PRESQUE L’AMOUR : PROMESSE CHARNELLE

Espièglerie et légèreté dynamisent une pop sous influence 80 chantée en français par une voix céleste, celle de Julie Mouchel, à l’origine du projet. Elle rencontre Jean-Baptiste Saez (multi-instrumentiste touche à tout, ingénieur de formation) en 2007 mais ce n’est que cette année qu’il la rejoint sur scène. L’histoire peut alors commencer à s’écrire au masculin/féminin de façon décomplexée, faussement naïve. Jean-Charles de Castelbajac et Elli Medeiros sont déjà séduits. Et vous ?

Paulette : Comment s’est passé l’enregistrement de ce premier EP ?
Julie : J’ai commencé à faire de la musique avec Antoine Graugnard en 2009. Puis Jean-Baptiste nous a rejoints sur scène. A ce moment-là, les pré-prods de l’EP était déjà finies. On a fait des prods additionnelles et l’enregistrement des voix avec Julien Galner du duo Chateau Marmont. Ses synthés analogiques avaient des sons de malade.

Quelle était votre ambition ?
Julie : Les chansons existent depuis un certain temps, donc on voulait asseoir les bases du projet de manière officielle, notre identité, pour pouvoir aller ailleurs ensuite. Sur cet EP, j’ai surtout travaillé avec Antoine, donc il charrie beaucoup de choses. C’est la fin d’une histoire et j’ai l’impression de sortir la tête de l’eau. C’était un accouchement difficile. JB a posé sa patte sur les versions live. Le premier titre qu’on a fait tous les deux s’appelle Balle Réelle mais il n’apparaît pas dans l’EP.

L’origine de votre nom de scène, Presque l’amour ?
Julie : Avec Antoine, on était très proches mais on n’arrêtait pas de s’engueuler. Entre nous c’était presque de l’amour. On avait une relation fusionnelle, passionnelle mais ça n’a pas duré. Le projet s’est construit là-dessus. Ça raconte une relation mais au-delà de ça il s’agit de ma relation à l’autre de manière générale, l’amour et l’altérité. Comment tu peux aimer les gens ou aimer le monde ou aimer les choses, et en même temps avoir super peur du rapport au monde ? Comment tu te mets en danger dans ton rapport à l’autre ? C’est une histoire de relations cet EP.

C’est le même genre de relation que tu partages avec Jean-Baptiste ?
Julie : Non, c’est très différent avec JB (rires). On vient d’écrire une chanson qui sortira sur le prochain EP, qui s’appelle L’Escorte. C’est l’histoire d’une rencontre, une rencontre salvatrice et je pense que JB l’a été pour moi. Avec Antoine, il nous manquait quelque chose de serein, de terrien, de tellurique. Si l’équilibre est rétablit avec JB, c’est parce qu’il est super solide. Comme je suis quelqu’un d’aérien, ça marche.

Est-ce qu’amour rime forcément avec souffrance ?
Julie : Non pas nécessairement. Dans ma manière d’imaginer l’amour et de le raconter, j’ai quelque chose d’hyper léger, ancré dans le présent, simplement lié au plaisir. Simple sans être naïf. Le texte de Vite fait bien fait peut sembler naïf alors que pas du tout. Je compare souvent cette chanson au film de Jacques Demy, Peau d’âne. Oui c’est un conte de fées, mais derrière ça, il y a la question de l’inceste par exemple. C’est sous couvert de la naïveté qu’on peut exprimer des choses plus profondes.

Votre meilleur souvenir de séduction ?
Julie : J’ai entretenu une relation avec un avocat, et il m’a demandé très tôt après notre rencontre ma citation préférée. J’ai cité Nietzsche : Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse. Le lendemain matin, il y avait cette phrase taguée sur un mur en bas de chez moi. Trop la classe ! JB : Pour ma part, rien d’extravagant. Je suis assez déçu d’ailleurs (rires).

Dans votre premier clip, Qualité, une fille en prise avec ses cheveux, une natte qui lui caresse le coup ou alors l’étrange…
Julie : C’est exactement ça, on se pose la question. J’ai écrit le clip y a quelques mois. La qualité c’est sa chevelure. Cet objet est totalement réifié et devient presque une entité à part entière. C’est un instrument de séduction qui la met en valeur mais qui peut aussi devenir une menace, un instrument d’aliénation. Il a été réalisé par Lili Delaroque et monté par Olivier Gondry, le frère de Michel Gondry. Je voulais qu’on voie uniquement les cheveux. C’est presque de l’ordre du fétichisme ! (rires).

Si Presque l’amour était une photographie, ce serait quoi ?
Julie : Dans Presque l’amour, il y a quelque chose d’assez mystérieux et menaçant. C’est ce que les sentiments peuvent avoir d’étrange et d’inquiétant. Une photo d’un pote qui m’a marqué : un couteau qui tranche la collerette d’une fraise. Très sensuel ! Et je pense aussi aux couteaux des restaurateurs japonais qui coupent le saumon et les tomates de manière hyper précise, presque chirurgicale. C’est hyper érotique et en même temps très dangereux.

Un poème ?
Julie : Nuit Rhénane, d’Apollinaire : Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme. Écoutez la chanson lente d’un batelier qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds…

Un film ?
Julie : Le Mépris de Godard, film dont je suis fan. Y a un bouleversement au début du film et ensuite quelque chose de tragique et d’inéluctable à cause d’un regard, un événement qui a l’air de rien. Pour l’imaginaire, je citerais Leos Carax, Holy Motors, parce qu’il y a beaucoup de références à l’inconscient et notre écriture a quelque chose de cet ordre-là. Dans le même esprit, les films du réalisateur russe Andreï Tarkovski. Truffaut évidemment. Jacques Demy.

Les synthés constituent la colonne vertébrale de vos chansons. Qu’est-ce qui vous fascine dans les textures synthétiques ?
Julie : Mon amour pour le synthé est né via Giorgio Moroder, que j’ai découvert avec la BO du film Midnight Express. J’aime les sons stellaires, les synthés qui ont des sons d’étoiles filantes. Ça m’évoque des trajectoires cosmiques qui nous dépassent et nous transcendent. On creuse notre identité via la matière, au-delà des notes et des mélodies. Notre musique est charnelle et pour moi, il y a aussi la chaire des synthés.

Ils se font aussi l’écho d’ambiances nocturnes. Votre rapport à la nuit ?
Julie : Ambiances nocturnes aussi dans les textes, parce que je compose beaucoup la nuit. Les textes partent le plus souvent de mes rêves ou de mes cauchemars. La nuit, la parole est beaucoup plus libre parce que l’inconscient est là. Y a aussi quelque chose d’assez festif, d’assez club parce que j’adore faire la fête et j’adore danser. C’est la nuit que je suis le plus dans le présent. Avec ce qu’elle a de tragique, de légèreté et de liberté.
JB : C’est très hybride, tu peux faire plein de choses. La nuit, je suis plus serein. C’est un moment privilégié… et puis j’adore dormir (rires).

Vos spots préférés pour faire la fête ?
JB : J’aime bien les bateaux donc Le Petit Bain.
Julie : Le Ground Control sans hésitation !

On retrouve des influences 80, de plus en plus en vogue chez les groupes pop francophones. Retour en grâce du rétro ou phénomène de mode ?
JB : Y a forcément un phénomène de mode, mais c’est inconscient.
Julie : On est nés dans les années 80 donc on a des influences 80, on n’y peut rien. Comme c’est une mode, il y a beaucoup d’imposture. J’aime les trucs des années 80 quand il y a un fond, quand c’est chargé, quand c’est justifié. Les couleurs du premier EP sont teintées 80 c’est vrai mais c’est comme une robe du soir. Peut-être que pour le prochain on changera de robe.

L’album qui a changé votre vision de la musique ?
Julie : Mythomane de Daho, produit par Jacno, et Noir Désir, 666.667 Club parce que c’est de la poésie en barre, insolente et sauvage.
JB : Frogstomp, le premier album du groupe australien Silverchair sorti en 1995. Ils avaient 15 piges et moi 13. C’était un power trio à la Nirvana. C’est grâce à eux que je me suis mis à la guitare, que j’ai monté des groupes et que j’ai chanté.

Une dédicace aux Paulette ?
JB : Tout vient à point à qui sait attendre. Ça a marché pour moi.
Julie : Etre léger, c’est la meilleure façon de résister alors faites la teuf à fond !

PRESQUE L’AMOUR :: EP
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