POURQUOI SOMMES-NOUS AUSSI FASCINÉS PAR LES ANNÉES 90 ?

La décennie de notre enfance a la cote, et ça fait quelques temps que ça dure. On fait le point sur la raison derrière cet engouement pour les 90s.

A part si vous avez vécu dans une cave ces dernières années, vous êtes certainement au courant que tout – la mode, la culture, la beauté, l’art – semble offrir un hommage de taille aux années 90. On ressort les bobs, les Buffalo, les rouges à lèvres marron, les mini robes moulantes à paillettes et on s’éprend à nouveau pour les gangs de mannequin type Gigi, Bella, Kendall comme on l’avait fait jadis pour Claudia, Kate et Naomi.

Les marques de streetwear misent sur les logos qu’on portait au collège, FILA et Champion ont pris deux zéros mais pas une ride, et même les séries de l’époque font leur grand retour. Avec une passion toujours plus grandissante pour Friends ou Beverly Hills, et des remake de Sabrina l’apprentie sorcière et de Charmed, on en vient à se demander pourquoi l’époque fascine autant. Et personnellement, j’ai ma petite idée sur le sujet.

Née en 1990, je n’ai pas connu le bonheur d’être ado à ce moment-là, mais je ne suis certainement pas passée à côté des premiers tubes de Britney, du succès de Titanic ou de la genèse des Mystères de l’amour : l’iconique Hélène et les garçons. Petit aparté pour féliciter le talent de ces acteurs toujours débutants après 30 ans de carrière – jouer aussi mal, ça mérite un tant soit peu de reconnaissance.

Et puis j’ai connu les Spice Girls. Cinq anglaises au style ultra-différent qui ont fait découvrir à une génération de futures féministes ce qu’était le Girl Power, et pourquoi privilégier l’amitié et la bienveillance aux mecs en carton qui leur brisaient le coeur. Des chansons que je ne comprenais évidemment pas du haut de mes sept ans et demi, mais que Spice World, le film dans le bus, aura éclairées d’un coup d’un seul. Le message est aussi fort que l’écriture est bancale. Et ça cartonne toujours aujourd’hui. La preuve, le girls band se reforme – sans Victoria et avec une fabrication contestable de t-shirts, certes, mais quand même. Pareil pour les groupes français : IAM, NTM, il ne manquerait plus que Manau et Zebda refoulent les planches pour qu’on se croit revenus en 1998.

Parlons en d’ailleurs, de 1998. Notre deuxième étoile aussi, laisse une impression de déjà vu. Didier Deschamps est toujours aux manettes, les Bleus ramènent la coupe à la maison et deviennent par la même occasion 22 héros qui taclent presque 20 ans d’échec footballistique (voire de honte quand on se rappelle le douloureux épisode du bus, en Afrique du Sud, en 2010. Perso, j’en ai encore des frissons de gêne). La victoire est encore plus savoureuse qu’elle fait écho à celle de ses aînés – l’exceptionnel but de Pavard restant quant à lui inédit.

Et nous dans tout ça, on se plonge volontiers dans notre jeunesse pour éviter de se rappeler que le temps passe, qu’on a trente ans bientôt ou révolus et que les choses sérieuses commencent. On se raccroche à nos jeunes années avec un goût de nostalgie qui nous rassure, comme s’il s’agissait d’une cure de jouvence salvatrice et surtout nécessaire pour avancer. Regarder vers le passé pour aller de l’avant. Et oublier aussi le quotidien qui fait peur, la menace écologique, l’actualité inquiétante.

Robert Eguy, sociologue, a répondu à Néon sur le sujet, en assurant qu’il n’y avait rien de grave à “S’octroyer des pauses nostalgiques, c’est un mode d’adaptation à une réalité menaçante et corrosive. Mais ces jeunes ne regardent pas le passé dans une rumination commémorative, il est à la fois source de réconfort mais aussi d’inspiration pour créer des choses nouvelles”. Et côté création, on excelle. On ne fait que ça, on se révolte aussi, on reprend les combats de la génération d’avant, et surtout, on se soulève pour celle qui arrive.

Article de Pauline Machado

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