PETIT BISCUIT : PETIT PRINCE DE L’ELECTRONICA


Crédit : My name is

Mehdi Benjelloun se fait connaître sous le nom de Petit Biscuit à l’âge de 14 ans en postant sur Internet ses compositions enregistrées seul dans sa chambre avec une guitare, un piano, quelques synthés et percussions. Le succès viral est aussi rapide qu’inattendu. Aujourd’hui, à seulement 16 ans, le producteur rouennais sort son premier EP et rêve déjà de s’exporter aux Etats-Unis. Biberonné au classique puis formé à la house music, Petit Biscuit définit son style entre électro, pop et musique du monde, avec une originalité : le découpage des voix. On ajoutera un charme juvénile dans ses harmonies espiègles qui rappellent les boîtes à musique de notre enfance. Guidées par ses émotions, ses chansons reflètent ses expériences de vie et ses plaisirs simples. En digne héritier de Flume, il s’impose comme une valeur montante de la nouvelle scène électro aux côtés de Superpoze et Fakear, dans un univers “tout aussi poétique mais plus trippé” selon lui. Rencontre.

Paulette : Sur Soundcloud, tu cumules plus de 20 millions d’écoutes. Des chiffres qui donnent le vertige. Qu’est-ce que ça a changé pour toi ?
Petit Biscuit : Dans ma tête pas grand-chose dans le sens où j’ai toujours pensé à mes productions avant tout. C’est juste que la notion de partage est un peu différente. Mais je reste concentré sur ce que je fais et c’est un plaisir que les choses évoluent dans ce sens-là.

Qui est responsable de ton éducation musicale ?
J’ai commencé très jeune à faire de la musique. Je fais du violoncelle depuis l’âge de 5 ans. Je ne saurai pas l’expliquer mais ça m’a pris tout de suite. Le dimanche, chez mes parents, on écoutait Chopin (sourire). J’ai découvert la musique électronique vers 10-11 ans. J’étais curieux de découvrir autre chose. Ça coïncide avec le moment où j’ai eu mon premier PC. Je passais des week-ends entiers à chercher des sons sur Internet. Je me suis forgé un peu tout seul cette culture musicale particulière. Le premier artiste qui m’a fait passer de l’analogique à l’électronique c’est Bonobo, justement parce qu’il réussit ce mariage. Il a un côté très jazz, très électro aussi et des influences musique du monde.

Quelle enfance as-tu eue ?
Une enfance assez traditionnelle mais c’est vrai, très axée sur la musique. C’est ma passion ! Je n’étais pas le genre d’enfant à jouer à la console ou sortir faire un foot dehors. Je devais pratiquer mon instrument, répéter. J’ai toujours eu un attachement particulier à la musique.

Ton pseudonyme est vraiment craquant. Un rapport avec le film d’animation Shrek ?
Pas du tout, quoi que ça peut être pris à la dérision (sourire). Je voulais quelque chose de simple, en français, qui interpelle les gens. Ce n’est pas un nom qui en impose, c’est humble, marrant et ça me permet de jouer de mon âge.

La chanson qui t’a encouragé à monter ce projet ?
J’ai fait écouter mes premières compositions à quelques amis et c’est eux qui m’ont poussé à créer ce projet. C’est toujours difficile de passer d’un projet un peu tranquille dans sa chambre à quelque chose de concret, c’est une étape importante. Tu te dis que ça ne marchera jamais, que c’est impossible de te faire découvrir sur Internet. C’est aussi pour cette raison que j’ai choisi ce pseudonyme pour garder une certaine distance et prendre les choses avec légèreté. Le premier son que j’ai sorti sous le nom Petit Biscuit s’appelait Voyage. C’était bien différent de ce que je fais maintenant !

Peux-tu nous parler de cette évolution ?
A cette époque, j’avais pas mal d’amis plus grands que moi – aussi, parce que le milieu musical demande une petite maturité. Ils écoutaient beaucoup de house. Ce n’est pas quelque que j’affectionnais particulièrement mais j’y ai pioché des influences que j’ai détournées d’une autre manière. Voyage était entre house et hip-hop. J’avais un vieux sample de voix que je me suis mis à découper et tout est parti de là. La voix est devenue un instrument à part entière dans ma musique.

Sur cet EP, il s’agit des voix de tes amis…
Oui mais pas seulement. C’était vraiment une démarche spontanée. C’est fou tout ce qu’on peut faire avec une voix ; la découper, la mettre en reverse, la travailler comme n’importe quel son et en faire quelque chose de totalement différent. Le résultat final est très loin des a capella de base. Je n’utilise pas que la voix au sens propre, mais j’aime aussi jouer sur le souffle, les respirations, parfois même des ambiances ou des bruits enregistrés à la va-vite. Je cherche toujours le côté humain dans la musique. Je n’ai pas juste envie de faire de la musique électronique avec de la grosse basse !

Quelle est la place du classique dans tes compositions ?
Mon héritage classique se retrouve dans les émotions que je fais passer à travers ma musique. Les mêmes émotions que je ressentais quand j’écoutais du classique petit. Le classique, ça ne passe pas simplement par l’utilisation d’instruments analogiques, comme le violoncelle, c’est des émotions particulières qu’on ne retrouve pas forcément dans la house music ou les musiques actuelles. C’est aussi la recherche de mélodies qui restent en tête. Jusqu’ici, j’ai toujours composé à la guitare ou au piano, mais j’aimerais utiliser davantage mon violoncelle, je pense que ça peut donner quelque chose d’intéressant maintenant que j’ai le matériel pour pouvoir l’exploiter !

Qu’est-ce qui te fascine dans l’expérimentation des sons électroniques ?
J’ai eu mon premier synthé vers 12 ans et six mois après, j’ai décidé de me mettre à la composition. Au début, on est plus dans la recherche d’un son qu’une mélodie, parce qu’il y a énormément de possibilités. La mélodie, je l’ai découverte assez tôt avec l’apprentissage du classique. Mais partir dans un tout autre style de musique, ça veut dire passer par une phase de redécouverte. Ça m’a permis d’avoir une formation complète, de par le son et les textures, et de par la mélodie.

Est-ce que tu as mis du temps pour trouver la bonne formule ?
J’essaie encore de me renouveler et de ne pas toujours utiliser la même chose pour procurer des émotions différentes. Mais oui ça m’a pris énormément de temps et c’était aussi énormément de plaisir parce que c’est ce que j’aime faire depuis tout petit.

Comment as-tu enregistré cet EP ?
Tout seul. Il est vraiment autoproduit. Ça me paraissait naturel puisque j’ai commencé tout seul. Pour moi, le but d’un EP n’est pas forcément de s’entourer d’une méga équipe. J’ai décidé de le produire tout seul parce que ma musique a une dimension très personnelle. Les émotions passent plus directement quand il n’y a que moi. C’était important pour moi de conserver cette spontanéité et ce dialogue direct avec le public. Ceux qui me suivent depuis le début le ressentent.

Approché par des acteurs du microcosme électro. Est-ce que tu as eu beaucoup de propositions ?
Oui j’en ai eu beaucoup et c’est vrai que c’est dur à gérer. Je suis en contact avec énormément d’artistes mais aussi pas mal de labels, et c’est important de garder le contact parce que c’est aussi ce qui peut permettre de pousser le projet plus loin. Mais pour l’instant, je tiens à mon indépendance et c’est ce qui fait le charme du projet je pense.

Si tu devais citer une image ou un moment pour chaque titre de l’EP ?
Sunset Lover, je l’ai écrite pendant l’été dans le Sud de la France, je suis monté tout en haut d’une montagne pour voir le coucher de soleil, c’est une image qui m’est restée en tête. Iceland, c’est quelque chose de froid et en même temps chaleureux. Il y a énormément de souffle dans le synthé pour donner l’illusion du vent. La basse vient réchauffer les voix. Open Your Eyes, c’est très californien. Once Again, c’est natif Américain, un mélange de moderne et d’ancien, d’analogique et d’électronique, avec d’un côté les xylophones et de l’autre, les voix que j’ai pitchées et les synthés qui apportent la touche dynamique. Y a aussi un côté très africain, très tribal avec l’utilisation du tambour en deuxième partie de drop. Full Moon, c’est une invitation à rentrer dans mon monde. Ce morceau a vraiment une dimension particulière pour moi parce qu’il me définit complètement. Jungle, c’est mon côté sauvage ! (Rires) Sauvage mais musical. Certains producteurs tapent direct dans l’agressif au détriment de la mélodie. Avec cette chanson, je voulais prouver le contraire. C’est le morceau le plus récent, on retrouve des nouvelles influences comme le hip-hop.

Les émotions passent uniquement par la musique. Est-ce que tu as déjà pensé à écrire tes textes ?
Le texte c’est important, mais il faut aussi qu’on retrouve cette patte Petit Biscuit que j’ai créé avec le découpage particulier des voix. Je pense que je m’y mettrais le jour où j’aurai envie de collaborer avec un chanteur en particulier. Mais avant, il faut que j’en impose encore plus côté production.

Sur Facebook, tu écris en anglais. Une volonté de t’exporter ?
Y a eu une espèce d’engouement aux Etats-Unis. Ma musique a vite tourné. Sur Facebook, je me suis entouré d’un réseau d’artistes et la plupart sont Américains. Les projets français aux Etats-Unis sont toujours un peu exotiques et je pense que c’est grâce à eux si le projet en est là aujourd’hui. J’attends de concrétiser le truc en sortant l’EP là-bas. Ça sera un petit aboutissement.

Tu as donné ton premier concert en octobre 2015 au Trianon (première partie d’Odesza). Comment as-tu appréhendé l’exercice de la scène ?
C’est toujours difficile de faire jouer des artistes de 14 ans sur scène et ce n’est pas plus mal parce que ça m’a permis de me faire connaître d’abord par mes compos et de ne pas tomber dans le cliché du DJ. Pour la première partie d’Odesza au Trianon, j’ai fait un DJ set comme une introduction à la scène et depuis je ne fais que du live. C’est plus intéressant !

Comme un homme-orchestre ?
Je jongle entre plusieurs instruments mais je n’aime pas ce terme d’homme-orchestre. C’est un peu pompeux alors que tout ce que je veux c’est prendre du plaisir. Je ne suis pas là pour me mettre dix mille contraintes, le plus important ça reste le partage. Si je joue de tous ces instruments sur scène, c’est aussi pour montrer l’envers du décor, comment je fais naître mes morceaux. J’ai envie d’ajouter encore plus de dynamique. C’est encore en train de se construire.

Aussi jeune ou plus jeune que ton public ?
Je ne connaîs pas l’âge de mon public. Je pense qu’il est assez large. Après je le remarque à mes concerts, il y a une majorité de 15-20 ans, aussi parce que c’est un projet qui s’est développé sur Internet. Mais je suis content de voir qu’il y a aussi des gens de 40 ans qui m’écoutent, ça prouve que je ne suis pas seulement un artiste Internet, que je commence à aller au-delà de ça et c’est génial.

Une dédicace aux Paulette ?
Les filles, je sais que vous adorez Sunset Lover – et c’est vrai qu’il y a de l’amour dans cette chanson, de la douceur et de la tendresse – mais je vous invite à écouter d’autres morceaux sur mon Soundcloud (rires) !

PETIT BISCUIT :: Petit Biscuit EP
Autoproduit
Sortie le 13 mai 2016

Facebook : https://www.facebook.com/petitbiscuitsound
Twitter : https://twitter.com/ItsPetitBiscuit
Soundcloud : https://soundcloud.com/petitbiscuit

Concerts :
Le 28 juin, à Paris (La Maroquinerie)
Le 29 juin, à Rouen (Le 106)
Le 16 juillet, à Carhaix (Festival des Vieilles Charrues)
Le 14 août, à Marseille (Positiv Festival)
Le 26 octobre, à Paris (Elysée Montmartre)

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