POURQUOI DÉTESTE-T-ON AUTANT LES LUNDIS ?

Le premier jour de la semaine a mauvaise réputation. Tout le monde, ou presque, le redoute. Mais pourquoi, exactement, déteste-t-on autant les lundis ? Des spécialistes l’expliquent, et donnent des clés pour mieux l’aborder.

Il y a quarante-huit heures à peine, on trépignait d’impatience à l’idée d’un nouveau week-end. C’était vendredi soir, on avait le cœur léger, insouciant. On était libéré·e de notre semaine, prêt·e à passer du bon temps. Dans des conditions limitées, certes, mais rien de plus agréable à l’automne que de traîner au lit pendant des heures. 

Avance rapide, on est dimanche soir. La grasse matinée du matin nous semble n’être qu’un lointain souvenir et le lendemain un futur auquel on ose à peine penser. On déteste les lundis. 

Crédit : Friends/Warner Bros. Television

Dans notre imaginaire, ils sont tous pluvieux, mornes, monotones, sans saveur. Une journée qu’on préférerait supprimer clair et net de notre emploi du temps. Sans pitié. D’ailleurs, on a une théorie : le lundi ne sert à rien si ce n’est à nous extirper brutalement d’un rêve éveillé pendant lequel on ne devait rien à personne et simplement profiter de notre douce existence. 

Chaque début de semaine, c’est la même rengaine. On est sauvagement tiré·e des bras de Morphée alors qu’il fait encore nuit dehors, au son d’une mélodie stridente qui fait vibrer les murs. Il n’y a plus de café, l’eau de la douche met des plombes à chauffer et la dernière dose de dentifrice du tube, qu’on avait réussi à déposer sur notre brosse à dent après vingt bonnes secondes d’effort, vient de s’étaler lamentablement sur la céramique du lavabo. Classique : le lundi attire les événements malchanceux. La guigne, la poisse. Ou alors, on les remarque plus à ce moment-là qu’après, les mardis, mercredis et jeudis bénéficiant d’une meilleure réputation. 

Mais pourquoi, au juste ? Qu’est-ce qui fait que psychologiquement, le premier jour – ou le deuxième si on suit le calendrier romain – soit si dur ? Pourquoi ceux qui suivent ne nous donnent pas, ou en tout cas moins, envie de tout plaquer pour élever des chèvres dans le Larzac ? On a voulu savoir ce qui motivait notre hantise de ces pauvres vingt-quatre heures qui n’ont rien demandé à personne, et comment faire pour les amadouer. Réponse.

Contraste brutal 

Avant de s’attarder sur l’esprit, on passe le corps au crible. Car niveau physiologique aussi, on souffre du lundi. Surtout quand nos habitudes de coucher et de lever passent du tout au tout. « Dormir davantage le week-end est une bonne chose, mais changer de rythme de sommeil tous les cinq ou six jours peut perturber ceux, naturels, du corps », avertit Sanam Hafeez, neuropsychologue, au HuffPost US. « Ainsi, même si vous avez une bonne nuit de repos le dimanche soir, vous pouvez encore vous sentir somnolent le lundi. Quand on est fatigué, on est plus facilement irritable, impatient et mécontent que d’habitude ». 

Crédit : Gilmore Girls/Warner Bros. Television

Notre humeur de chien et notre manie hebdomadaire de tout voir avec un défaitisme contagieux viendraient de la confusion de notre organisme qu’on a laissé se reposer trop longtemps. En parlant de repos, l’experte assure d’ailleurs que les samedis et dimanches seraient « plus fatigants et éreintants » qu’on ne l’imagine. Ce qu’on imagine surtout, c’est que ces analyses ont été formulées dans une ère pré-Covid. Car en plein reconfinement, à part si on s’est tapé un apéro Zoom jusqu’à pas d’heure arrosé au rhum arrangé (ou qu’on a – oserais-je le dire – enfreint la loi ?!), difficile de réellement se dépenser jusqu’à l’épuisement. Mentalement, c’est certain : l’actualité anxiogène draine. Mais physiquement, purement physiquement, on a des doutes.

Autre raison à ce qu’on ne porte pas les lundis dans notre coeur : la perte de liberté à laquelle le jour est associé. « Quand le lundi arrive, beaucoup ressentent un sentiment de déception et redoutent de devoir reprendre leurs responsabilités plutôt que de s’occuper comme ils le souhaitent », observe à son tour Becky Stuempfig, thérapeute conjugale et familiale. « Cela peut ressembler à une perte d’indépendance et de contrôle parce que d’autres personnes déterminent désormais la façon dont vous passez votre temps ». Un sentiment d’autant plus présent quand le boulot pour lequel on se lève ne nous passionne pas vraiment. Et que la simple idée de devoir de nouveau côtoyer nos collègues – ou quiconque ne fait pas partie de notre cercle proche – nous file de l’urticaire. Anxiété sociale, j’écris ton nom. 

Mais alors, que faire pour inverser cette tendance pas franchement réjouissante qui nous pourrit nos soirées le dimanche ? Se préparer, et percevoir cette micro-rentrée selon une perspective moins morose : celle d’un nouveau départ.

Nouveau départ

Au premier jour d’une longue semaine, l’angoisse quant à la charge de travail qui nous attend est, elle aussi, bien réelle. On voit ça comme une épreuve infranchissable, un tsunami de tâches à accomplir qu’on a du mal à organiser à l’avance dans notre tête. L’idée de s’y atteler concrètement n’en devient donc que plus redoutable. Pour la neuropsychologue, c’est le signe qu’on ne s’est pas assez préparé·e à cette reprise. « Quand quelqu’un ne se prépare pas, il se prépare inconsciemment à échouer. Si le dimanche n’est pas utilisé pour s’organiser, le lundi peut être un événement très stressant et insupportable. »

La technique ? Prendre quelques minutes en fin de journée pour noter, visualiser, planifier le lendemain clairement – et décharger notre cerveau embué. Un rituel qui ne doit pas durer des heures hein, il s’agirait de ne pas trop empiéter sur nos congés, mais qui nous permettra de moins appréhender le retour au bureau (en présentiel comme en distanciel), puisqu’on saura exactement par où commencer pour être d’attaque. Ou en tout cas, réussir à s’y mettre sans trop se laisser submerger.

Et puis surtout, on peut tenter de voir les choses autrement. Le lundi, c’est l’occasion de recommencer, de mettre les choses à plat, de les faire différemment. Pas nécessairement de faire plus, mais de faire mieux. Une sorte de nouvelle chance pour un quotidien plus équilibré. Le moment où l’on prend des bonnes résolutions sans pression, mais à l’inverse, pour s’en dégager. Pour s’accorder davantage de temps pour soi, pour être plus à l’écoute, plus bienveillant·e, plus indulgent·e. Pour dresser plus de limites entre nos vies professionnelles et personnelles. Et pour finalement, ce lundi, l’aborder sereinement.

Article de Pauline Machado

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