RÉFORME DES APL : PAYER SES COURSES PLUTÔT QU’ÉTUDIER

Pas facile d’avoir 20 ans en 2021. Pour beaucoup d’étudiant.e.s en alternance, à la pandémie s’ajoute une perte d’aides au logement, les plaçant alors dans une situation d’insécurité financière. 

Plusieurs fois repoussée, la réforme des APL permet une plus grande réactivité dans la distribution des aides. Si le concept est prometteur, de nombreux étudiant.e.s en alternance se sentent lésé.e.s. On vous explique pourquoi.

Une réforme attendue …

Décalée à cause de la crise du COVID, la réforme des APL était initialement prévue pour 2020. Le changement principal qu’elle implique est celui du calcul du revenu. A la base estimé annuellement à partir des revenus n-2, le nouveau calcul est désormais actualisé trimestriellement et comptabilisé sur les douze derniers mois. Une aide « en temps réel », dont l’objectif est d’améliorer sa réactivité. En ce qui concerne les étudiant.e.s salarié.e.s, les apprenti.e.s et les alternant.e.s, le revenu « immédiat » fait donc référence. Pour ces jeunes, cela implique alors souvent une baisse des aides. Une réforme prévue, qui n’a alors pas surpris Jean, 22 ans. Il note cependant :  « La variation entre mes gains financiers de l’année et la baisse de mes aides est tellement élevée que tous les mois un écart se creuse dans mon compte en banque ».

La promesse semblait pourtant simple : permettre aux personnes qui perdent leur situation d’accéder à une aide plus rapide, et aider la transition de celles qui trouvent un meilleur emploi. Pour Paul, 26 ans, c’est un cadeau empoisonné. Il confie : « Ça peut marcher pour une solution à long terme, pour plus tard quand j’aurais un travail. Mais en tant qu’étudiant.e, t’as toujours une fiche de paie différente. T’es tout le temps en train de vagabonder entre jobs. Finalement j’ai l’impression d’être bloqué. Je me dis que si je dois chercher un autre emploi qui me plait plus – comme c’est attendu à mon âge – je suis en danger. Si par exemple je veux devenir entrepreneur, puisque le gouvernement nous le recommande si chaudement, le temps que j’arrive à trouver des aides et des financements, c’est le temps que je crève. »

« Sur le principe je trouve que c’est très bien, et que ça va aider pas mal de personnes. Par contre, c’est aussi une grande instabilité. J’ai tendance à faire des budgets prévisionnels, et quand tu sais jamais ce que t’auras dans trois mois ça devient très anxiogène »

Julie

L’écueil de cette réforme selon l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) proviendrait de la méconnaissance de la situation des étudiant.e.s. Selon Adrien Léniard, responsable des questions sociales au Bureau National de l’UNEF : « On n’a absolument pas été inclus par le gouvernement dans les discussions sur la mise en place de la réforme. Et aujourd’hui, on en voit les résultats. On observe les nombreuses problématiques qui concernent les étudiant.e.s face à une réforme extrêmement difficile à cerner. ». Des problématiques sur la gestion des dossiers et le nouvel outil de simulation notamment, qui en font une « usine à gaz ».

… Mais surtout une source d’anxiété 

Aux difficultés déjà quotidiennes dues à la pandémie s’ajoutent alors cette perte financière. Vers qui donc se tourner ? A l’ANAF (Association Nationale Des Apprentis De France), on  affirme que « l’estimation est faite dans le sens où les jeunes qui ne gagnent pas assez sont censés être encore à la charge de leur famille ». Ce n’est malheureusement pas toujours si simple. Paul déclare annuellement sa situation de rupture familiale. En règle générale, parmi les jeunes interrogés, rares sont ceux qui bénéficient d’un soutien financier parental.

« Mes parents ne m’aident plus, eux même n’ont pas les moyens pour tenir toutes leurs charges »

Julie

Sans recours, beaucoup se tournent alors vers leur CAF (Caisse d’Allocations Familiales). Là encore, ce n’est pas sans difficulté. Marie, 25 ans, a essayé : « T’envoie des mails t’as des réponses une fois sur deux, tu peux pas avoir de rendez-vous. C’est super dur ». Julie, 24 ans, acquiesce : « J’ai fait une réclamation il y a plusieurs semaines (le 18/01 NDLR), j’ai toujours pas de réponse ! ». Pour Victoire, 25 ans, c’est scandaleux, en particulier avec les variations désormais trimestrielles. Elle témoigne : « Ça va être une galère, c’est nous qui allons devoir les harceler tous les trois mois ? »

« On a choisi la voie d’alternance parce qu’on nous l’a vendue en nous disant qu’on pourrait apprendre un emploi tout en gardant nos aides. On nous a tout enlevé »

Victoire

A court terme, beaucoup se retrouvent donc handicapés par cette réforme. Toutefois, ils s’inquiètent surtout du long terme. « Il n’y a pas de sécurité. Ça fait peur, un jour, ils donnent plus, un jour, ils ne donnent plus rien. Tu peux pas faire de calculs. (prévisionnels NDLR).» affirme Louise, 23 ans. En effet, les modalités d’estimation des aides sont inaccessibles au public, à qui on réfère le simulateur d’aides. Pourtant, pour Chloé, 23 ans, ce n’est pas un outil suffisant : « Avec la CAF, on ne sait jamais sur quoi on tombe, même en faisant des simulations ça tombe jamais bien ». 

« Le simulateur de la CAF n’est pas du tout juste. Et j’ai donc aucun moyen de savoir les aides que je peux avoir. Tu fais des demandes et tu attends »

Victoire

Les associations réagissent

En ce qui concerne les calculs d’aides au logement, l’ANAF nous confie : « Les calculs de la CAF sont tellement ambigus qu’on peut difficilement se projeter. ». En revanche, l’association travaille en proche collaboration avec le SIRA (Service Interdépartemental pour la Réussite des Alternants). Eux sont plus au fait des différentes variantes prises en compte, ainsi que des diverses aides départementales. Ensemble, ils lancent le site mesaidesapprenti.fr afin de guider au mieux les (futurs) apprenti.e.s vers les aides auxquelles ils ont accès. En effet, il existe un certain nombre de bourses régionales ainsi que la prime d’activité et l’aide Mobili-Jeune, accessibles sous conditions. 

« Nous estimons que tant qu’on est en période d’études supérieures, on doit être considéré comme un.e jeune en formation. Et on doit être protégé comme tel. Il y a des spécificités quant aux parcours, mais il devrait y avoir une protection minimale assurée. »

Adrien Liénard

A l’unisson avec l’ANAF, Adrien Liénard déclare : « C’est extrêmement difficile de comprendre les critères exacts (de calcul NDLR), et c’est particulièrement flou ». Pour répondre à cette vague d’étudiant.e.s désemparés, l’UNEF recense actuellement les situations des jeunes qui les contactent. Elle compte dessus afin d’étoffer son dossier contre la précarité des jeunes. La question des aides au logement est d’ailleurs centrale dans le « plan d’urgence étudiant » que l’association réclame. On y compte notamment une revalorisation de 20% et une réforme du zonage. Ce dernier fausserait en effet les calculs en se référant à des estimations de loyers régionaux qui ne seraient plus d’actualité.

La réforme est donc très mal reçue par les jeunes alternant.e.s, devenant une source d’incertitude supplémentaire. Et pourtant, malgré la difficulté de la situation, beaucoup restent optimistes. Louise nous dit avec espoir : « Des études, quand t’as la chance de les faire, tu vas jusqu’au bout. C’est ce qui motive le plus à avancer ». Pour celles et ceux qui auraient besoin d’assistance psychologique, la liste des centres d’aides est toujours disponible sur la plateforme Soutien-Etudiant.

Les prénoms des étudiant.e.s interrogé.e.s ont été modifiés.

Un article par Shad De Bary

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