC LOÏC PRIGENT ET MADEMOISELLE AGNÈS

Depuis la mi-septembre, Mademoiselle Agnès et Loïc Prigent sont sur la brèche pour relever un véritable défi. Canal + a diffusé il y a quelques semaines le nouvel opus de « Habillé(e)s pour… » consacré aux collections printemps-été 2014.

Les derniers défilés parisiens avaient lieu le 2 octobre. Monté dans de très courts délais, nuits blanches à l’appui, ce documentaire de 52 minutes est une plongée pleine d’humour, de distance et d’intelligence dans l’univers hors-norme et flamboyant de la Fashion Week version française. A voir absolument pour une échappée belle vers le printemps !


Photos de jeff Lanet – CANAL+.

Paulette : Au fil des saisons, « Habillé(e)s pour » est devenu un rendez-vous incontournable pour les amateurs de mode certes, mais son ton décalé, qui en fait aussi la réputation, permet de toucher la curiosité de tout téléspectateur : l’humour est-il selon vous l’angle le plus pertinent pour parler de ce milieu ?
Mademoiselle Agnès : En tout cas, c’est celui qu’on a trouvé de manière la plus évidente. De l’extérieur, on peut penser que ce milieu manque de distance : on peut se dire que certains donnent l’impression de sauver des vies ou de trouver des vaccins alors qu’ils font des fringues ! Mais des créateurs ont aussi de l’humour : Karl Lagerfeld en est la preuve vivante. Certains sont révoltés avec vachement d’énergie, d’autres des grands timides. Il y a de tout ! A un moment donné, le seul moyen de rassembler tous ces gens, c’est de prendre un peu de distance et de tous les traiter avec le même regard. Et pendant une semaine de Fashion Week, où on se rend en immersion avec nos personnalités, il y a forcément des trucs qui nous font marrer ! Alors, pourquoi passer à côté ?

Loïc Prigent : Je ne suis pas sûr que ce soit un choix, c’est ma vision du monde en général. Je vis la mode comme ça, je l’aime comme ça. Je suis quelqu’un qui rit sur de nombreux sujets sans cynisme. Certains « Habillé(e)s pour » ont cependant été plus tristes que celui-ci, même s’il comporte lui aussi des moments sentimentaux.

Mademoiselle Agnès : Dans notre manière de rendre compte de ces défilés, il y a aussi un parti pris esthétique avec un vrai souci de l’image. Notre mission n’est pas tellement de montrer les prochaines tendances mais plutôt de filmer la comédie humaine, le rapport qu’on peut avoir avec les créateurs et de montrer les créations, parfois bizarres et étranges mais qu’on aime quand même. Les 3 ou 4 derniers « Habillé(e)s pour » correspondent à des vrais moments de nos vies. Ce sont des marqueurs de temps assez incroyables. Il se passe souvent quelque chose d’important quelques jours avant « Habillé(e)s »!

Loïc Prigent : Et nous restons très libres dans l’écriture. Si on cible toujours les défilés dans lesquels on se rend, on essaie de découvrir de nouveaux endroits et de maintenir notre curiosité en éveil, d’apprendre, de créer des surprises en filmant des vêtements, des gens, des situations qu’on n’a jamais filmés.
 

« Mais qui sont ces deux travelottes ? »

Comment Karl Lagerfeld a-t-il vécu la rencontre avec Catherine et Liliane (les deux pipelettes tenant la revue de presse du Petit Journal) après le défilé Chanel ?

Loïc Prigent : Nous avons en effet invité Catherine et Liliane au défilé. Agnès a réussi à obtenir des invitations auprès du service de presse de la Maison que nous connaissons bien tous les deux (Ils ont produit et réalisé le documentaire « Signé Chanel », ndlr). Nous voulions insérer des outsiders dans un monde qui leur était inconnu. Tout le monde s’est montré amusé et bienveillant, y compris les personnes assises à côté d’elles pendant le défilé.

Mademoiselle Agnès : Je les ai présentées à Karl à la fin du défilé, il était un peu hésitant… Mais comme cela venait de Loïc et moi, il a sans doute distingué le lard du cochon. Il m’a quand même demandé à l’oreille : « Qui sont ces deux travelottes ? » Je ne sais pas s’il était au courant, mais en tout cas, il a joué le jeu. C’est aussi une séquence-performance dont le tournage a duré presque deux heures non stop : Catherine et Liliane ont des fulgurances avec un vocabulaire désuet et hyper précis, les commentaires fusent…

Quel a été le moment où vous vous êtes le plus amusés ?
Mademoiselle Agnès : C’est une émission que je trouve pleine d’énergie, gaie et assez folle. Les créateurs sont là où on ne les attendait pas forcément. La performance de Rick Owens avec les danseuses de stepping (danse hip hop aux allures guerrières, on voit d’ailleurs les danseuses initier Mlle Agnès, ndlr) était complètement dingue, on a eu notre lot de bonnes surprises avec le défilé rafraîchissant et divertissant de Jean Paul Gaultier entre Grease et la Nouvelle Star au Paradis Latin.

Loïc Prigent : Dès qu’on met les pieds dans la Fashion Week, on perd ses repères, on oublie toute morosité ambiante. La crise semble avoir disparu. Ce n’est plus un monde franco-français, on est entouré de toutes les nationalités, tout le monde parle, échange, il y a un côté très optimiste. On a véritablement l’impression d’un monde parallèle, impression qui s’est montrée très forte cette saison. On est entré dans la cinquième, la sixième, voire la septième dimension !
 

« Le défile-requiem de Marc Jacobs a été marquant »
Quels ont été pour vous les moments forts de cette saison ?
Loïc Prigent : J’ai été frappé par l’énergie forte et intense du défilé Jacquemus. Il crée véritablement quelque chose en tenant un propos radical qui tient la route. Le défilé Chanel, dans un tout autre genre, a été un moment marquant. Il y avait beaucoup d’humour dans cette reconstitution d’une galerie d’art hystérique avec des œuvres humoristiques. Le défilé-requiem de Marc Jacobs également.

Mademoiselle Agnès : La rumeur du départ de Marc Jacobs de Louis Vuitton circulait depuis quelque temps. La nouvelle confirmée, cela marque la fin d’une époque. Je ne peux pas dire que j’ai trouvé ce moment émouvant mais j’ai adoré la procession qu’il a fait avec toutes ces tenues noires absolument somptueuses.

Contrairement à d’autres « Habillé(e)s », cet opus est centré sur les défilés parisiens : qu’est-ce qu’on va chercher à Paris par rapport à d’autres villes ?
Mademoiselle Agnès : A Paris, il y a un nombre de créateurs suffisant avec plus de relief qu’ailleurs. On y trouve aussi les décors les plus dingues. On est capable de vous plonger dans des univers uniques. On a été toute la semaine dans la jungle et dans la nature, notamment avec les glycines pendouillantes chez Dior…

Loïc Prigent : Le Paris de la Fashion Week est un Paris très touristique, très carte postale avec ses lieux iconiques comme le Trocadéro, les Tuileries, le Louvre ou les grands hôtels particuliers. On redécouvre un Paris d’étrangers, enchanté, avec un côté « Un Américain à Paris », les Américains étant très nombreux pendant la Fashion Week. Mais on fait aussi des défilés dans des lieux plus alternatifs …

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Une musique vous a-t-elle frappés pendant cette Fashion Week ?
Loïc Prigent : Oui, la chanson de Paul et Fritz Kalkbrenner intitulée « Sky and Sand« 
Mademoiselle Agnès : Le monteur la connaît par cœur. Je pense qu’on fera un karaoké sur cette chanson pour la fête de fin d’Habillé(e)s…

Un petit conseil mode : quelle est la pièce indispensable de la saison prochaine pour laquelle on gardera nos économies au chaud dans un bas de laine cet hiver ?
Mademoiselle Agnès : On va avoir un hiver froid, alors il faut s’acheter un beau manteau ! Remarque, on était aussi en démonstration du dérèglement climatique cette saison : chez Miu Miu, elles avaient des tas de manteaux fourrés, des collants limite en laine… Mais comme vous insistez, je vais faire un petit sondage auprès des filles de l’équipe.
(Mademoiselle Agnès revient après concertation). On retient donc comme panoplie printemps-été : une jupe plissée en vinyle, un crop top avec un bout de peau qui dépasse, des beaux bijoux en métal tordu, avec des mules aux pieds. Ainsi vêtue, il faudra aussi aller visiter des expositions d’art contemporain, qui est souvent un bon complexe de designer.
 
« Marchez plus vite les filles! Marchez comme si vous alliez trop vite! »

Loïc, vous vous êtes fait remarquer sur Twitter pendant la Fashion Week : quelle est pour vous LA phrase des défilés ?
Loïc Prigent : Dans les coulisses de Céline, on disait aux mannequins qui défilaient : « Marchez plus vite les filles! Marchez comme si vous alliez trop vite! » Je trouve que c’est une belle phrase pour la vie : pour que ce soit bien, il faut en faire trop.

Une dédicace à Paulette ?
Mademoiselle Agnès : L’été 2014 sera définitivement l’été des Paulette mais sans épaulettes !

>Habillé(e)s pour l’été
Ce mercredi 9 octobre à 22h30 sur Canal+
 

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