POURQUOI IL FAUT VOIR « PARASITE » DE BONG JOON HO

Le thriller Parasite commence avec une intrigue simple : la famille Ki-taek est pauvre et cherche un moyen de subvenir à ses besoins. Le frère réussit à se faire embaucher chez les très riches Park, entraînant une série d’événements qui va bouleverser la vie des deux familles. Un chef d’œuvre signé Bong Joon Ho, qui lui a valu d’être récompensé de la Palme d’Or.

Le film traite des différences sociales, des relations entre les classes et pose une question cruciale : jusqu’où est-on prêt à aller pour réussir à gagner de l’argent ? L’histoire critique visuellement l’ambiguïté de cette société où un fossé sépare les plus démunis des plus aisés. Les deux familles se prêtent parfaitement à la comparaison : elles sont toutes deux composées d’un couple marié avec deux enfants, une fille et un garçon. Ce parallélisme qui permet d’établir des comparaisons entre les Ki-taek et les Park, se retrouve dans divers détails récurrents du film, tels que la symbolique de l’eau et de l’odeur qui permettent un commentaire subtil de cette société rongée par les inégalités.

Un des éléments qui revient de manière quasi-obsessive tout au long de l’histoire est l’eau. L’eau est introduite dès le début, lorsque le voisin ivrogne des Ki-taek s’apprête à uriner devant chez eux. Il faut savoir que les Ki-taek habitent dans un entresol étroit avec une fenêtre qui donne sur la rue extérieure. Quelqu’un intervient pour l’empêcher d’uriner en lui jetant de l’eau dessus, on peut voir dans ce geste une volonté de purification ou de faire fuir. Car l’eau est un élément ambigu : il peut à la fois être un signe de vie, de fertilité, relié au liquide amniotique, voire capable de purification – ou être violent et incontrôlable, détruisant tout sur son passage lorsqu’il se déchaîne. Un élément double et imprévisible, tour à tour salvateur et mortifère, comme on le voit si bien à l’écran.

Le contraste entre le haut et le bas est aussi clairement marqué avec les marches des escaliers filmées répétitivement en gros plans. La maison des Park est perchée sur une colline escarpée, qu’il faut gravir avant de monter des marches supplémentaires pour enfin y accéder. La famille Ki-taek effectue des allers-retours entre sa maison en bas et celle des Park en hauteur, un pénible mouvement ascendant qui suggère visuellement la différence de classe entre les Park et les Ki-taek, et la difficulté à gravir l’échelle sociale.

Enfin, c’est le concept d’odeur qui revient à intervalles régulières. Car si la différence de classe peut être masquée avec les bons vêtements, gestes et attitudes, il y a des marqueurs plus subtils et invisibles à l’œil nu qu’on ne peut pas effacer. L’odeur, intangible mais tenace se révèle malgré soi et peut difficilement être contrôlée. On est souvent confrontés à des odeurs corporelles désagréables, en particulier dans les transports en commun : après le film, on réfléchira à deux fois avant de s’écarter ou d’exprimer notre dégoût…

Une multitude d’autres motifs pourraient être analysés, comme celui du parasite, mais pour ne pas trop en révéler on vous laisse découvrir le film par vous-mêmes. Un long-métrage haut en émotion, qui saura vous surprendre et vous faire réfléchir.

Article de Inès Huet

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