REDA KATEB : “ON A FAIT DE RYAN GOSLING UN PLAYBOY”

Depuis quelques jours, la toile s’affole, Ryan Gosling le beau Canadien est à Paris pour la promotion de son premier long-métrage, en salle cette semaine.

 
Lost River ou l’histoire assez glauque et esthétique d’un amour adolescent, noyé dans une ville fantôme entre poésie et fantastique… Un casting de rêve, Christina Hendricks, Saoirse Ronan, Iain de Caestecker et Reda Kateb, notre acteur préféré et français. Nous l’avions interviewé pour la sortie du film Qui Vive en novembre dernier, l’occasion de parler entre autre de Lost River et de sa rencontre avec Ryan Gosling. Extraits choisis.
 
Paulette : On va parler du film de Ryan Gosling…
Reda Kateb : …Ça intéressera les lectrices ça !
 
Tu n’as pas un grand rôle dans Lost River, tu joues un chauffeur de taxi mais ce rôle est essentiel dans le film. Raconte nous tout, comment ça s’est passé entre Ryan Gosling et toi ?
Il m’avait vu dans Un Prophète et dans Zero Dark Thirty. J’étais en tournage d’Hippocrate, juste avant de tourner Qui Vive et j’ai reçu un email avec son scénario où il m’a proposé ce rôle. Il n’y avait pas de casting, pas de rendez-vous Skype, rien du tout. J’étais surpris d’apprendre qu’il voyait qui j’étais, qu’il m’ait vu dans deux films. J’ai bien aimé son scénario, j’étais content qu’il m’envisage dans un rôle très différent de ce que l’on me propose en général. Sur le marché américain, c’est difficile de sortir des rôles de terroriste, de gangster. J’ai bien aimé qu’il voit autre chose. J’étais flatté, touché et puis je sentais qu’il avait autre chose, c’est un très bon acteur mais on a beaucoup fait de lui un playboy, en Une des magazines.
Je sentais qu’il avait un univers derrière, ça s’est confirmé à chaque jour de tournage que l’on a passé ensemble. Je l’ai rencontré à la cantine, la veille de mon premier jour de tournage, on a dîné ensemble, il m’a remercié de venir, j’ai aimé cette confiance, il n’y a pas eu de test. Dès le début c’était dans le partage.


 
Comme lui est comédien, peut-être qu’il a évité à ses comédiens toutes les choses désagréables par lesquelles parfois on peut passer. Par exemple, il a commencé par me demander comment moi je voyais le personnage, comment je le ressentais, et après il m’a parlé de comment il l’envisageait. Créer des personnages, souvent, c’est accorder des langages entre la vision d’un réalisateur, son histoire et l’appropriation, inventer quelque chose. Le premier soir de tournage, j’avais appris deux pages de textes en anglais, il m’a dit : “Peut-être que tu diras ce qui est écrit, peut-être pas, on va rouler avec Christina Hendricks, et si ça se trouve, on va rouler toute la nuit et tu ne vas rien dire du tout. On va tourner et tout, mais si à un moment le dialogue vient, ça viendra”. J’ai aimé ça. On a roulé dans Detroit la nuit, au décor incroyable. Et à un moment, j’ai siffloté un morceau que j’aime beaucoup de Skip James, Devil got my woman, une belle chanson de blues, j’ai siffloté et Christina m’a dit : “C’est quoi cette chanson que vous sifflotez ?” et hop, on est partis dans la scène. C’est la musique qui a amené le langage. Aux États-Unis, il y a des histoires de syndicats, d’acteurs, de règles qui ont fait que l’on avait pas assez de temps pour mon rôle. C’est ce que Ryan Gosling me disait.

Alors on est partis dans Detroit le week-end, on a tourné des trucs ensemble, et donc on a fait ça sans le dire à personne, j’ai piqué mon costume je l’ai amené dans ma chambre d’hôtel, je me suis préparé, je me suis coiffé et on s’est retrouvés dans une autre chambre d’hôtel, on a regardé des rushs un peu, on a mangé un p’tit morceau et ensuite, on a tourné toute la nuit avec Ryan, le chef opérateur et deux types qui étaient là pour la sécurité. On a tourné des trucs jusqu’au petit matin, il y avait un festival de musique électro, on est allés tourner des trucs là-bas, c’était vraiment super.
J’avais cette liberté, Ryan tenait la caméra à certains moments et je lui disais “Tiens, regarde ces lunettes de soleil, tourne”, il branchait la caméra. Ensuite, on était dans une soirée techno et il y avait des tubes fluo de couleur et c’est comme ça que je m’éclairais. On a fini la nuit dans un fast-food pourri dans Détroit. Et ça existe dans le film car cette scène existe. C’était très touchant car on voit une famille, et en fait, ils disaient qu’ils attendaient le bus pour rentrer chez eux, j’étais embêté car il y avait des enfants en bas âges. En fait, on m’a expliqué qu’il n’y avait pas de chez eux, pas de bus, ils vivent dans ce fast-food. Ils vivent dans la rue. On a partagé ça avec ce type, une rencontre de 5h du mat’, on a parlé du rêve américain. Et il m’a confié justement que pour lui, le rêve américain c’était ses enfants, il espérait qu’ils aient une vie plus belle que la sienne. C’était toujours perméable à ce qu’il se passait autour de nous, au partage, aux gens de la ville de Détroit qui ont vu ça, il y avait des autocollants sur les voitures et les parkings avec noté “Ryan Gosling / Save Detroit”, les gens étaient partout où on allait, c’était chaleureux.
 
 
Lost River, de Ryan Gosling
En salles le 8 avril 2015
 
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