RENCONTRE AVEC ÉLISE GIRARD

Photo, Laetitia Lopez pour Paulette.

Paulette a rencontré la réalisatrice Élise Girard à l’occasion de la sortie de son premier long-métrage, Belleville Tokyo, l’histoire de Marie qui se retrouve larguée par Julien alors qu’elle est enceinte…

Dans ce premier long-métrage, Élise Girard s’attelle à un sujet quasi tabou, très rare au cinéma et également très personnel : celui des femmes enceintes qui se retrouvent seules, larguées par leur compagnon. Belleville Tokyo est donc un déroulé des mensonges qui précède le moment de l’inévitable, douloureuse séparation entre deux personnes qui n’arrivent plus à s’aimer.

Largement autobiographique, mais loin, très loin de toute intention thérapeutique, le film puise aussi sa grande force dans le jeu de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm dont le duo/couple a été très remarqué durant le dernier festival de Cannes pour leur film La Guerre est déclarée (sortie le 31 août). Dans Belleville Tokyo, on assiste impuissants à leur lente séparation, jalonnée de mensonges et de trahison. Ainsi Julien, critique de cinéma torturé, ment à Marie, attachée de presse pour les cinémas Action,  et mène une double-vie, s’éloignant d’elle au fur et à mesure que son ventre s’arrondit.  

Le film, dont la musique du film a été composée par Bertrand Burgalat, est un petit bijou de réalisation à voir absolument !


Paulette : Il y a quelque chose dans ton fil qui évoque la Nouvelle vague, tant dans l’esthétique que du côté de la réalisation…
Élise : Oui, en tout cas j’ai l’impression que je viens de là. Quand j’étais jeune, je vivais dans une toute petite ville de province et ma mère était assez cinéphile. Il y avait beaucoup de bons films qui sortaient chaque semaine, du coup, j’allais beaucoup au cinéma. Ma mère était fan de Rohmer, de Truffaut surtout. J’ai découvert Godart beaucoup plus tard, vers 25 ans, au départ c’était surtout Truffaut, Rohmer et Pialat, aussi.

D’ailleurs ta première rencontre avec le cinéma coïncide avec ta rencontre avec Pialat.
Pour moi ça a été une rencontre importante en effet mais ça n’était pas réciproque (rires) ! On tournait Van Gogh dans la région de Tours, où j’étudiais, j’avais  18 ans. Le film était censé se passer en été mais c’était le plein hiver. Durant le tournage d’une scène de bal, j’ai eu un regard caméra et Pialat a crié : "Coupez !" Il s’est énervé, s’en prenant à moi, et j’ai piqué une crise en lui lançant : "Pour qui vous vous prenez ?". Surpris de ma réaction, on a finalement parlé un peu. Mais je pense qu’il ne s’en souvient pas du tout !

Donc au départ, tu te destinais à une carrière d’actrice ?
Oui au départ je voulais être comédienne. Je joue d’ailleurs dans mon film le rôle de l’amie Jeanne qui ne dit rien, mais je ne le referai plus jamais ! Je pense que j’étais meilleure comédienne jeune. Je suis très timide, je sais que lorsqu’on tourne un film c’est imprimé, ça reste. C’est "impressionné" donc ça m’impressionne.


Tu es ensuite devenue – comme Marie dans le film – l’attachée de presse des cinémas Action. Est-ce cela qui a déclenché ton passage derrière la caméra ?
La première fois que j’ai fait un film c’était un documentaire sur les Cinémas Action. Je venais de terminer mes études de cinéma, j’avais toujours l’espoir d’être découverte en tant que comédienne, je savais que je ne voulais pas non plus être productrice…
Bref, un jour, un ami me parle des Action et m’encourage à devenir leur attachée de presse car ils n’en avaient pas. C’était surréaliste, j’ai commencé comme ça, sans rien y connaître, aucun journaliste, rien…  Un jour Arthur Penn est passé aux cinémas et m’a dit : "Tu n’es pas du tout faite pour être actrice mais pour être réalisatrice". Je me suis dit qu’il était en plein délire ! Puis au bout de cinq ans aux Action, je me suis dit qu’il fallait laisser une trace, donc j’ai fait un film sur eux. Par la suite j’ai fait un documentaire sur un autre exploitant du quartier latin, Roger Diamantis mais qui portait déjà en lui une fiction.

Avec Belleville Tokyo tu t’attelles à la fiction : tu racontes l’histoire d’une nana qui se fait larguer enceinte…
Il y a un truc qui me fascine dans la vie c’est les couples, on ne sait jamais vraiment comment ça se passe entre deux personnes. Je voulais montrer une séparation de l’intérieur, avec la bonne distance et parler de ce laps de temps qui s’écoule entre le moment où l’on décide de se séparer et la rupture effective.

Je me suis moi-même séparée enceinte, quand ça m’est arrivé j’étais très surprise, je ne m’y attendais pas du tout et surtout, je ne pensais pas que c’était possible ! J’ai découvert par la suite que ça arrive à plein de gens mais que c’est un tabou. Le film a été fait avec très peu de moyens à cause ça, les gens n’en voulaient pas ! Ils me disaient "ça n’existe pas". Ou bien "Faudrait faire une thérapie plutôt qu’un film !". C’est n’importe quoi ! Plus on m’a dit non, plus ça m’a énervée, je me suis rendu compte que toutes les femmes enceintes seules le vivaient très mal, que les gens leur disaient : "C’est de ta faute s’il est parti".


Parle-nous du choix des acteurs, Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli.
Jérémie, je l’ai rencontré par Bertrand Burgalat. Je lui ai parlé de mon souci de trouver un acteur. J’avais vu quelques acteurs français en vogue qui étaient hésitants car ils trouvaient le rôle trop négatif, je ne comprenais pas trop cet argument d’ailleurs. Et puis Bertrand m’a parlé de Jérémie, on s’est rencontré et il a tout de suite compris de quoi je parlais. Il a lu le scénario et il m’a dit : "Il faut que le film existe c’est dingue, on ne parle jamais de ça !"

Il l’a ensuite fait lire à Valérie. Ce qui est drôle c’est que Valérie était à Cannes en 2008 pour son film Il fait beau dans la plus belle ville du monde dans lequel elle est enceinte seule. C’est tout de même incroyable ! Et puis on s’est rencontré, j’ai senti que c’était une femme de caractère. Une fille bien droite, une élégance très claire. Quant à elle, ça lui plaisait bien de faire Marie.

Un souvenir de tournage ?
On tournait la première scène du film, qui est une scène de rupture sur un quai de gare. On avait fait deux prises déjà quand j’ai vu un TGV arriver du bout du quai. On l’a refaite une troisième fois avec cet affreux couinement du train qui arrive en gare et qui couvre les paroles de Julien et Marie. Mon ingé son était fou ! Mais bon c’est rigolo ! La vie c’est ça, on est toujours emmerdé par un bruit.

D’où un comique de situation très présent dans le film. Je sais d’ailleurs que tu travailles sur un projet de comédie ?
Oui, une comédie à ma façon ! De l’humour avec un fond dramatique car ce qui fait rire, c’est aussi ce qui est triste. Mais ce sera plus léger !
 

  BELLEVILLE TOKYO :: ÉLISE GIRARD

Avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, Philippe Nahon,
Jean-Christope Bouvet, Dominique Cabrera…

Sortie le 1er juin

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