RENCONTRE AVEC JULIE GAVRAS


Camille a rencontré la réalisatrice Julie Gavras dont le film, 3 fois 20 ans est actuellement en salles.
 
Vos parents vous gonflent à chercher leurs lunettes tous les quarts d’heure ou à demander de répéter ce que vous criez du haut de l’escalier ?
 
Emmenez-les voir 3 fois 20 ans, une comédie romantique atypique sur un couple confronté à l’inévitable passage à la catégorie Vermeil… Assez Woody-allenesque, les tribulations d’Isabella Rossellini et William Hurt sous le regard de la réalisatrice Julie Gavras sauront toucher tutta la familia !
 
Paulette : En tant que jeune réalisatrice, pourquoi avoir voulu parler de la vieillesse ?
Julie : J’ai cherché à comprendre le sentiment de ne pas se reconnaître dans l’âge que nous donnent les autres. Après les documentaires que j’ai réalisés et mon précédent film, La Faute à Fidel, qui parle d’une petite fille, on me demandait souvent pourquoi je parlais toujours des enfants… Tout simplement parce que j’avais 35 ans et deux enfants ! Mais je ne correspondais pas à cette image. Je me suis dit "si moi, je ressens ça à 35 ans, qu’est-ce que ça doit être plus tard ?"…
 
Pensez-vous que dans nos sociétés l’âge soit important ?
Dans le monde du travail oui… Regardez les magazines féminins, ils nous vendent des produits anti-rides avec des mannequins de 20 ans… Isabella Rossellini m’a raconté qu’à l’époque où elle était l’égérie de Lancôme, le jour de son 40e anniversaire, elle a reçu tellement de fleurs qu’elle s’est dit "C’est pas un anniversaire, c’est un enterrement !" Et effectivement deux jours plus tard, ils la viraient en lui conseillant de dire que c’est elle qui partait… La norme, c’est la jeunesse.
 
En parlant  d’Isabella Rossellini, pourquoi avoir choisi ce casting international ?
À l’origine le scénario était écrit en français. On a de bons acteurs de cet âge-là en France mais j’ai l’impression de les avoir vu jouer ensemble toute ma vie, il me fallait trouver un couple inédit… L’autre problème était que les comédiennes de cet âge sont souvent refaites, ou n’assument pas de tels rôles… C’est pour cela que l’on est allé chercher acteurs étrangers qui parlaient français. Et ce multiculturalisme apporte quelque chose : quand le personnage d’Isabella va trop loin, ça va très bien avec son côté exubérant italien.

 
Vous avez effectivement choisi la comédie pour ce film…
Il y a déjà de très beaux films sur la vieillesse comme Loin d’elle de Sarah Polley ou La Maison du Lac, un gros mélo avec Katharine Hepburn et Henry Fonda… Mais la comédie, ça n’avait pas encore été fait. Et l’idée n’était pas d’en faire une grosse comédie franchouillarde, mais une comédie romantique dont j’aime la structure.
 
Vous abordez sur un ton léger des situations qui sont parfois cruelles, un peu à la manière d’un Woody Allen, est-ce une influence que vous revendiquez ?
Oui les Anglais m’ont beaucoup dit ça… Mais c’est involontaire. Quand on décide de faire une comédie, je pense qu’instinctivement on fait le tri entre celles qu’on aime ou pas et on se retrouve à écrire des choses proches de celles qu’on aime, sans pour autant aller jusqu’à les revisionner… Le film qu’on a beaucoup vu avec ma chef-opératrice, c’est De battre mon cœur s’est arrêté, la caméra est toujours dans le dos du protagoniste, et je voulais retrouver cette proximité, être dans son point de vue…
 
Le point de vue est celui de Mary, dans la Faute à Fidèle, c’était une petite fille, est-ce un point de vue féminin que vous recherchez dans chacun de vos films ?
Pour 3 fois 20 ans, j’ai essayé de changer de point de vue en donnant celui des enfants mais ça doit être la structure de mon cerveau, je n’arrive à raconter des histoires que comme ça, principalement du point de vue féminin.

 
On parle beaucoup d’une génération de jeunes réalisatrices (Maïwenn, Rebecca Zlotowski, Mia Hansen-Løve…), est-ce que vous pensez que cela apporte quelque chose de nouveau ?
Ça apporte sûrement quelque chose en termes d’histoires, une sensibilité aussi, même si des hommes font aussi des films sublimes sur les femmes… En revanche, pour le film, j’ai travaillé avec une chef-op, une décoratrice, bref plein de postes qui d’habitude sontplutôt réservés aux hommes… Et toute l’équipe était d’accord pour dire que ça allégeait les problèmes d’égo !
 
Pour terminer, avez-vous déjà de nouveaux projets ?
À Londres, j’ai été frappée par la façon dont les Anglais peuvent dire « l’Europe et nous » alors que nous, les Français, quand on dit Europe, on se met dedans, pareil pour les Italiens que je connais bien… Donc ça tournera autour de l’Europe, aucune idée de l’histoire mais ça fait quatre mois que je fais des stages pour apprendre le fonctionnement du Parlement européen. C’est l’héritage du documentaire… Lors de la sortie de mon premier film, ma famille m’a dit que c’était mon coming out de droite, parce que la petite fille était un peu réac, et là on me dit que c’est mon coming out comique, donc je crois que je vais rester dans ce registre… J’aime bien cette veine !
  
 
3 FOIS 20 ANS :: JULIE GAVRAS
avec William Hurt, Isabella Rossellini                        

Actuellement en salles


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