RENCONTRE AVEC FINK

Photo, Will Cooper Mitchell

En tant que songwriter folk blues, Fink se devait d’avoir un passé trouble. Le sien n’est pas banal : celui de Dj spécialisé en acid house et dub.  

 
On comprend mieux pourquoi ses albums paraissent sur le très électronique label Ninja Tune. Sur Perfect Darkness, sorti le 16 juin dernier, les sonorités de Louisiane ont un écho de zone industrielle britannique, intensifiant les résonnances abruptes des accords de guitare sur lesquels se pose la sombre voix de Fink.
 
Paulette a discuté avec lui de ce genre musical qui aime à chanter sur le temps et sur l’amour. En cherchant à savoir ce qui file le blues aux Djs, Fink nous explique ce qui donne la pêche aux guitaristes…
  
Paulette : Fink c’est toi, et c’est ton groupe. Comment différencies-tu les deux ?
Fink : Je suis le chanteur, j’écris les chansons, je joue de la guitare… Je réponds aux interviews. Les deux autres membres du groupe sont là pour l’enregistrement et les concerts. Sur scène, chacun doit faire son maximum pour remplir l’espace. En plus, on écoute beaucoup de trios, on est fan de Police par exemple.
 
Qu’est-ce que tu écoutes à part ça ?
Il y a tant de bonne musique en ce moment, j’aime tout ! J’aime les trendy indie bands, comme Esben & the Witch, Clara Clara, Warpaint. Le mois prochain, ce sera d’autres groupes : c’est la beauté de la musique. La musique est facile à faire, donc de nouvelles musiques arrivent sans cesse.
 
La musique, c’est facile ?
Faire de la musique, c’est se relaxer… puis composer. Se relaxer à nouveau et pouvoir composer encore. Les musiciens prétendent qu’ils sont des génies, mais ils mentent ! En 2005, je ne savais pas jouer de la guitare, je ne savais pas chanter, et en 2006 je sortais un album ! À l’époque, j’étais un Dj, je ne pensais pas composer un jour.
 
 
Qu’est-ce qui est le plus confortable, être musicien ou Dj ?
Dj, c’était savoir ce qui sortait en musique, le rassembler et le jouer. Il faut toujours se tenir au courant, c’est fatigant. Suffisamment de personnes m’ont dit que j’étais très bon avec Fink le bluesman pour que j’y croie. Je préfère donc cette place à celle de Dj. J’écris des morceaux que les gens aiment, et pour ce nouvel album, je suis confiant. On sent que nos vies vont changer. 
 
Concrètement, ça change quoi ce succès?
Par exemple à une fête. Tu veux t’adapter, rentrer dans le moule. Et on te demande quel est ton boulot et si c’est un minimum intéressant, comme être musicien ou journaliste pour Paulette, le regard sur toi change complètement ! Les gens ne te voient plus pareil et posent plein de questions. Parfois je dis que je suis banquier…
 
Perfect Darkness est très sombre, quels sujets abordes-tu dans tes chansons ?
La vie. La vie est ma matière. La vie, l’amour, la peur, le silence, se réveiller à Berlin, se noyer dans les bruits de la vie moderne, se disputer avec son partenaire parce qu’on n’a pas étendu la serviette de toilette… J’écris parfois sur des choses très banales mais qui disent aussi des choses plus profondes sur la vie et les relations. Je n’essaie pas d’amuser les gens, je n’y arrive pas. Je veux avoir du succès, mais rester sincère dans ma façon de faire de l’art. Si je n’avais plus rien à dire, j’arrêterais de chanter.
 
 
Tu habites à Paris et Brighton, comment répartis-tu ton travail entre ces deux villes ?
Tout d’abord, mon manager me protège de la vie normale. Tout le monde devrait avoir un manager personnel dans la vie, quelqu’un qui pense pour toi. J’habite à Paris, j’ai un appartement à Brighton, près de la mer, où je suis tranquille. J’ai ma vie à Paris et mon travail au Royaume Uni. Quand je compose, je dois être isolé. Je ne veux surtout pas de bistro ou un super resto en bas de la rue : absolument aucune distraction. C’est ce que je trouve en allant à Brighton. Et quand je suis content de moi, je reviens à Paris pour profiter de la vie.
 
C’est la belle vie, Paris ?
En ce moment, c’est parfait. Je passe toutes mes soirées sur le canal. J’aime le mode de vie de Paris : habiter un minuscule appartement, mais placé au mieux pour pouvoir être tout le temps dehors : restos, balades, tout. Peu importe si c’est une boîte à chaussures bruyante, peu importe si le loyer est cher : autant dépenser trop de sous tant qu’on est jeune, plus tard ça ne sert à rien. J’ai toujours dépensé tout ce que j’ai gagné, j’ai acheté des souvenirs et des expériences, des rencontres.
 
Un petit mot en français pour les Paulette ?
"Hey Paulette, ça va la pêche et la famille ?" C’est la phrase préférée des habitués du bar où je passe mon temps à Parmentier. 
Je voudrais aussi profiter de cette interview pour parler de mode. J’adore la mode. L’allure est trop souvent laissée de côté par les hommes. Je ne dis pas que j’en ai, mais sur scène, des centaines de personnes te regardent, donc tu prends conscience de ta façon de t’habiller. Je pense que les filles voient ce que je veux dire : les garçons passent leur temps à les regarder, d’où le fait qu’elles fassent attention à leur tenue ! Et puis, "like attracts like". Si tu es sale, tu attires des gens sales, si tu es m’as-tu vu, tu attireras des gens superficiels. 
 
Toi, comment es-tu ?
J’essaie d’être moi-même en un peu mieux !
 
 

FINK :: PERFECT DARNESS                                                      
Ninja Tune
 
Prochains concerts :
01/07 – Festival les nuits carré, Antibes
23/09 – St Mary’s Church, Brighton
24/09 – Rescue room, Nottingham
 


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