PAULETTE TALKS : EXTIMITÉ, UN PODCAST À COEUR OUVERT

Un dimanche sur deux, avec douceur et bienveillance, les voix de Douce Dibondo et d’Anthony Vincent s’accordent pour présenter leur podcast Extimité. Deux journalistes, un.e invité.e et le décor est installé. À cœur ouvert et en toute intimité, pendant 60 minutes, une personne minorisée (par le racisme, la LGBTphobie, le sexisme, le validisme, etc.) nous livre son histoire. 

Douce Dibondo et Anthony Vincent.
Crédits photos : Extimité

Le journal extime d’une génération 

Bientôt un an et demi d’existence, et Extimité compte déjà plus de 20 000 oreilles attentives par mois. Après avoir été distingué par le Prix du Bondy Blog pour l’égalité des chances et contre les discriminations en 2019, le podcast continue de soumettre ces expériences de personnes minorisées. Le temps d’un instant, suspendu et adelphique (à la fois sororal, fraternel et inclusif des personnes qui ne se conforment pas aux normes de genres), Douce Dibondo et Anthony Vincent, deux journalistes, racisé.e.s et queer, posent la plume pour faire vibrer leur timbre. Face à ce choix, Douce est assez claire : « La différence est que l’écrit ne retranscrit pas toutes les palettes d’émotions que comporte une voix ». L’extimité, c’est surtout le fait d’extérioriser ce qui relève de l’intime, et ces podcasts comptent bien faire ressortir toute la sincérité des mots. 

Au détour d’une discussion, dans un appartement (jamais trop vivant), Douce et d’Anthony, donnent la parole à un.e invité.e, le ou la questionnent autour de son identité sexuelle ou de genre, sa condition physique ou mentale, et toutes autres formes d’oppressions systémiques. Un micro tendu « à la bonne franquette »… Un chat qui ne miaule jamais au bon moment, tel est le secret d’une ambiance conviviale et détendue. 

« En plus d’être du baume au cœur pour les personnes concernées par plusieurs formes d’oppressions à la fois, je pense que le médium du podcast représente aussi un super outil pédagogique. On a déjà reçu plusieurs messages privés de personnes qui nous disaient qu’Extimité répondait à plein de questions qu’elles n’avaient jamais osé poser sur le handicap, le travail du sexe, ou encore les transidentités », nous évoque Anthony. 

Toutes ces histoires racontées, ce sont les leurs, mais aussi les nôtres. Elles sont portées par les voix d’Agy (épisode 27), que nous avons reçue nous aussi lors de notre « Clique Paulette » sur l’engagement social et que nous avions interviewée l’été dernier dans notre numéro « Ensemble » – interview à retrouver ici. Ce sont aussi celles de Miguel (épisode 09), que nous avons reçu lors du « Clique Paulette » sur les orientations sexuelles et amoureuses, de Morgan (épisode 34), Thérèse (épisode 29), Wolky (épisode 26) et bien d’autres encore. 

Comment cette personne a-t-elle pris conscience de ses identités, à l’intersection des LGBTphobies, du racisme, ou encore du validisme ? Comment a-t-elle appris à vivre avec ces discriminations, à les déconstruire pour mieux s’en émanciper ? Ce récit de l’enfance à aujourd’hui crée une forme d’intimité partagée cathartique. Au fil des épisodes se construit ainsi le journal extime d’une génération. 


« À chaque fin d’enregistrement, je reste souvent sans voix »

Et si l’atmosphère est propice à la confidence, c’est que Douce et Anthony n’ont pas hésité une seule seconde à ouvrir le bal. En contant leurs propres expériences, dès les premiers épisodes, confiance et partage ont donné le « la » au podcast. 

« Il était impensable d’arriver, de tendre nos micros et d’exiger de recevoir ce qu’on avait nous-mêmes pas donné », explique Douce. Son compère de tous les jours, Anthony, ajoute : « C’est une sorte de pacte de lecture avec nos invité.e.s et notre audience : leur raconter d’où l’on vient et qui l’on est. »

Au fond, tous.te deux se mettent d’accord : durant ces enregistrements, ce sont surtout des âmes à nues qui se dévoilent et se racontent. « On crée des liens super forts et prenants avec les invité.e.s, et à chaque fin d’enregistrement, je reste souvent sans voix parfois à cause de la dureté du témoignage. Mais aussi, souvent, parce que ça cogne, ça va chercher quelque chose dans mes tripes. Je me rends compte que pour certain.e.s, s’élever dans Extimité leur a permis d’avoir une reconnaissance de leur capacité oratoire et de leur vécu comme expertise », reconnaît volontier Douce. 

Anthony se souvient, quant à lui, d’un témoignage bien particulier : celui d’une pédiatre qui rebondissait sur l’épisode 07, autour de Max, prématuré et atteint d’une infirmité motrice cérébrale. « Travaillant en unité de réanimation néonatale, elle nous a écrit pour nous dire qu’écouter le podcast l’avait amenée à réfléchir sur le discours qu’elle peut avoir sur le devenir des enfants, les décisions éthiques à prendre et ses pratiques en général. »

Des histoires parfois compliquées, des témoignages réels et marquants que nos coanimateur.rice.s donnent toujours à entendre. Ce duo complice montre que la réalité des expériences minoritaires peut aussi être universelle. Douce et Anthony, aka le « Yin et le Yang », c’est une cohérence et une complémentarité à toute épreuve. Une symbiose, qui les aide aujourd’hui plus que jamais. 

Un confinement à l’allure épistolaire 

Un confinement impromptu qui laisse l’opportunité à l’équipe de revoir son format, pour quelques semaines seulement. Extimité se décline alors en « journaux extimes ». Une idée : raconter des histoires d’invité.e.s déjà passé.e.s au micro et les introduire par des échanges sono-épistolaires entre Douce et Anthony. 

Ces deux premiers journaux extimes traitent du « soin de soi » quand les 3e et 4e tournent autour du recueillement. Les 5e et 6e, quant à eux, proposent de parler du rapport à l’art. Anthony donne quelques explications : « Ces Journaux Extimes sont une façon de donner des nouvelles, de nous, de nos invité.e.s, de cette famille qu’on a fini par former tous.tes ensemble. »

Des actualités initialement prévues ont dû être annulées, notamment la conférence sur « Les femmes en drag ». Celle-ci portait sur les femmes cisgenres ou transgenres, drag queens ou drag kings, sur ce qu’elles pensent de la mainstreamisation de cet art qui semble surtout profiter aux hommes. Anthony Vincent et Douce Dibondo croisent les doigts pour pouvoir reprogrammer cet événement une fois leur vie rétablie. À l’avenir, avec Extimité, Douce espère pouvoir « laisser une trace profonde de ces voix silenciées. Qu’elles fassent écho le plus loin et le plus fort possible sans jamais s’excuser de se dire. » 

Extimité est disponible gratuitement sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Sybel, Google Podcasts, Podcast Addict, ou encore Majelan

Article de Marie Le Seac’h

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