PHOTO : SALLY MANN


Paulette a été bouleversée lors de l’expo de Sally Mann cet été à la Photographer’s Gallery de Londres. Découvrez son travail, tourné vers la nature.
Dans les années 1990, elle photographie des paysages apparemment dépourvus de toute trace de vie humaine. Il s’agit de clichés du Sud des États-Unis, chargés d’un passé tourmenté. "Ces images parlent des fleuves de sang, de pleurs, de sueur que les Africains ont versés dans les sols souillés et sombres de leur nouvelle patrie ingrate", explique-t-elle.
Là encore la photographe emploie des techniques archaïques pour prendre les clichés et les développer. Elle utilise une chambre photographique vétuste, datant du XIXe siècle, et qui laisse passer des lumières parasites. Les poses durent six minutes. Ensuite, les images sont fixées sur une plaque de verre recouverte de collodion humide. Ce procédé utilisé en 1851 permet d’obtenir des clichés d’une grande finesse de grain. La surface de la photographie présente de nombreuses imperfections : elle est craquelée, rayée, traversée de coulures, de griffures… On perçoit les aspérités des matières composant les paysages. 

À partir de 2000, l’artiste oriente son travail sur la mort, la déchéance des corps, la mémoire. Ce tournant résulte d’un évènement tragique. En décembre 2000, un évadé de prison armé se suicide sur la propriété de Lexington. Sally Mann est profondément marquée par la mort du fugitif. À partir de là naît la série de photographies "What remains" (ce qui reste). Sally Mann commence par déterrer son lévrier anglais. Elle veut retrouver ses restes. Dans son studio, elle reconstitue l’animal, de la tête à la queue et photographie "ce qui reste".

En 2001, l’artiste franchit une étape inimaginable. Elle se rend dans un institut médico-légal du Tennessee, la body farm, où l’on étudie la lente décomposition de cadavres humains entreposés dans un jardin. Munie à nouveau de sa chambre en bois, la photographe met en scène les corps qui se fondent dans les matières organiques du sol. Le résultat est troublant. La représentation directe de la mort angoisse.
Enfin, en 2004, Sally Mann revient à ses premières sources d’inspiration : sa famille. Elle photographie ses enfants, devenus maintenant adultes. Les portraits sont pris en très gros plan, de telle sorte qu’il est difficile de distinguer le visage d’Emmett de celui de Jessie ou Virginia. Un sentiment de repos, d’apaisement émane de ces clichés. 
En outre, elle photographie son mari. Celui-ci est atteint est d’une dysplasie musculaire depuis le début des années 2000. Il est très amaigri. Dans le film de Steven Cantor "What remains : the life and work of Sally Mann", on peut voir la photographe monter une scène avec son mari et son chien. La complicité entre les époux est frappante. Le désir et la tendresse intacts. La maladie de Jerry devient une véritable source d’art.
L’intrusion de Sally Mann au coeur de l’intime dérange, réveille nos craintes. Mais avec ses moyens techniques hors d’âge, elle nous offre des clichés d’une beauté incroyable. Éblouissant.
 
À voir
What remains :: The Life and Work of Sally Mann
(E.-U., 2005, 80 min), réalisé par Steven Cantor.
À lire
Sally Mann, The Immediate Family
édition Aperture, 2004.

 
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