RENCONTRE AVEC DOUNIA SICHOV

 
À 30 ans, Dounia Sichov est la révélation de Memory Lane, une chronique nostalgique qui n’en finit pas de distiller sa musique délicate, bien longtemps après la projection.

Pour sa première apparition sur le grand écran, nous avons voulu mieux connaître cette jeune comédienne qui a su insuffler à son personnage toute la douceur et la mélancolie, propres à ses origines slaves.

 
Paulette : Peux-tu nous relater ton parcours de comédienne ?
Dounia : J’ai commencé le théâtre vers 14 ans et ensuite, j’ai intégré le conservatoire du 10ème puis la classe sup de Paris. J’en suis sortie à 23 ans et j’ai commencé à travailler tout de suite pour le théâtre. J’ai fait des courts et des moyens métrages, de la télé également. Memory Lane est mon premier long métrage de cinéma.
 
Paulette : Comment as-tu rencontré le réalisateur Mikhael Hers ?
Dounia : Par hasard. J’avais une page Myspace où j’allais tous les six mois, ayant été chanteuse dans le groupe Senators in Bondage. J’y précisais que j’étais musicienne et comédienne, profil que recherchait Mikhael pour son film. J’ai reçu un mail de la directrice de casting et c’est ainsi qu’on s’est rencontré.
 
Paulette : T’a-t-il confié le rôle de Christelle dès le départ ?
Dounia : Oui, j’ai passé les essais pour ce rôle-là. Mon expérience de chanteuse et de pianiste m’a bien aidée pour le personnage. Je me sentais bien plus à l’aise face à la caméra que si je n’avais jamais touché d’instruments de ma vie.
 
Paulette : On a l’impression que dans ce film très musical, chaque personnage participe à l’écriture d’une partition. Avez-vous travaillé dans ce sens-là avec Mikhael Hers ?
Dounia : On n’avait pas forcément conscience qu’on jouait chacun la note d’une partition. C’est lui, le chef d’orchestre, qui nous a amenés à ça. Sans compter le casting : c’était très important pour lui de trouver une cohérence dans le groupe. On est tous très différents et sans qu’on n’ait rien eu à faire, on peut voir dans le film une sorte d’ensemble, où chacun joue de son instrument, c’est vrai.
 
Paulette : Comment es-tu parvenue à insuffler cette douceur à ton personnage, qui reflète la tonalité d’ensemble du film ?
Dounia : Il y a quelque chose de bienveillant dans le regard que porte Michael sur ses comédiens. Du coup, j’ai essayé de me mettre au diapason du réalisateur. Je me suis placée dans une sorte d’empathie de douceur. J’ai tenté de voir ce qu’il voulait qu’il se dégage des scènes et ça a opéré comme une vraie mue. La première semaine de tournage, j’étais à l’aise mais la seconde, je me sentais complètement à côté de la plaque, à tel point que je me suis même dit que ce métier n’était pas fait pour moi. Et la douceur est revenue, après que la peau qui était à vif, ait cicatrisée, que la première couche se soit détachée. Mais ça n’a pas été simple. C’était une vraie confrontation avec moi-même et ce rôle m’a beaucoup fait grandir.
 
Paulette : Es-tu de nature mélancolique, à l’instar de ton personnage ?
Dounia : J’ai pu l’être il y a quelques années mais c’est passé. En revanche, si je n’y veille pas, mon visage un peu anguleux, peut vite donner à ma personnalité un caractère sombre, ténébreux, renfermé, dur. Ça aussi, ça été du boulot. En fait, quand je souris, je dois sourire beaucoup pour que ça se voie ! (rires). Sinon, on a l’impression que je suis austère, sans doute à cause de mes origines slaves !
 
Paulette : Comment était l’entente dans le groupe ?
Dounia : Très chouette. Jouer ensemble jusqu’à 2h du matin, quand il fait froid, ça créé des liens, d’autant plus qu’on avait tous à défendre un personnage pour lequel on avait été choisi. C’était une ambiance bon enfant, très juvénile. Pendant les scènes, un bon équilibre régnait.
 
Paulette : Quel est ton meilleur souvenir de tournage ?
Dounia : La fête dans la maison de Raphaël. Il y a eu entre nous de belles choses que j’ai pu filmer hors plateau, sur de petites cartes vidéo. Sinon, on a tourné dans des lieux à Boulogne où j’avais grandi et où je passais autrefois tous les jours pour aller à l’école. Je n’y étais pas retourné depuis. Certains jours de tournage, j’avais de grosses émotions à revoir un pont que j’imaginais immense, plus jeune. Ce film a été aussi un beau voyage dans le temps.
 
Paulette : Comment définirais-tu le film avec tes mots ?
Dounia : J’ai un rapport ambivalent à la définition mais je vais essayer. C’est un film qui infuse. Ces filles et garçons-là, on voudrait les côtoyer ou on a le sentiment de les connaître. L’approche de Michael Hers me rappelle celle de Hal Hartley. Quand j’ai vu les premiers courts de Michael, je lui ai dit retrouver l’atmosphère d’une chanson de Dominique A, transposée au cinéma.
 
Paulette : Tes projets ?
Dounia : J’ai tourné dans le dernier film de Catherine Breillat, La Belle endormie qui a été présenté à Venise et au Festival de Londres et qui sera diffusé en 2011 sur Arte. J’étais très fière de travailler avec elle. J’ai aussi une pièce de théâtre au Café de la Danse qui va se jouer en février 2011, Tailleur pour Dames. Et un autre projet dont je ne parle pas pour le moment, par superstition ! 

 

MEMORY LANE :: réalisé par Mikhael Hers

avec Thibault Vinçon, Dounia Sichov, Lolita Chammah…

Actuellement en salle

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