POINT DE VUE : DU BALAIS LES INSOLENTES !

Illustration, Lucie Birant 
 
Qu’est ce qui démange à ce point le nez de notre sorcière bien aimée ? Rien de moins que la plus vaste arnaque sexiste de l’histoire, oui madame.
 
Depuis que le deuxième sexe est là pour répandre le trouble dans l’esprit du mâle dominant, l’humanité a toujours eu le chic pour trouver des moyens, plus imaginatifs les uns que les autres, de réassigner la femme à la sphère privée et de la faire taire. La féminité est depuis le temps des Pierrafeu, l’objet d’une fascination à la limite du sacré, contrebalancée par une peur généralisée. Attirance, répulsion, émerveillement, crainte, c’est aussi compliqué que pour un garçon de comprendre les filles.

Est-ce parce que la féminité est par nature, intimement liée à la vie ? Est-ce parce qu’un sexe caché représente un tel mystère qu’il en est effrayant ? Les femmes envoyées au bûcher pour sorcellerie n’étaient-elles que des grandes gueules qui refusaient d’endosser le rôle de potiches qu’on leur avait intrinsèquement attribué ?

En tout cas, la femme au grand balais n’était ni plus ni moins qu’un frein à l’ordre bien établi. Tantôt vieille fille esseulée couverte de pustules, herboriste croqueuse de têtes blondes, tantôt plantureuse brunette administrant des sorts aux noms exotiques, la position de la sorcière dans l’imaginaire collectif est aussi contradictoire que les motivations de la chasse aux sorcières. Au début des procès pour sorcellerie, les femmes se montraient évidemment très réfractaires. Puis la persécution est devenue, au fil des décennies, une violence habituelle, faisant de la docilité et de la honte les armes de leur exclusion. Imaginons un instant que toutes celles d’entre nous qui auraient une sexualité trop débridée ou seraient jugées trop arrogantes au goût des moralisateurs contemporains soient envoyées au bûcher. Impensable !

C’est pourtant une véritable chasse aux sorcières qui est livrée aux insolentes d’aujourd’hui. Femmes refusant de porter le voile dans les sociétés islamiques punitives, prostituées clamant leur liberté de choix, épouses infidèles dans les sociétés où l’union maritale est une affaire d’État. Un véritable sexocide a lieu, légitimé par une socialisation infantile qui promeut l’obéissance à la manière d’une religion. Au temps de Sabbat, nous n’aurions même pas le temps de dire "abracadabra". L’intello au socialisme déclaré, l’impertinente à la langue bien pendue, l’adepte de la mini-jupe, la féministe castratrice et même mamie et ses pustules, nous serions toutes brûlées, laissant place à un monde d’hommes pleurant notre féminité incinérée.  

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