PHÉNOMENE : LES COMÉDIES DE POTES


Nous York, la comédie de Géraldine Nakache et Hervé Mimran et Casse-tête chinois, la suite tant attendue de L’Auberge espagnole et des Poupées russes de Cédric Klapisch ont un point commun. Elles misent toutes les deux sur les fameuses bandes de potes !

À l’instar des récents Dépression et des potes, Radiostars, Arrête de pleurer Pénélope ! ou autres Petits mouchoirs, force est de constater que les comédies potesques ont le vent en poupe ! Décryptage.

> Même genre d’histoires, même milieu social.

Le concept est simple : un film sur une bande de potes, fait par des potes, à mater entre potes !
Donc, même genre d’histoires, à peu de chose près : un personnage en pleine remise en cause parvient à s’en sortir grâce à son entourage.
Dans "Dépression et des potes", Franck s’en veut d’avoir quitté sa copine, Jonathan n’arrive pas à avoir d’enfant, Benoît n’ose pas avouer son licenciement, Romain est incapable d’aller à l’encontre du désir de ses parents juifs : tous s’en sortiront en se serrant le coudes.
Nos gugus viennent en général du même milieu social, c’est-à-dire assez parisien et plutôt aisé – car il faut "faire rêver". Donc Xavier est écrivain (Les poupées russes), Benoît est compositeur (Dépression et des potes), Vincent est ostéopathe (Les petits mouchoirs)… Ils sont bobos, ils partent en vacances dans des baraques du genre Côté Ouest, mais ça n’est pas tout, ils leur arrivent aussi de passer leur permis "yacht", juste au cas où…

> Foutage de gueule en règle.

 


Leur sport favori est bien entendu de chambrer les provinciaux. À noter, les blagues à répétition sur la consanguinité probable de tout ce qui est né derrière le périph’ dans "Radiostars" ou, de manière moins consciente, la concentration de tous ces clichés dans un seul personnage resté simple, comme l’inoubliable Jean-Louis des "Petits mouchoirs" rendu culte depuis parLes Guignols de Canal+. Même type d’humour donc, essentiellement basé sur le foutage de gueule, qui place la vanne sur un piédestal.
 
> Le règne des smalas.

Évidemment, qui dit délire de potes, dit mêmes acteurs, constitués en différentes smalas : celle fondée depuis longtemps par Cédric Klapisch avec ses comédiens fétiches Romain Duris, Audrey Tautou, etc…  Celle emmenée par Guillaume Canet et Jean Dujardin suivis de leurs potes Marion Cotillard, Gilles Lellouche et compagnie… Et la petite dernière, la bande à Manu Payet et Géraldine Nakache entourés de nouveaux humoristes en pleine ascension : Baptiste Lecaplain par exemple

Outre le fait que le cinéma est une grande famille qui a tendance à fonctionner à huis-clos, qu’est-ce qui explique que l’on commence à peine, en France, à imiter ce que les Américains font déjà depuis de nombreuses années avec "American Pie" et autres "Very Bad Trip" ? Qu’est-ce qui fait que l’on ne se lance que maintenant dans ce type de divertissements ? On en avait bien la préfiguration avec la saga des "Bronzés" dans les années 70, puis "Le péril jeune" ou "La haine" dans les années 90. Quelles sont donc les raisons mystérieuses de cette prolifération soudaine sur nos écrans de ce genre de comédies ?

> Le culte du gaming.

Premièrement, ces bandes de potes sont le reflet d’une génération adulescente, coincée entre l’insouciance d’une enfance souvent mirifique et la nécessité d’endosser à l’âge adulte des responsabilités de plus en plus angoissantes en période de crise. Elles renvoient donc à un mode de vie, largement répandu, faisant appel au gaming – cette manie de rendre tout élément du quotidien ludique et sans prise de tête. Une sorte d’apogée du "take it easy" comme idéal de vie, en somme. Ainsi, se sortir d’une peine de cœur devient un véritable jeu : Ben a reçu en cadeau de rupture un paquet de M&Ms ciglés looser de la part de son ex, et en croque un à chaque nouvelle conquête féminine pour se venger (Radiostars) !

> L’amitié, une valeur refuge.

Mais si l’on ne sort pas de l’adolescence comme on ne sort pas de sa bande de potes, ne serait-ce pas parce que le monde extérieur est devenu trop hostile ? L’amitié fait alors figure de rempart à l’individualismed’une société ne prônant plus que des valeurs de résultat, de productivité et de compétition. De plus, à l’heure où les divorces prolifèrent comme la petite vérole, l’amitié apparaît bel et bien comme unevaleur refuge. Le message subliminal, vous l’aurez compris, c’est : " Mise sur tes potes, c’est plus sûr que ta meuf ou ton mec ! "
 

Mais ce repli sur soi, sur son humour, ses références, son petit univers, ne comporte-t-il pas certains risques ? Notamment celui d’un communautarisme peu propice aux échanges, à la diversité, à l’évolution ? Ou tout simplement, dans le domaine qui nous intéresse, celui d’une homogénéisation du cinéma ?
 
 

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