PORTFOLIO : JADE FOURÈS-VARNIER


© Jade Fourès-Varnier

Ses lunettes en cœur version XXL ne nous ont pas laissé indifférentes chez Paulette. Derrière ces sculptures et ces créations pop et joyeuses se cache Jade Fourès-Varnier, une jeune artiste maman pleine d’idées, d’envies et de rêves. Découverte dans la toute nouvelle galerie parisienne Mathilde C., Jade nous a ouvert les portes de son atelier pour une interview où l’on parle de son univers, des matériaux qu’elle utilise, de sa série de lunettes aussi grande que notre curiosité… Rencontre avec une artiste plus talentueuse que jamais !

 
Paulette : Jade, est-ce que tu peux me dire d’où tu viens ?
Je suis née à Paris, j’ai toujours vécu ici. Après mon bac, je suis allée à l’école Penninghen où j’ai fait une prépa d’un an et ensuite 4 années de formation. Je n’ai donc pas une formation d’Art ou de plasticienne mais plutôt de graphiste, de directeur artistique, de mise en page, tout ce qui touche au beau. Et pour ma thèse de fin d’études, au lieu de présenter un projet d’édition, je me suis dit qu’il fallait présenter quelque chose que je ne regretterais pas, que je m’éclate, j’ai donc fait mes premières sculptures. Mon diplôme d’art graphique, ça a été de la sculpture avec plein de récupération de matériaux. Ça m’a permis d’être diplômée mention très bien ! Et c’est de là que tout est parti.
 
Avant cette école, est-ce que tu avais déjà ça en toi ? Quand as-tu mis les mains à la matière justement ou ressenti l’envie d’en faire ton métier ?
Je viens d’un milieu artistique, ma grand-mère était sculpteur et je l’accompagnais depuis toute petite dans son atelier. Ma mère est styliste. Je regardais ce qu’elles faisaient. On est dans une famille où il y a des tableaux partout, un goût pour l’Art, ce n’est pas une passion qui m’est venue par hasard. Je dessine depuis toute petite, dans la chambre de ma mère il y a des dessins d’ailleurs que j’ai fait à cette époque, à 3 ou 4 ans.


Photo : Sébastien Vincent

 
Quel est ton univers artistique, si on peut le décrire ?
C’est compliqué car j’ai l’impression que dans l’Art contemporain aujourd’hui, il faut être très conceptuel, pas trop coloré. On a tendance à considérer mes pièces comme pop ou décoratives, ce qui n’est pas forcément le sens que je veux leur donner. Je les définis comme sculpturales, monumentales, elles ont du sens quand on connaît leur histoire. Elles ne s’inscrivent pas dans un mouvement conceptuel en tout cas. J’espère qu’elles permettent à chacun de se faire sa propre idée, poétique ou autre.
 
On se pose souvent la question donc je profite de cette interview pour te le demander, est-ce que tu peux vivre en tant qu’artiste, est-ce ton métier ?
Chaque année, c’est de mieux en mieux et c’est ce qui me fait croire que je dois continuer. Ça fait 5-6 ans que j’ai commencé. C’est surtout ma série avec les lunettes qui m’a fait démarrer, j’ai fait 15 paires, j’en ai vendu déjà 11. Je créé, ensuite je vends mes sculptures par le biais d’une galerie ou d’une connaissance mais je ne travaille pas encore avec des commandes. Ce qui est difficile, c’est que je me retrouve seule dans mon atelier à produire, produire, produire encore sans savoir si ça va être exposé ou vendu. L’idée, c’est de faire des expositions régulières pour faire connaître mon travail. Sur une moyenne de l’année, je commence à en vivre. Je fais des boulots freelance à côté mais il y a plein d’artistes qui ne vendent rien, alors je suis chanceuse. Ce n’est pas du tout un gage de qualité mais j’ai l’impression que mon travail peut se vendre plus facilement, sans aller que vers des gens hyper pointus, ça peut être un coup de cœur tout simplement ! Je commence à avoir un petit réseau.
 
Est-ce que ça t’a déjà découragé ?
C’est fatigant quand même ! Surtout depuis que je suis maman ! (Rires). Je bosse énormément, la nuit, le jour, c’est un travail qui me demande beaucoup, et je n’ai pas la récompense directe. Il y a de longues absences où pendant 6 mois il ne se passe rien, et puis d’une coup, ça repart. Il n’y a pas de gratification immédiate, il faut avoir confiance en soi, s’accrocher et y croire.

Photo : Sébastien Vincent

Avec quels matériaux travailles-tu ?
Je travaille essentiellement avec des matériaux de récupération. Pour les lunettes, les toutes premières en 2010, j’avais trouvé une tête de lit dans la rue et je me suis dit qu’il fallait que j’utilise ça. La série était lancée. J’ai fait une quête de têtes de lit particulières, plutôt bois laqué, style années 30, j’ai regardé tout ce qu’il y avait sur le marché, je crois qu’il n’y en a plus ! Rires. Je vais en banlieue souvent, dans les dépôts ventes, je ficelle tout sur ma voiture et je les ramène à l’atelier. Ça peut être des matériaux d’isolation, de grands panneaux, des volets avec de la laine de roche, j’aime jouer avec ce côté ultra contemporain du matériau très brut et le fait de leur donner une seconde vie, et de les retravailler. Je pars toujours du matériau. Ça m’intéresse de partir de quelque chose d’existant et de le bosser, de créer. Une matière première c’est la base, et comme je fais des choses monumentales, je ne peux pas toujours tout créer.
 
Pourquoi aimes-tu le monumental, le gigantesque comme pour les lunettes qui sont immenses ?
 J’ai toujours fait des sculptures monumentales, ma première pièce, c’est le tigre (ndlr : que l’on voit sur la photo de Jade dans son atelier, à droite). Quand je m’attaque à la matière, c’est presque physique, je l’envisage comme un contact et pour l’instant j’ai du mal à faire des choses petites. Je suis très patiente, l’objet est manufacturé, fini, il demande de l’attention, si c’était tout petit, ça deviendrait chichi. Pour m’exprimer, j’ai besoin d’ampleur. Et pour les lunettes, je joue entre le côté objet commercial, surdimensionné, cette pop culture, avec le reflet du monde que l’on voit à travers les lunettes. L’œuvre se fait par sa taille. J’ai besoin de cette dimension pour que le message passe.


Photo : Sébastien Vincent

 
Il y a juste derrière nous les lunettes en cœur, comme sur Paulette, est-ce que tu peux m’expliquer l’histoire de cette sculpture ?
C’est ma deuxième lunette conçue sur les 15 paires de la série. Elles sont toutes originales mais pour celle-ci, j’avais déjà fait un modèle qui s’appelait Lolita. Dans les lunettes, le message c’est de contraster entre le côté pop de la lunette et d’avoir des images où tout le monde peut se placer en tant que spectateur. Ces images viennent de blogs, des photos d’amateurs. Là, elle s’appelle Sanba Heart. Toutes les lunettes montrent des images liées aux catastrophes naturelles, les bouleversements du monde, là, Sanba c’est le nom d’un typhon au Japon l’année dernière. J’ai été victime moi-même d’une catastrophe naturelle, j’ai perdu la moitié de ma famille… Je le vis bien, je ne suis pas meurtrie mais j’ai l’impression qu’au fil du temps, j’avais besoin de l’exprimer comme un thème. Je l’exprime avec des objets plutôt joyeux, optimistes, et il y ce contraste avec les images, « venez regarder ce qu’il se passe ». Pour les photos, je n’ai pas beaucoup d’infos car je les prends vraiment sur des blogs amateurs, d’où ma présence souvent sur internet pour chercher ce genre d’images. J’ai une banque d’images que je fais au fur et à mesure, je les adapte aux lunettes, j’ai besoin qu’elles soient fortes mais pas non plus qu’elles en montrent trop. Parfois, je redessine dessus, par illustrator, pour accentuer les formes, pour apporter plus d’âme à la photo.
 
Quand tu n’es pas dans ton atelier, que fais-tu ?
En ce moment, ma vie se peaufine autour de mon baby ! Je fais pas mal d’expositions, avec Vincent mon copain, on vadrouille pas mal aussi. Les journées passent si vite ! Je bosse beaucoup dans l’atelier. Après, j’adore recevoir des amis et cuisiner. On a de très bons amis de l’école, tous avec un univers de création, théâtre, chant, réalisation. Avec Vincent de Hoÿm, on a monté ce lieu à côté de l’atelier qui s’appelle TONUS, c’est un white cube blanc. C’est un atelier d’artistes où tu consacres un espace pour accueillir d’autres artistes. On fait venir des jeunes, on a eu deux expositions, c’est une sorte d’émulation collective. C’est dans le même esprit que notre ancien projet avec un camion sauvage, avec des performances, on vise le collectif, on aide, on se fait aider et c’est comme ça qu’on y arrive, c’est plus sympa.

© Jade Fourès-Varnier 

Si on devait résumer ton actualité, où est-ce que l’on peut venir découvrir ton travail ?
Il y a l’exposition « Shelter behind that shutter » à la galerie Mathilde C. (11, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11ème). C’est dur à dire ! Rires. Et ensuite, on a un nouveau projet avec Vincent de Hoÿm, au Tonus, de créer un personnage fictif, il va s’appeler Jacent Varhoÿm. C’est un mélange de nos deux noms. Et donc là, c’est un troisième personnage qui se mélange entre nous deux. En juin, on fera une expérience, un vernissage avec de la nourriture et sur l’art de la table. C’est ce qui nous lie tous les deux, on adore recevoir, créer, et artistiquement on s’y retrouve. On va organiser de la peinture sur assiette, des vases, des vidéos.
 
Paulette, ça t’évoque quoi comme objet ?
Paulette, c’est plutôt une veste, ça me fait penser à « épaulettes », pardon, ça doit faire un peu con de dire ça ! Ce n’est pas une sculpture, plutôt un dessin, un grand dessin, avec des imprimés ou alors un paréo léger et dans la longueur, joyeux. Côté couleurs, je vois du bleu, du vert, du rouge et du rose…

 
> À découvrir à la Galerie Mathilde C.
11 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11ème
Du 26 avril au 8 juin 2014
 
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