POURQUOI RUMINE-T-ON ABSOLUMENT TOUT EN CE MOMENT (ET COMMENT Y REMÉDIER)

Ça fait des mois qu’on passe notre temps à cogiter sur des problèmes plus ou moins actuels, et importants. Ça nous stresse, mais pas de panique : c’est tout à fait normal, et ça se soigne.

23 heures, fond du lit. Depuis 45 minutes maintenant, on pense à la fois où on s’est tapé la honte en 3e en acrosport en réalisant une roue lamentable devant notre crush hilare. La veille, on passait en revue, au même moment et pendant à peu près aussi longtemps, les raisons (fictives) pour lesquelles on ne vaut pas un clou au boulot. Demain, ce sera sûrement au tour de l’embrouille avec notre meilleure pote qui date d’il y a dix ans de nous hanter, et dans quelques jours encore, notre sommeil d’être remplacé par une rétrospective pénible mais fidèle de toutes ces occasions où on aurait pu se taire au lieu de déblatérer un flot de conneries. 

A-t-on vraiment fait les bons choix de vie ? N’aurait-on pas dû persévérer dans une voie plutôt qu’une autre ? Pourquoi n’a-t-on pas dit à notre ex crevard qu’il était un crevard plutôt que de s’écraser pendant des mois ? A-t-on bien fait de céder au retour des Uggs ? Le reboot de Gossip Girl sera-t-il vraiment réussi ? Autant de questions aux réponses multiples mais rarement satisfaisantes qui font chauffer notre cerveau jusqu’à l’épuisement et – enfin – l’endormissement.

Crédit : UGC Distribution

En plus de nous priver d’une nuit réparatrice et d’influer clairement sur notre moral et notre estime de soi, ce mécanisme mental finit aussi par nous rendre dingue : on s’auto-flagelle d’avoir été bizarre, pas à la hauteur, chiante il y a deux siècles pendant dix minutes (sans que ces critiques de soi à soi ne soient vraiment fondées qu’on se le dise) et on s’auto-flagelle de s’auto-flageller quand on réalise qu’on va trop loin. Généralement prostrée dans un coin de lit ou de canapé qui n’a plus rien de bien réconfortant. Héhé. C’est la vie qu’on a choisi de mener. Ou pas, justement. 

Car si on a toujours eu un penchant self-conscious au point de décortiquer chaque situation pour s’assurer qu’on n’a pas été « trop » ou au contraire, « pas assez », le phénomène a pris une ampleur de taille depuis quelques mois. Un an, quasiment, ou la date du premier confinement. Avec notre inquiétude liée à la pandémie et au déroulement des semaines à venir s’est accrue celle de nos moindres faits et gestes, présents comme passés. Et notre cas n’est pas isolé. Rien qu’à voir le nombre de notes vocales WhatsApp qu’on reçoit de nos potes angoissé·e·s par des aspects divers de leurs vies – émotions légitimes faut-il le marteler, mais plus intenses qu’avant – on saisit l’ampleur des dégâts psychologiques d’une telle actualité. 

A en croire les expert·e·s dans le domaine de la santé mentale, si trop penser ou ruminer est un réflexe complètement normal pour l’époque, il existe heureusement des façons de l’atténuer. 

« Il est utile de s’inquiéter« 

Crédit : 20th Television

« Nous sommes tous dans une situation où nous devons nous inquiéter pour notre sécurité et celle des autres, ce qui fait que le niveau d’anxiété de chacun a augmenté », décrypte la psychologue Dre Becky Spelman auprès de Stylist. « L’inquiétude est une chose à laquelle nous avons recours pour résoudre les problèmes, il est donc utile de s’inquiéter quelques minutes pour traverser une situation difficile (comme traverser une route très fréquentée, par exemple). » Elle alerte cependant contre les dérives d’un réflexe poussé à l’extrême. « Nous pouvons appliquer à l’excès cette stratégie de résolution de problèmes et finir par trop nous inquiéter sans arriver à la solution dont nous avons besoin pour laisser partir l’inquiétude. » Tendu.

En gros : se faire du souci, c’est important, trop cogiter, c’est oppressant. Et surtout, ça n’entraine rien de bon. « Nous ressentons une émotion négative lorsque nous sommes anxieux, et cela signifie que nos pensées vont facilement vers la perspective du ‘verre à moitié vide' », poursuit la spécialiste. « Nous avons tendance à avoir une vision négative de tout ce qui nous vient à l’esprit ». Une sorte de tourbillon mental réjouissant (non) où règnent dépréciation perso et exigence démesurée. Et où, plutôt que de se dire qu’on s’est relevé·e bien des fois de situations cocasses, on se concentre sur nos échecs cuisants, nos moments gênants, nos réparties embarrassantes, quand on en a (ce qui n’est pas donné à tout le monde, et clairement pas à nous).

En bref, on a le cafard et on broie du noir plus que de raison. « Nous sommes à un point critique de la pandémie », comprendre à l’aube d’un troisième confinement. « Cela provoque essentiellement de la paranoïa dans nos esprits, alors que nous n’analyserions pas habituellement les choses de manière aussi inutile ». Et douloureuse. 

Les solutions : pleine conscience, écriture et distraction

Pour la spécialiste, il n’y a pas 36 000 moyens de se débarrasser de ce fléau chronophage, mais trois. On peut d’abord remplacer une pensée par une autre, forcément joyeuse, qui occupera un cerveau embué par trop d’anxiété. Un souvenir heureux du temps d’avant ou de maintenant, qui nous fait rire ou sourire à chaque fois. Une référence culturelle, un événement futur, voire même une projection complètement fantasmée d’une nuit au Memphis à danser sur France Gall et Johnny Hallyday. Tout ce qui détend nos sourcils froncés, on prend.

Ensuite, on pense pleine conscience. « Nous constatons souvent que la pleine conscience est le meilleur moyen de laisser nos soucis de côté », estime Dre Becky Spelman. « Nous prenons du recul sans nous juger, nous acceptons ce que nous ressentons et commençons à traiter nos pensées d’une manière différente ». Un exercice qui, au-delà du contexte sanitaire, s’avère salutaire.

Et puis, un concept nommé « l’arbre à souci ». Elle s’explique. Il s’agit d' »une technique qui vous aide à déterminer si votre souci est vraiment un souci. » Malin. « Si c’est le cas, vous pouvez déterminer quand et comment prendre des mesures pour y remédier, puis passer à autre chose. » Transformer ses préoccupations mentales en actions physiques concrètes, ou comment se décharger la tête. « S’il s’agit d’une inquiétude hypothétique », continue l’experte, « c’est-à-dire quelque chose qui peut ou non se produire dans le futur mais qui n’est pas imminent, alors vous pouvez vous donner la permission de la laisser filer parce que ce n’est pas une situation réelle ». En répondant notamment à une question : est-ce que je peux y faire quelque chose ou non ?

Nous, on ajoutera une dernière astuce testée et approuvée maintes fois/insomnies liées à un incident minime remontant à nos plus jeunes années : l’écriture. On ne parle pas de se lancer dans un roman ni dans la course au Pulitzer, mais de coucher sur le papier ce qui nous tracasse. Pour prendre du recul, formuler le problème, puis l’adresser d’une manière ou d’une autre. Puisqu’il est inscrit noir sur blanc dans le cahier Hello Kitty qu’on a reçu de notre Secret Santa, on a moins besoin de le visualiser, de le tourner dans tous les sens et de ressortir lessivée de cet audit foudroyant. Ça aide à digérer et à se débarrasser de cette (pas si) petite boule insistante qui pèse sur notre petit coeur.

Ce qui reste primordial, au-delà de tenter de s’apaiser, c’est enfin de ne pas culpabiliser de ressentir quoique ce soit. Doutes, peur, tristesse. De se rassurer en sachant que la nuit, tout semble toujours plus insurmontable qu’au matin. Et de se dire que tout ira sûrement (un peu) mieux demain.

Chronique de Pauline Machado

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